Alerte rouge sur la tulipe - L'enquête (1/8) : Avis d’enquête

Les tulipes sauvages sont des espèces végétales protégées par la loi nationale. Les deux plus connues en France sont la Tulipe sylvestre, de couleur jaune, et la Tulipe d’Agen, de couleur rouge. Cette dernière, dont le vignoble bordelais constitue traditionnellement l’un des réservoirs, est typique des terres cultivées du midi.

Tulipe d'Agen (Tulipa Agenensis), dite "tulipe romaine" © JC Mathias Tulipe d'Agen (Tulipa Agenensis), dite "tulipe romaine" © JC Mathias

Décimées par les méthodes violentes de l’agriculture conventionnelle (labours profonds, emploi de pesticides) et par l’anthropisation de l’espace (épandage de plastiques et de métaux lourds issus des déchets urbains, urbanisation croissante), ces « tulipes romaines », originaires du Moyen-Orient et probablement importées en France sous l’Antiquité, et dont la beauté leur a valu l’appellation de tulipes « œil-de-soleil », sont en voie de disparition. Elles figurent notamment au titre des espèces en danger dans la « Liste rouge des espèces menacées en France ».

Il y a tout juste 10 ans, le 23 juillet 2005, l’union « Vivre en Entre-deux-Mers » (Gironde) interpellait le ministère de l’Ecologie sur la destruction d’une parcelle viticole constituant l’habitat de cette espèce protégée. Cette missive demeurée sans réponse marquait l’entrée dans un violent combat politique et juridique : tandis qu’un lanceur d’alerte allait déterrer la hache de guerre du droit, l’administration s’apprêtait à déterrer sans scrupules des bulbes de tulipes romaines et, pour se parer de toutes les vertus, à les faire badigeonner au fongicide.

Dix ans et quatre procès plus tard, quel bilan tirer de cette lutte inégale ? Quelle est la chaîne des commanditaires ? Quel rôle a été joué par les structures censées protéger l’environnement telles que le Conseil National de Protection de la Nature, la Direction Régionale de l’Environnement, le Conservatoire Botanique National, ou le Conservatoire des Espaces Naturels ? Comment la Charte constitutionnelle de l’environnement adoptée la même année (1er mars 2005) a-t-elle été prise en compte dans les jugements des différents tribunaux, dont le Conseil d’Etat ? Quels enseignements peut-on tirer en matière de protection de la biodiversité et des espaces naturels et agricoles ?

Aux termes d’une année d’enquête sur « l’affaire de la tulipe de Saint-Quentin-de-Baron » nous retraçons dans ces colonnes l’épopée juridique et politique d’un lanceur d’alerte que les pouvoirs publics auront tout fait pour bâillonner.

Alors que les scientifiques parlent d’une transplantation conservatoire, l’enquête démontre qu’il s’agit d’une transplantation de complaisance. Alors que les gestionnaires parlent d’un succès fondé sur l’objectivité scientifique, l’enquête démontre qu’il s’agit d’un cuisant échec fondé sur la falsification des données scientifiques. Alors que l’administration s’enorgueillit du respect du cadre légal, l’enquête démontre que les avis et les arrêtés successifs ont été donnés en violation de la loi. Et alors que les pouvoirs publics se targuent d’un respect des procédures démocratiques, l’enquête démontre que l’administration s’est livrée à une rétention d’informations capitales. Loin d’être une petite histoire locale comme aimeraient le faire croire certains, cette affaire constitue un scandale environnemental d’Etat, exemplaire des détournements de procédures qui ont souvent lieu dans le cadre des projets, grands ou petits, qui nuisent au territoire.

Publication de l'enquête en 8 volets entre le 23 juillet 2015 et le 6 août 2015 (date anniversaire de la première action contentieuse, le 6 août 2005) :

-        Introduction à la disparition des tulipes et des terres agricoles (2/8)

-        Partie I : PLU de tulipes (3/8)

-        Partie  II: du contournement de la loi (4/8)

-        Partie  III : la tulipe romaine, une affaire en or (5/8)

-        Partie IV : oignons frais et patate chaude (6/8)

-        Conclusion sur la sauvegarde du patrimoine commun (7/8)

-        Chronologie de l'affaire de la tulipe romaine de Saint-Quentin-de-Baron (8/8)

 

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