Syntonie, dernier mouvement

Il est difficile de quitter une terre connue même si elle est un lieu de souffrances ; bien se dire aurevoir, c'est le début du voyage.

dessin aborigène dessin aborigène

Quand sera venu pour moi le moment de mourir,
mon corps regardera mon âme.
De l’adieu qu’il lui fera, de cet adieu-là, elle dépendra.
Il a compris, à quel instant ? dans quel état ? qu’au bout d’une vie, il reste là.
Ni l’amertume et le regret, ni la peur, plus d’exaltation,
ils ne hurlent plus, ces vieux démons.
Il ne hurle plus.

L’heure pourra-t-elle venir sans avoir été attendue, sans même qu’il soit prévenu ? Il est un enfant.
L’heure devra-t-elle se faire attendre longtemps, longtemps, tant ! qu’un temps trop long dissipe la possibilité de l’instant ? Il est si vieux.
L’heure est-elle sombre, en latence, bien présente, insidieuse et menteuse ? Il s’est gâté.
Quelle importance. La vie avant l’a préparé.

En un instant, il ouvre les yeux, je l’espère.

Regarde-la, vois qu’elle est belle, aimante, bien disposée. Patiente, profonde,
présente, présente, présente.
Ose avouer que tu l’aimes, qu’elle est l’élue.
En cet instant, tu te surprends à voir le temps, augure de l’innocence, elle rayonne et tu t’éteins.

Et toi, la belle alèthe déployant à nouveau tes vieilles ailes, tu reprends forme.
Tu prends appui, encore nichée au coeur du corps qui fut ton port.
N’aie crainte de t’envoler, sans corde de souffrance.
Lui déjà s’abandonne à ton pas.

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