Friday night lights : une incursion dans l’Amérique profonde

Spin off (1) du film éponyme de Peter Berg, la série de NBC est assez différente de ce qu’elle paraît être. Vu de loin on pense apercevoir une énième Teen (2) coloré au foot U.S., alors que ce feuilleton est plus proche de la chronique sociale.

Spin off (1) du film éponyme de Peter Berg, la série de NBC est assez différente de ce qu’elle paraît être. Vu de loin on pense apercevoir une énième Teen (2) coloré au foot U.S., alors que ce feuilleton est plus proche de la chronique sociale.

En effet, sous le masque vendeur du sport populaire, c’est bien du peuple, au sens le plus noble du terme, que Friday Night Lights fait la peinture. Dans la petite bourgade de Dillon, Texas, l’équipe de foot du lycée est le centre de toutes les attentions, le vecteur de tous les espoirs, la représentation d’une communauté modeste.

 

Ici, le notable le plus important est un vendeur de voitures, les (anti) héros sont issus de familles fragmentées, pauvres, vivant dans l’insécurité. Seul le coach Eric Tyler, interprété par Kyle Chandler, représente une certaine forme de stabilité. Il n’est pas que le coach de l’équipe, mais celui de la ville entière.

 

Avec un casting juste, Friday Night Lights fait la narration d’Etats-Unis tels que l’on a rarement l’occasion de les voir dans une série télé. La saison s’ouvre sur une rupture, comme il se doit, celle de l’accident qui frappera le joueur star de l’équipe qui se retrouvera paralysé.

 

A partir de cet événement, nous sommes invités à être spectateurs du quotidien d’américains moyens, avec leurs problèmes de sécu, le boulot après le lycée, pour nourrir le foyer, la pression de la compétition, sportive et sociale, les brisures et les fêlures d’une Amérique qui n’a plus d’idéal. Ou plutôt pour laquelle le seul idéal semblant accessible se matérialise exclusivement dans cette équipe de foot.

 

L’ensemble serait très pathétique s’il n’y avait pas la justesse de l’écriture et une distribution qui nous fait découvrir de jeunes talents d’exception. Parmi eux Zach Gilford (Matt Saracen dans la série) et Taylor Kitsch (Tim Riggins) tirent particulièrement leur épingle du jeu. Le premier nous livre un personnage effacé qui, pourtant, se retrouvera un peu malgré lui sur le devant de la scène. Le second interprète l’écorché vif, le gamin autodestructeur sans repères et sans perspectives. Son visage qui porte encore les stigmates de l’enfance, accentue d’autant plus les différentes crises que traverse le personnage.

 

Le premier épisode de la série (le pilote (3) comme on dit) est réalisé par Peter Berg, et se situe quasiment une génération après le film, dont l’action se déroulait en 1988. C’est donc le passage d’une œuvre nostalgique vers une histoire contemporaine que la série nous propose. Cet épisode sera appuyé par une réalisation efficace, avec notamment une séquence de match inspirée de L’Enfer du dimanche (Oliver Stone, 2000). Par la suite la réalisation s’avèrera plus académique, et, finalement, servira mieux le propos que des effets trop nuisibles à la sincérité indispensable à cette histoire.

 

Restée hors des projecteurs des séries tendances du moment, Friday Night Lights nous offre une histoire finalement assez simple, des personnages attachants, et un style plus proche de ce que l'on trouve dans le cinéma américain indépendant que de ce que nous avons l’habitude de voir sur le petit écran. Sans complaisance, prenant le temps de dire plutôt que de générer de l’effet, cette série mérite plus qu’un coup d’œil.

 

- 1ere saison en cours de diffusion sur NRJ12 -

 

<!--[if !supportLists]-->(1)<!--[endif]-->Production dérivée d’une production antérieure. Ici le film “Friday Nights Lights” (P. Berg, 2004)<!--[if !supportLists]-->(2)<!--[endif]-->Littéralement adolescent. Dans les séries TV ce terme recouvre un genre en soi.<!--[if !supportLists]-->(3)<!--[endif]-->Le premier épisode. Souvent tourné longtemps avant la diffusion et servant à vendre une série aux networks.

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