La tombe ou le feu ?

(il ne s'agit ici que de notes, de réflexions, et non pas d'un article abouti. Ces réflexions peuvent évoluer, ici même, sur la même page. Je ne ferme pas l'accés aux commentaires, mais je tenais à préciser ce qui précéde. Vous en ferez bien évidemment ce que vous voudrez.)

 

Je suis tombé récemment, au travail, d'une hauteur suffisante pour être légérement "sonné". Dans un état non pas comateux, j'étais conscient, mais légérement hébété, étonné, presque rêveur. Sur le dos, il faisait nuit, je voyais les étoiles mais n'entendais plus le bruit généré par le travail pourtant bruyant que nous effectuons (charger des containers de métal dans des camions). Ce sont les visages de mes collégues qui m'ont sorti de ma trés courte rêverie, et ce sont les paroles de l'une d'entre elles qui m'a définitivement ramené à "la réalité". "Il faut appeler les pompiers", a-t-elle dit. Ce qui m'a fait dire : "Pourquoi faire ? je suis parfaitement capable de me relever tout seul".

Depuis lors je ne peux cesser de méditer sur la réalité de ce mot : tombe.

Le dernier acte politique est sans doute de choisir, si on le peut, la modalité de disparition de son cadavre.

Je m'interroge.

Si la mort est l'interruption de la vie, si la vie continue sans "moi", quelle est, quelle peut être l'impact du choix de la modalité de cette disparition (s'il y a choix. Le prolongement "économique" (politique) de ma vie destine mon corps au cimétiére des indigents. Mais je peux aussi choisir dans une forêt profonde et m'adandonner comme charogne à une vie plus large qu'un tombeau, avant qu'il ne soit trop tard. Mais quand est-il "trop tard" ? Mais quand est-il "trop tôt" ?)

J'ai vu disparaître mes deux parents géniteurs-génitrices par la fumée d'un four crématoire. (Ce n'était pas en Allemagne, ce n'était pas entre 1939 et 1945) . Outre le fait que ce mode de disparition semble être le plus couteux -hors de portée de mes moyens et de ceux de mes enfants- je ne souhaite pas à ceux-ci d'en refaire l'expérience. Sans doute parce que j'ai des attaches en Allemagne, et eux des attaches en Autriche.

A la mode indienne, abandonner son corps indigent au hasard des rues ou des chemins ? Est-ce possible dans notre civilisation trés "policée" et trés hypocrite ? (C'est le rapport de notre "civilisation" à l'euthanasie qui me fait écrire ce dernier adjectif).

Avoir le courage déséspéré de se faire brûler vif "devant" un palais présidentiel ou parlementaire, comme cela s'est encore vu récemment ?

Mourir en criant sa colére, en "prophérant" ? Mourir dans la lutte, le combat pour une "juste cause" ?

Cela ne résout pas la question de la dépouille, ni celle de "la juste cause".

Le feu, peut-être, ou les oiseaux.

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