Néonicotinoïdes, le Royaume-Uni veut tuer ses abeilles

En 2013 plus de 3,5 millions de personnes signaient une pétition sur la plateforme Avaaz pour   pousser la Cour Européenne à bannir les insecticides dits néonicotinoïdes (récemment interdits en France) en partie responsables de la mort de millions d'abeilles. L'utilisation de 3 insecticides devait ainsi être suspendu jusqu'à fin 2015. Malgré ce moratoire et une opinion publique largement hostile à ces insecticides au Royaume-Uni, le gouvernement anglais vient d'autoriser la remise en circulation de 2 néonicotinoïdes sur fond d'irrégularités politiques majeures.

Sous licence CC © Nick Watton Sous licence CC © Nick Watton

En 2013 plus de 3,5 millions de personnes signaient une pétition sur la plateforme Avaaz pour   pousser la Cour Européenne à bannir les insecticides dits néonicotinoïdes (récemment interdits en France) en partie responsables de la mort de millions d'abeilles. L'utilisation de 3 insecticides devait ainsi être suspendu jusqu'à fin 2015. Malgré ce moratoire et une opinion publique largement hostile à ces insecticides au Royaume-Uni, le gouvernement anglais vient d'autoriser la remise en circulation de 2 néonicotinoïdes sur fond d'irrégularités politiques majeures.

 

Cette décision fait grand bruit dans la presse outre-manche. En plus de l'effet de plus en plus avéré de ces pesticides sur le déclin massif des colonies d'abeilles* et de bourdons, le Guardian a révélé que le gouvernement avait fait pression sur le comité d'experts en pesticides pour qu'il retarde la publication du compte rendu de la réunion. Une décision anti-démocratique et totalement opposée au mandat du comité censé obéir à son propre agenda pour informer le public en toute transparence.

Quand le politique fait pression sur ses chercheurs

Les raisons du recul de la publication du compte-rendu sont confondantes pour le gouvernement.

La raison principale de ce recul est que pendant la réunion, le comité d'experts scientifiques sur les pesticides s'est clairement opposé** aux dires de l'union nationale des agriculteurs. Ces derniers avançaient que les cultures de Colza ne poussaient plus sans pesticides à cause des coléoptères. Ils exigeaient ainsi une remise en circulation d'urgence des néonicotinoïdes pour 79 % des plantations de colza en UK.

Un argument que contredit également le dernier rapport de l'institut Européen de l'environement et du développement durable daté de décembre 2014. Il rapporte une très bonne récolte de Colza au Royaume-Uni en 2014 malgré la suspension des néonicotinoïdes en 2013.***

Un accord passé avec les firmes agrochimiques

La deuxième raison du recul de publication de ce rapport est que les deux plus grandes entreprises qui commercialisent ces insecticides (Bayer et Syngenta) étaient les seuls organes d'opinion invités à la réunion. Une irrégularité qui va clairement à l'encontre du code de pratique du gouvernement. Le principal argument de ces firmes agrochimiques lors de la réunion était que les cultures étaient gravement menacées par les coléoptères et des pucerons et qu'aucune alternative n'existait.

Enfin, en raison du recul de la publication, l'union nationale des agriculteurs a pu remettre une proposition sur la table : la possibilité d'utiliser pendant 120 jours deux néonicotinoïdes sur 5 % du total des cultures de colza oléagineux au Royaume-Uni.

Une proposition acceptée par gouvernement Cameron qui a fait passé la levée de la suspension comme « autorisation d'urgence » sans avoir à consulter aucune autre partie pour des avis contradictoires. Par ailleurs le compte rendu de cette réunion n'a lui non plus pas encore été publié. Une décision prise donc, à la va vite, contre l'avis des scientifiques, et dans un manque total de transparence.

Une résistance massive qui s'organise

En réaction, la levée de boucliers du côté des ONG et organisations citoyennes est immense. À peine 5 jours après cette décision le nombre de signatures de l'organisation 38 degrees contre la suspension est déja de 500 000 , c'est sans compter les autre pétitions lancées par Avaaz, SumOfUs (290 000 signatures à ce jour) et Greenpeace. Un recours légal a également été intenté par l'organisation Friends Of The Earth qui conteste la légalité de cette décision. Si cette dernière venait à être entérinée, elle constituerait sans aucun doute une aubaine pour ces firmes qui tentent de vendre leurs produits en Europe. 

Rappelons qu'en France, le projet de loi sur la biodiversité de 2015 a été amendé par les députés afin d'interdire les produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes dès 2016 mais que cet amendement a été abrogé par le Sénat il y a peu. Pour en savoir plus sur le déclin des colonies d'abeilles en général vous pouvez regarder la courte vidéo ci-dessous réalisée par le Monde ou celle-ci.

Le déclin des abeilles expliqué en 3 minutes © Le Monde.fr

 

Notes et sources :


Cet article sera mis à jour selon l'évolution des décisions. Il a été modifié a posteriori dans son dernier paragraphe car le Sénat français a abrogé l'amendement des députés pour interdire les néonicotinoïdes dans la loi biodiversité

*Le comité a avancé que ''la demande de l'union nationale des agriculteurs manquait de preuves avec des faiblesses et incertitudes dans ses références et les études /données fournies'' source ici

** Si le débat sur ces pesticides est toujours en cours et extrêmement polémique, des exemples probants comme en Italien ont pu montrer qu’avec la suppression des néonicotinoïdes, l’abeille réagissait mieux face aux autres agresseurs. Ainsi, en zone de grandes cultures les mortalités de ruches ont diminué de 37,5 % à 15 %. Par ailleurs, le scientifique qui travaille pour le gouvernement de Cameron et qui est en charge de ce sujet citait en mai dernier un essai sur un champ de Colza fait en Suède qui montre un déclin net des colonies d'abeilles et de bourdons.

*** http://cereals.ahdb.org.uk/press/2015/april/20/neonicotinoid-restrictions-impact-on-osr-planting-area-and-csfb-larvae-activity.aspx

 

 

 

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