Pas M+N-3. La Mort contre le mépris

Dés ce troisième pas, je dois avouer que c’est la seconde fois que je me lance dans cette entreprise. J’ai commencé en septembre 2009, à raison d’une livraison par quinzaine, dans l’espace que le monde.fr avait réservé aux chroniques d’abonnés qu’il avait sollicités.

 Cet espace, que quelques dizaines d’abonnés s’étaient appropriés, n’a pas apporté à ce site ce qu’il en attendait. Il a entrepris de s’en débarrasser, non de manière franche ou en tentant par la sélection une orientation plus conforme à ses mystérieuses attentes, mais par des chicaneries décourageantes pour les contributeurs : publication par paquet de 40, dissimulation dans les sous sol du site, puis petit à petit, mettant à profit chaque nouvelle maquette pour «plus de… », disparition complète, le tout sans fournir un mot d’explication. Seul Internet a rendu possible de tels procédés en autorisant, conséquence directe d’une abondance légitimant le traitement mécanique, le charroi de la parole des citoyens à la pelleteuse.

Ceci n’a pas grand intérêt sinon que ce fait minuscule relève de la grande catégorie du mépris. Et le mépris, qu’il soit pratiqué par une institution ou par un individu, est en prise directe la mort, avec une certaine forme de la mort. La mort est en nous de deux façons, par l’inexorable décompte de notre temps de vie, et par celle que notre instinct de prédation nous amène à donner directement ou indirectement sous de multiples formes. Le mépris c’est la mitraille de l’instinct de prédation, il suffit pour s’en convaincre de mesurer son rôle dans les grands drames de notre époque. Les crimes massifs commencent toujours par du mépris. En principe l’alchimie d’une société et d’une culture transforme le plomb du mépris en or de la curiosité, mais la culture est en déroute et le mépris reste le mépris. Il ne se répand pas impunément, nous aurons sans doute l’occasion de l’apprendre. A ceux qui le mêlent à leur salive, il faut demander : croyez vous que la mort à besoin de votre aide pour faire son travail ? Est-ce que ce n’est pas un grande fille qui se débrouille très bien toute seule ? N’avez vous donc rien de mieux à faire que de lui apporter votre concours ?

Je ne vais pas faire couler dès maintenant la source de pensée qui apparient le mépris au travail clandestin d’une mort insidieuse, qui tue l’humain sans tuer les hommes. Je prend mon parti de mal dire, je n’ai pas le choix, il faut procéder par contact furtif, s’approcher de la mort avec des mots rapides, comme une main qui effleure une surface brûlante, et à chaque courte grillade de mots, faire une expérience nouvelle, accumuler de la connaissance sur l’inconnaissable.

J’évoque la mort pour dresser le constat de la vie,  j’en fait le parchemin sur lequel s’inscrive les signes de la vie. La frénésie du nouveau fait le contraire, elle invoque la vie, le besoin de changement, de mouvement pour introduire la mort dans tous ce qui émerge, risque de durer, risque de contrevenir aux besoins du commerce, qui désormais affranchi de ses relations aux choses vivantes, aux choses nécessaires à la vie, doit nous vendre des choses mortes. Le nouveau est le masque préféré de la mort.

Je veux parler de la vraie mort, de celle que nous contenons en nous, pour rappeler que nous sommes dans le temps de la vie, pour séparer radicalement la vie et la mort. Tout est mêlé, la vie est la mort, le corps est l’esprit. Il n’empêche que ce qui nous fait humain c’est l’aptitude à les séparer, à séparer l’inséparable, à surplomber le réel.

La féroce idéologie du réel c’est la mort. Le réel c’est la matière inerte, c’est la mort. Le réel est répandu dans l’univers en quantité telle qu’il est vain de tenter d’exprimer la vie en pourcentage relatif. Et ce temps si rare de la vie, il faudrait le consacrer à des choses mortes ? Non et c’est la mort, la vraie mort, le moment inouï de la disparition que j’appelle à moi pour lutter contre les choses mortes. Il faut extraire la mort de la vie pour en faire une grande et belle chose toute noire et non cette espèce d’encre qui obscurcit la lumière de la vie. Il faut la chasser de la lumière pour en faire un continent désirable, un ailleurs radical. 

 

 

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