Combien de traitements chimiques sur une culture de blé?

Combien de traitements chimiques pour une culture de blé par exemple?

Lorsqu'on parle à un agriculteur conventionnel des traitements chimiques réalisés
sur ses cultures, il y a de fortes chances qu'il nous réponde que:
"Aujourd'hui on ne traite presque plus nos cultures,
vous savez on est tellement contrôlés... On est à deux doigts de faire du bio"
Quand ce n'est pas "on est bien plus bio que les bio"!
Pourtant il suffit de faire un tour sur les sites internets
des fabricants de pesticides eux mêmes pour se faire une idée
du nombre de traitements réalisés sur chaque culture.

Voici par exemple un lien vers le site web du groupe chimique BASF
qui fabrique tout un arsenal de produits, des insecticides aux fongicides
en passant par les herbicides, traitements de semences et autres régulateurs
de croissance:

Sur cette page on trouve une infographie de "l'itinéraire cultural simplifié
du blé tendre" qui représente tous les traitements chimiques réalisés
sur une culture de blé du semi à la récolte: désherbants de Décembre à Avril,
3 apports d'azote, fongicides divers et variés, 1 ou 2 régulateurs de croissance,
sans oublier les insecticides...




"Le maintien des volumes à l’exportation et les exigences de qualité
attendues par la filière meunerie réclament un niveau de protection
des cultures particulièrement élevé." dixit BASF.

Les régulateurs de croissance sont moins connus que les autres pesticides.
Leur usage s'est pourtant généralisé.
"D’abord reconnus pour réduire les risques de verse, les régulateurs
de croissance sont aujourd’hui d’excellents optimisateurs de qualité
aux multiples bénéfices."
Décidément à en croire les fabricants de produits phytosanitaires
la nature est faite n'importe comment et ils ont heureusement développé
tous les remèdes nécessaires pour remettre les choses à l'endroit!
La lecture du guide des régulateurs de croissance BASF
"Les architectes des céréales" donne une idée de la manière dont les groupes
chimiques notamment manipulent les agriculteurs conventionnels en jouant
tantôt sur leurs peurs tantôt sur leur égo pour leur faire consommer toujours
plus de traitements phytosanitaires.

"Désormais, face à la pression
d’un marché devenu mondial,
le céréalier doit aussi bien
penser quantitatif que qualitatif
dans son objectif de rendement.
Chacune de ses interventions
doit reposer sur une analyse
toujours plus technique et plus
économique, afin d’exploiter
au mieux le potentiel des
plantes et assurer le maximum
de revenus à l’exploitation."

Les groupes chimiques ne sont pas les seuls à inciter les agriculteurs
à utiliser leurs traitements. Les conseillers techniques des chambres d'agricultures
participent eux aussi à la perpétuation de ces pratiques polluantes et dangereuses.
Pour exemple, voici un extrait d'une lettre d'information envoyée aux agriculteurs
de la Vienne en octobre 2011 par la chambre d'agriculture consultable dans son
intégralité à cette adresse.

"Point cultures:
Colzas
Les colzas sont généralement très bien en place
avec des levées régulières et une croissance rapide.
Le développement excessif de certain
colza a justifié l’application de régulateur.
Quelques parcelles, non régulées ou trop tardivement,
présentent une élongation parfois
marquée.
Comme attendu, la pression grosse altise a été
particulièrement forte au moment de la période
chaude de fin septembre/début octobre. Les
différentes stratégies, à 2 ou 3 interventions,
ont pour le moment assez bien géré le problème,
les larves se faisant rares.
La pression charançon du bourgeon terminal a
été plutôt faible et la présence de pucerons
verts a été localement modérée. Les parcelles
sont dans l’ensemble propres avec des faux
semis efficaces et des conditions d’utilisation
d’herbicide optimales.
Quelques rattrapages classiques sont à faire tels
que des anti-graminées racinaires type KERB
FLO, des applications de CALLISTO (en attente
de dérogation d’autorisation) ou CENT 7 contre
Sanves et Ravenelles. Le LONTREL contre
Chardons Marie, Matricaires, Laiterons n’est
plus autorisé à l’automne mais seulement à
partir du 15 février.
Céréales d’hiver
Les conditions sèches ont permis une progression
rapide des semis, et les pluies de fin octobre
ont assuré une levée rapide. Si les conditions le
permettent, privilégiez le désherbage d’automne
notamment si le risque salissement est important
pour limiter précocement la concurrence.
Pour finir et comme d’habitude, la pression pucerons
sera fonction des conditions météorologiques."

Il y a pourtant plus de 23000 agriculteurs certifiés bio rien qu'en France qui pratiquent une agriculture sans produits chimiques.

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