Alerte rouge sur la tulipe - L'enquête (7/8) : Conclusion sur la sauvegarde du patrimoine commun

L’affaire de la tulipe romaine de Saint-Quentin-de-Baron constitue le combat exemplaire d’un citoyen lanceur d’alerte qui, soutenu par de petites associations de protection de l’environnement, s’est engagé pour le maintien du bien commun naturel contre les projets d’aménagement voulus par les élus, les administrations et les sociétés privées.

Bannière du lanceur d'alerte Yves Corbiac © Photo JC Mathias Bannière du lanceur d'alerte Yves Corbiac © Photo JC Mathias

La transplantation effectuée à Saint-Quentin-de-Baron n'était pas justifiée d'un point de vue biologique, elle a été effectuée dans des conditions non favorables à la Tulipe d'Agen, et contrairement aux prédictions optimistes et à l'image artificielle qu'en donnent les gestionnaires, aucune donnée ne garantit la survie des tulipes transplantées sur le long terme. L’appellation de transplantation conservatoire est une imposture, car cette transplantation a été réalisée dans le seul but de débarrasser la parcelle d’origine de ses espèces protégées : il s’agit donc bel et bien d’une transplantation de complaisance. Celle-ci, parfaitement illégale, a été rendue possible par l’association des administrations d’Etat (DIREN Aquitaine) et des organismes scientifiques (CNPN et CBNSA), sur la base d’un rapport scientifique omettant volontairement de signaler l’inscription de la Tulipe d’Agen dans le Livre Rouge de la Flore Menacée en France. Le bilan scientifique du suivi de cette transplantation a lui aussi été volontairement falsifié par le CEN Aquitaine, afin de justifier a posteriori la réussite d’une opération qui est en réalité un échec, et pour justifier a priori de nouveaux financements en vue d’assurer la gestion du site d’exil, mais aussi pour se servir de ce dernier comme base pédagogique d’animation, et, pire, de justification à de futures transplantations.

Le combat juridique d’Yves Corbiac contre le permis de construire a quant à lui non seulement empêché de voir le biotope d’origine irréversiblement dégradé par un aménagement urbain, mais a également fait partiellement avancer la jurisprudence du droit de l’environnement, en se fondant sur la Charte constitutionnelle de l’environnement adoptée en 2005. Ce citoyen s’est battu pour conserver une station de tulipes qui pouvait être contemplée par tous gratuitement, contre des organismes qui ont facturé fort cher au contribuable une transplantation aux résultats lamentables.

La présente enquête oblige à reconsidérer la situation sur le terrain : il n’est pas légitime de conserver une station d’espèces protégées transplantées illégalement, ayant désormais pour seule vocation de justifier de futurs projets du même ordre par le biais pédagogique et pseudo-scientifique. Les organismes responsables de cet état de fait ne sont pas crédibles pour gérer ce site. C’est pourquoi il semble aujourd’hui nécessaire de procéder à l’évacuation de l’ensemble des spécimens d’espèces protégées subsistant sur la parcelle d’exil, laquelle recèle, de l’aveu même des scientifiques, des « conditions a priori défavorables à l’expression de cortèges de messicoles ».[1]

Deux sites pourraient accueillir ces plantes :

  • la parcelle d’origine du bourg de Saint-Quentin-de-Baron, qui constitue toujours le biotope d’origine des plantes, et qui est à ce titre nécessairement le lieu le plus adapté à la survie à long terme de cette espèce ; notons que cette parcelle jouxtant l’école communale, l’intérêt pédagogique en serait bien plus efficace, et qu’une barrière girondine de protection pourrait suffire à éviter le piétinement ; pour ce qui est d’éviter d’éventuelles cueillettes, il est évident que la proximité des officiers de police judiciaire de la mairie, de l’autre côté de la route, serait suffisamment dissuasive ; la réintroduction de Tulipa Agenensis dans le bourg de Saint-Quentin devrait naturellement se faire dans le cadre de la replantation d’une vigne cultivée en agriculture biologique, et de plantations d’arbres fruitiers originaires de la région tels que le cerisier « Belliquette », dont le Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine conserve la variété.
  • le Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine, situé à Montesquieu (Lot-et-Garonne), bien que n’ayant jamais vu cette espèce pousser sur ses terres, pourrait fort bien accueillir l’autre partie des plantes survivantes, car ses « joualles » en agriculture biologique, alliant vignes et vergers et servant déjà de support pédagogique, situées sur un terroir traditionnellement habité par la tulipe d’Agen, semblent à l’évidence constituer un garant autrement plus convaincant que la malheureuse parcelle d’exil de Normandin.

Quant au financement d’une telle opération, il ne semblerait pas injuste d’en faire porter l’entièreté aux multiples organismes qui ont misérablement contribué à la scandaleuse transplantation de 2005, et qui osent encore s’autofinancer avec ces pauvres tulipes, gras salaires et points retraites compris, pendant qu’Yves Corbiac et ses compagnons de l’ASSFALTE font du bois de chauffage pour combler le trou qui leur a été laissé par cette affaire. L’ancien directeur du CBNSA, dont la brillante carrière doit beaucoup à ces tulipes sauvages, sera sans doute le premier à vouloir verser son obole pour préserver les plantes qu’il a contribué à faire disparaître.

Les mesures compensatoires sont, de l’avis de la SEPANSO – la fédération régionale agréée au titre de la protection de la nature – un véritable piège : l’association tire ainsi un bilan très négatif de ce système.[2]

- Quel bilan général la SEPANSO tire-t-elle de la problématique de l'urbanisation en Entre-deux-Mers en particulier et, plus généralement, en Gironde et en Aquitaine: réseau routier et autoroutier, réseau ferré, lotissements? Quel impact cette urbanisation a-t-elle sur les espaces et les espèces protégées, d'un point de vue biologique et d'un point de vue patrimonial ?

« Il est impossible de dresser un bilan en si peu de temps. L’urbanisation est surtout catastrophique le long de la côte aquitaine ainsi que dans les communes périphériques de la [métropole] et les villages situés dans un rayon de 20 km autour de Bordeaux : les communes de l’Entre-deux-Mers n’échappent pas à cette frénésie de constructions. Tablant sur des perspectives de croissance de population irréalistes, les SCOT [Schémas de Cohérence Territoriale], tout en prétendant vouloir lutter contre l’étalement urbain, continuent de le promouvoir. Actuellement on assiste à un développement effréné des supermarchés en périphérie des villes, avec pour corollaire la consommation de centaines d’hectares de terres agricoles et/ou d’espaces naturels, le tout au détriment des petits commerces des centres villes qui ferment les uns après les autres, obligeant  les consommateurs à utiliser leur voiture pour se ravitailler, avec pour conséquences la pollution et le dérèglement climatique (la consommation d’espaces naturels en France atteint 66 000 ha /an, soit, en sept ans, plus que la surface moyenne d'un département).

Quand aux grands projets d’infrastructures, autoroutes et LGV, ils sont encore plus destructeurs d’espace et de biodiversité. Non seulement on se permet de déroger aux réglementations sur les espèces protégées, mais on détruit des écosystèmes qu’il sera impossible de restaurer.

De plus, à l’artificialisation correspond une imperméabilisation des sols avec pour conséquence le ruissellement accéléré de l’eau, ce qui augmente les risques d’inondation en aval ainsi que la pollution de l’eau des rivières par lessivage.

  • Concernant l’autoroute A65 dont les associations de protection de la nature avaient dénoncé l’inutilité, sa construction a provoqué la destruction de près de 2000 hectares de milieux naturels et d’habitats d’une cinquantaine d’espèces protégées (Chauve-souris, amphibiens, reptiles, papillons…)

Chacun peut constater qu’elle n’est que très peu fréquentée. Le Trafic Journalier Moyen Annuel (TJMA) constaté durant l’année 2012 est de 5562 véhicules/jour (5221 véhicules légers et 341 poids lourds), inférieur d’environ 40% aux prévisions du contrat de concession signé en 2006. Cet écart atteint -66% pour le trafic poids lourds, donc insuffisamment rentable (le déficit d'exploitation de l'autoroute A65 s'établit en 2012 à un niveau record dépassant 35 millions €). En dernier recours, ce sont les contribuables qui paieront la facture.

  • Concernant les LGV : la construction d’une LGV artificialise 17,5 ha/km. Les dégâts constatés avec la construction actuelle de la LGV Tours – Bordeaux (qui affecte 16 communes de Gironde) augurent mal des conséquences qu’auraient les constructions des lignes  Bordeaux – Toulouse et Bordeaux – Espagne en termes d’artificialisation de sols naturels, agricoles ou forestiers, et d’impact sur 9 sites Natura 2000. »

- Quel bilan tirez-vous des mesures compensatoires mises en place dans le cadre des grands projets régionaux réalisés (merci d'indiquer des exemples précis, tels l'autoroute A65 même si c'est peut-être un peu tôt pour établir un bilan)? Quelles sont vos attentes et vos revendications dans le cadre des mesures compensatoires proposées pour les projets à réaliser (LGV Sud-Ouest)?

« Ces soi-disant mesures compensatoires ne sont qu’un leurre. Officiellement le promoteur doit, dans l’ordre suivant :

  1. Justifier l’intérêt général du projet : intérêt à long terme, qui apporte un gain significatif  pour la collectivité, ce qui n’est pas toujours la réalité ;
  2. Choisir la localisation qui porte le moins atteinte à l’environnement ;
  3. Réduire au maximum les impacts que l’on ne peut éviter ;
  4. Compenser les impacts résiduels : compensations mises en œuvre à proximité du site impacté, avec une ampleur au moins équivalente à celle impactée et dont l’efficacité  doit être mesurable et la  pérennité garantie. Des contrôles doivent être effectués.

Le plus souvent :

  • les deux premières conditions ne sont pas toujours remplies : le projet de déviation du Taillan est le contre-exemple par excellence. S’il est maintenu, ce projet détruira ou perturbera gravement des espèces protégées : trois espèces de papillons, neuf d’amphibiens, sept de reptiles, 36 d’oiseaux et 23 de mammifères (dont le vison, la loutre et 19 espèces de chiroptères), sans compter bien sûr toutes les espèces, protégées ou non, qui sont passées au travers des inventaires, le tout sur à peine 7 850 mètres de déviation.
  • la compensation est rarement réelle : en effet la création d’écosystèmes ex-nihilo est impossible. Pour l’A65, on présente comme une réussite le fait de « préserver ou reconstituer 1372 hectares d’habitats d’espèces remarquables » alors qu’avant d’être ainsi « sauvés » ces territoires de compensation étaient pour la plupart des territoires intacts et non menacés. En revanche, le chantier de l’autoroute Grenelle aura occasionné la destruction bien réelle de près de 2000 hectares de milieux naturels... La compensation n’est pas toujours possible : pour exemple les difficultés à trouver des terrains propices dans le bassin versant de la Saye et du Meudon  pour compenser les dégâts de la LGV Tours – Bordeaux dans ce secteur. »

- Pourriez-vous donner des exemples précis de sauvegarde réussie et d'échecs constatés sur le territoire d'intervention de la SEPANSO, concernant les programmes destinés à sauver des espèces végétales et animales protégées?

« Les exemples de sauvegarde réussie sont peu nombreux : si l’on a espoir de sauver l’Esturgeon d’Europe, c’est au prix de travaux scientifiques très coûteux qui ont permis une fécondation artificielle. La loutre semble réapparaître, peut-être en raison de l’invasion des milieux aquatiques par l’écrevisse de Louisiane (espèce exotique invasive) dont elle se nourrit abondamment. Les autres espèces patrimoniales (Cistude, vison d’Europe, Anguilles, grandes Alose…) sont encore loin d’être tirées d’affaire, les causes de leur raréfaction (destruction massive des habitats – zones humides notamment –, surpêche…) n’étant pas jugulées. »

- Quel regard portez-vous sur les différents outils règlementaires qui régissent les espaces et les espèces protégées? Vous semblent-ils suffisants pour faire œuvre de protection efficace du patrimoine naturel régional? La notion et la législation sur les "espèces protégées" sont-elles pertinentes selon vous?

« La législation serait suffisante si les réglementations ayant pour but de stopper les pertes de biodiversité étaient appliquées. Les mesures figurant dans les documents d’objectif des zones Natura 2000 ne sont pas respectées car basées sur le volontariat pour certaines (Docob [Documents d’Objectifs] des sites Natura 2000), méconnues ou mal comprises pour d’autres. Les dernières mesures en cours d’élaboration – loi Biodiversité […], Schéma régional de cohérence écologique [SRCE] en rapport avec la Trame Verte et Bleue,… –  n’auront sans doute pas davantage d’effets car les dérogations sont toujours possibles et les avis du Conseil national de Protection de la Nature (CNPN) ne sont pas obligatoirement suivis. »

Si les avis du CNPN ne sont en effet pas toujours suivis, nous avons aussi vu qu’ils n’ont eux-mêmes pas toujours été fidèles à la loi : comment, dès lors, s’étonner qu’ils soient piétinés sans scrupules ?

Laissons à Pierre Davant, membre du Conseil National de Protection de la Nature évoqué au cours de cette enquête, l’occasion de s’exprimer :

« Au nom des associations pour l'environnement regroupées au sein de la SEPANSO, je me permettrai de faire quelques remarques à Monsieur le Préfet de Région.

Je reprendrai le dossier de l'A65, dossier qui peut paraître mineur à côté de tous les autres, mais fondamental et symbolique pour nous. Vous avez, Monsieur le Préfet, parlé d'avancée car vous venez notamment de signer l'arrêté relatif aux mesures compensatoires.

Nous en doutons car nous estimons que cette autoroute est un projet du passé, si l'on tient compte de l'évolution du coût du baril de pétrole, comme vous l'avez précisé j'ajouterai évolution journalière, et de nos obligations de réduire nos émissions de gaz à effet de serre.

Son exploitation ne pourra être finalement que lourdement déficitaire et sera donc prise en charge par les collectivités.

Vous avez fait état de l'avis favorable du CNPN relatif à la destruction d'espèces et d'habitats protégés. Effectivement, et depuis que je siège dans ce Conseil (depuis) plus de trente ans, jamais le débat n'avait été aussi intense et porté sur la place publique. Cela aura eu au moins le mérite de faire connaître à nos concitoyens la loi sur la protection de la nature qui date de 1976.

Les débats sur cet aspect ont été également vigoureux au sein de notre Assemblée, à tel point que l'on me surnomme maintenant "pattes blanches".

Et ces mesures compensatoires ne sont pour nous que des mesures de consolation. »[3]

Bien maigre et paradoxale consolation… Force est de constater que toutes les instances chargées des mesures compensatoires jouent, dans l’affaire des tulipes romaines comme dans d’autres, un rôle obscur : Conseil National de Protection de la Nature, Direction Régionale de l’Environnement, Conservatoire Botanique, Conservatoire des Espaces Naturels, aucune de ces institutions n’a privilégié la protection du patrimoine naturel, préférant sans doute plutôt protéger les brillantes carrières de leurs responsables. C’est donc le principe même de ces mesures compensatoires et de leur promotion par ces organismes qui est à mettre en cause.

L’affaire de la tulipe romaine de Saint-Quentin-de-Baron démontre de manière éclatante que les combats environnementaux se mènent par la force de conviction et par l’intégrité de la démarche. C’est la raison pour laquelle ce combat initié par un seul lanceur d’alerte, a fait tomber les clivages politiques communément admis. De même que, sur le Larzac, s’étaient associés des paysans conservateurs et des hippies soixante-huitards, de même, dans les années 90, le CRAC (Centre Rural d’Animation Culturelle de l’Entre-deux-Mers), né dans la baronnie socialiste de Saint-Quentin, s’était-il associé aux grandes propriétés viticoles contre les notables socialistes de Gironde pour s’opposer aux projets de crématorium industriel sur cette commune, d’autoroute A89 ou de LGV. Yves Corbiac a bien connu cette époque, et son combat pour préserver la tulipe romaine se situe dans la lignée d’un affrontement sur le terrain du patrimoine commun, lequel n’est ni de droite ni de gauche, mais appartient à la Nation tout entière.

Pour finir, donnons la parole à Colette Lièvre, figure tutélaire de la protection de l’environnement en Entre-deux-Mers : l’ancienne présidente de l’union « Vivre en Entre-deux-Mers » et de l’association « Paysages d’Aquitaine », rédactrice en chef de la revue « Les Cahiers de l’Entre-deux-Mers », a défendu l’idée originale d’une route culturelle appelée « François Mauriac » le long de la Garonne, afin de faire échec à des projets d’infrastructures démentiels initiés par le Conseil général de la Gironde dans les années 90.

Colette Lièvre cite la lettre de 1970 du Président Georges Pompidou mettant en garde son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, célèbre bordelais, contre la destruction programmée des arbres le long des routes françaises : « …la sauvegarde des arbres le long des routes est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain…La vie moderne dans son cadre de béton et de bitume créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. La route, elle, doit revenir pour l’automobiliste de la fin du XXè siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. Que l’on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté… »[4]

Regrettant le manque de solidarité entre les associations, et notamment la disjonction qui existe entre celles qui se soucient de la biodiversité et celles qui se soucient des paysages, Colette Lièvre met en garde contre les projets d’aménagement prévus sur ce qui est désormais considéré comme la deuxième couronne bordelaise, notamment le vieux serpent de l’Entre-deux-Mers : le grand contournement Est de Bordeaux, qui relierait les autoroutes A10 (Paris – Bordeaux) et A89 (Bordeaux – Clermont-Ferrand) au nord de la Dordogne, à l’A63 (Bordeaux – Hendaye), l’A62 (Bordeaux – Toulouse) et l’A65 (Langon – Pau) au sud de la Garonne, en coupant littéralement la région en deux. Un chantier qui doit déjà faire se frotter les mains aux conservatoires ès transplantations en tous genres, pour lesquels il représenterait une véritable manne financière.

Evoquant le « temps des migrations saisonnières » qui vont mener les « nantis » européens sur les côtes sud-européennes croiser les réfugiés fuyant les guerres, Colette Lièvre déclare : « A moins que devant l’urgence, ce monde insensé retrouve le bon sens, engage un changement radical de style de vie, de production, de consommation ; que la devise de notre République : liberté, égalité, fraternité, ne reste pas figée au fronton de nos édifices publics. »[5]

Tel est le sens de la démarche engagée par Yves Corbiac. Il se pourrait d’ailleurs que des solidarités étonnantes se poursuivent, car parmi les adversaires les plus résolus de la LGV SEA promue par Alain Rousset et Martin Malvy, présidents socialistes des Conseils régionaux d’Aquitaine et de Midi-Pyrénées (utilement accompagnés par Ségolène Royal, ancienne présidente de Poitou-Charentes opposée au barreau Poitiers-Limoges mais ayant signé son décret d’utilité publique une fois devenue Ministre de l’écologie), et Alain Juppé et Jean-Luc Moudenc, maires « républicains » de Bordeaux et de Toulouse, on compte aussi bien les riches viticulteurs du sauternais que les zadistes de Sainte-Colombe-en-Bruilhois s’opposant à la TAG (Technopole Agen Garonne) de Jean Dionis du Séjour, maire Nouveau Centre d’Agen et président de l’Agglomération d’Agen, contre laquelle ont pris position la quasi-totalité des syndicats agricoles, de la FDSEA à la Confédération paysanne (à l’exception notable de la Coordination rurale, syndicat majoritaire en Lot-et-Garonne) : un mélange explosif qui pourrait, s’il est dirigé avec la même persévérance que celle dont a fait preuve Yves Corbiac, entraîner une modification profonde des politiques publiques qui ont été menées jusqu’à présent dans les campagnes. C’est en tous cas ce que laissent présager les résultats sans appel de l’enquête publique qui a été menée fin 2014 sur le sujet, qui a vu une mobilisation populaire sans appel contre ce projet démentiel et qui, associé à un rapport incisif de la Cour des comptes sur ce projet de Ligne à Grande Vitesse fonçant droit dans le mur, a entraîné un avis défavorable de la commission d’enquête publique début 2015.

La bannière « Préservons la campagne » du lanceur d’alerte de Saint-Quentin-de-Baron pourrait ainsi servir de mot d’ordre à un vaste rassemblement citoyen destiné à sauvegarder ce qui reste de patrimoine commun sur la terre de France.

 

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[1] Emilie Chammard, « Suivi 2014 des populations de Tulipes d’Agen et d’Anémone couronnée transplantées dans le cadre de l’aménagement de la place du village » (Saint-Quentin-de-Baron, Gironde), N° 2014-EP007-SM-EC002, p. 2.

[2] Réponses à un questionnaire envoyé par courriel à Colette Gouanelle, 13 mai 2014. La SEPANSO n’ayant pas souhaité s’exprimer sur le sujet « particulier » des tulipes romaines, les questions ici posées ne traitent donc pas de cette question.

[3] Séance plénière du Conseil Economique et Social Régional d’Aquitaine du 10 juillet 2008, « Les activités de l’Etat en région Aquitaine » - Questions des conseillers économiques et sociaux, p. 14.

[4] Colette Lièvre, « L’ennemi N°1 : l’arbre », site Les Cahiers de l’Entre-deux-Mers, rubrique Environnement, 14 mai 2015. Pour l’anecdote, Micheline Chaban-Delmas, veuve de l’ancien maire gaulliste de Bordeaux, est co-propriétaire d’une parcelle située au Pays Basque sur le trajet de la LGV Bordeaux – Hendaye, tout comme José Bové ; c’est à l’initiative du Collectif des associations de défense de l’environnement (Cade) que cette parcelle a été achetée en indivision par environ 500 personnes, afin de bloquer juridiquement le projet de Ligne à Grande Vitesse Bordeaux – Espagne.

[5] Colette Lièvre, « Un monde insensé ! », site Les Cahiers de l’Entre-deux-Mers, Edito du 14 juillet 2015.

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