Le Bourdon et le Scarabée

Un rembourré bourdon butine lentement d’un grain fleuri de lavande à un autre.
Un irisé scarabée gratte une racine de rosier.

Ils se regardent parfois.
Le bourdon pense « je suis trop sensible pour me contenter de ta carapace, je ne vois que trop souvent ta surface, pourtant je veux te connaître au fond ».
Le scarabée se dit « je suis trop affectueux pour renoncer à ton poilu dos dodu, je ne vois que trop souvent ton ventre, pourtant j’aspire à voler plus haut blotti sur ton dos ».

Un jour de pluie, l’ailé musicien à fourrure patiente abrité au pied de sa lavande quand l’ailé musicien en armure s’aventure à l’approche.
— Tes pattes sont engluées de terre mouillée, grimpe jusqu’à moi, cette tige a de quoi nous supporter et tu pourras te nettoyer.
Emerveillé de l’invitation d’emblée, le scarabée enhardi claudique d’un déhanché endiablé et rejoint l’hôte perché tant admiré.
Une goutte d’eau bien placée lui radie l’embu, réhabilitant de lustre ses six fines rotules. Plus de 1000 yeux observent immobiles l’anatomie structurée de ce nouveau voisin de palier.
— A quoi te sert ce bouclier ?
Le scarabée est interdit, l’intelligente interrogation le pétrifie. Il intercède alors auprès de Sciron qui miracle obéit et s’en vient chasser la pluie.
Un rai d’or surgit, achevant la magie, déposant son obole sur la bombée courbure, révélant l’apparat d’une irisée parure.
Le bourdon frémit.

A cet instant, le jardin tout entier ne respire de sa rosée que pour porter l’air frais et doré s’envolant autour d’un buisson mauve en train de murmurer.

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