Pas M+N-2. La Mort contre la mort. 1/2

Le sujet mérite d’être distingué en n’employant pas un terme commun aux autres, tel que chronique, billet ou article pour définir la petite production mensuelle à laquelle j’envisage de me tenir aussi longtemps que possible. L’espacement régulier de la livraison, chaque dernier jour du mois, est au rythme d’un pas. Ainsi chacun de ses petits textes sera un pas dans la direction de la mort sans s’interdire les pas de coté, pas de deux, et même pas sur place, pas pas pour mieux dire.

Le sujet mérite d’être distingué en n’employant pas un terme commun aux autres, tel que chronique, billet ou article pour définir la petite production mensuelle à laquelle j’envisage de me tenir aussi longtemps que possible. L’espacement régulier de la livraison, chaque dernier jour du mois, est au rythme d’un pas. Ainsi chacun de ses petits textes sera un pas dans la direction de la mort sans s’interdire les pas de coté, pas de deux, et même pas sur place, pas pas pour mieux dire. Revu à la cadence d’une image par seconde, cette marche donnera l’impression d’un parcours rectiligne, il faudra ralentir pour s’apercevoir que sans sortir de son chemin, elle se jette d’un talus à l’autre. Pas est aussi le nom donné à un passage en langue d’Oc (le plus connu, le Pas de l’Escalette, au sud du Larzac), quoi de mieux adapté au projet de se regarder passer ?  Il convient de numéroter ces pas pour savoir ou nous en sommes depuis le début du décompte et à combien de sa fin. Pour plus tard. Admettons que pendant quelques jours ou semaines après ma mort, des amis découvrent et suivent ces pas, un rapide calcul leur permettra de les situer. J’aime beaucoup entendre dire qu’un texte a été écrit dix ans avant la mort de son auteur. C’est évidement toujours faux, jamais un auteur n’a écrit un texte dix ans avant sa mort.

 M désigne le jour de ma mort. N le nombre des mois qui m’en sépare. Le chiffre celui des mois consommés depuis la date de référence du 1 mai 2013. Un chiffre précis, indiscutable, dont le rapport avec N tendra vers 0 avec une régularité admirable. Le jour où la somme des deux sera 0, ce sera le dernier pas, fait d’avance pour l’occasion. Je ne l’écris pas encore, je suppute un crédit de mois qui ne rend pas cette tâche urgente.

 Afin d’indiquer que la fourniture mensuelle d’un regard sur la mort ne présente aucune difficulté et libérer mon lecteur de son inquiétude (comment va t’il tenir parole et jusqu’à quand ?), voici quelques sujets que j’aurai pu extraire de l’actualité du mois qui s’achève. Une méditation sur la mort de Clément Méric tout à fait en prise sur des réflexions du pas précédent, sur celle de Pierre Maurois, sur une information lu à propos d’un fabricant de cercueils fantaisies (http://ghanacoffin.com/) …etc

 Mais à l’entame de ce voyage, il faut prendre le temps de se chausser correctement. Il faut parler de la mort elle même, de son essence même. Bien sûr je ne la connais pas plus qu’un autre et l’arc de parole – dans le sens électrique du terme – que j’espère en l’approchant est personnel, spécifique en longueur, en intensité, en couleur, ne peut rien enseigner à personne. Il jette sur la vie une lueur dont j’ai désir de témoigner pour au moins cent vingt six raisons qui s’égrènerons au fil des mois.

 Pour cette fois, je vais devoir faire vite, je me suis aussi fixé une contrainte de longueur, mais je reviendrai pour approcher la mort pas à pas, et parfois être conduit au hasard de la marche tout près, tout près d’elle.

 Pourquoi parler de la mort ? Pour mieux voir la vie bien sûr ! Pour qu’elle scintille comme les lumières dans la nuit, pour que frottée au noir, elle révèle sa gravure. Noir de la mort, noir de la nuit, on fait l’amour (qui sonne si près de la mort) à toute heure mais c’est le plus souvent la nuit que la pratique de la «petite mort» (nom ancien donné à l’orgasme) ouvre le monde à la venue d’un nouvel être.

 Il vient dans la couche pelliculaire qui enveloppe notre planète. Rapportés au diamètre de la Terre, les quelques kilomètres de hauteur qui accueille la vie sont mille fois plus mince qu’un épiderme. C’est à peine de la matière, c’est plutôt un rêve de la matière.

 La vie c’est de la matière qui rêve. Qui nous introduit dans ce rêve sinon la mort ? Que serait la vie sans la mort, sans le renouvellement ? Comment aurions nous été conduit autrement à forger le mot vie sans lequel la vie n’existe pas ? 

 La mort c’est de la matière qui se réveille, qui revient à elle même, qui quitte le rêve. Mourir c’est se réveiller. C’est accéder d’un coup à l’immense réalité.

 J’ai écrit le titre trop vite, je ne suis pas parvenu à ce qui l’explicite. Ce sera pour la prochaine fois. J’essaierai de dire pourquoi je chasse la mort, à la manière d’un chasseur de papillons.

 

 

 

 

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