Eva Joly et le parti dominant

Quand un parti domine son camp, en pesant 25 à 30% des voix exprimées, toute sa stratégie est naturellement de maintenir cette domination et de maintenir les partis alliés dans une position de supplétifs. Cette stratégie s'est avérée payante à la fin des années 90 avec le PCF et les Verts, mais elle a aussi conduit à l'échec de 2002, tant les électeurs de ces partis supplétifs ne se sont pas reconnus dans ce rôle subalterne.

 

Mais quand un mouvement atteint à différentes élections consécutives des scores de 13 à 16 %, il n'est plus un allié supplétif, mais devient un concurrent. La stratégie du PS, puisqu'il s'agit du parti dominant, s'applique donc maintenant à diminuer l'influence d'EELV, apparaissant de plus en plus, avant cette campagne 2012, comme un concurrent direct potentiel.

 

Et pour ce faire, le PS n'hésite pas à signer un accord qui peut paraitre avantageux pour EELV, en terme de places obtenables. Tout en dénonçant, avant même la signature finale, et encore plus après, les termes de cet accord. Les écologistes avaient l'habitude que les accords ne soient pas respectés une fois l'élection passée, mais cette fois-ci, une étape supplémentaire est franchie. C'est dès avant les élections que, de Hollande à Montebourg, le PS annonce qu'il ne respectera pas ces accords. Sur le fond, aucune centrale nucléaire ne sera fermée. Sur les places, on annonce déjà nombre de candidatures dissidentes du PS dans les circonscriptions réservées à EELV. Et sur la scène médiatique, tous les coups sont permis.

 

L'émission "On est pas couché" de samedi dernier où Eva Joly était l'invitée, en fut un détail significatif. Les 2 chroniqueuses, Audrey Pulvar (faut-il rappeler qu'elle est la compagne de Montebourg?) et Natacha Polony (membre influente du MRC qui appelera bientôt à voter pour Hollande) s'en sont données à coeur joie pour instruire un procès médiatique contre la personne qu'elles recevaient.

 

Làs, la direction EELV, dont la légitimité qu'elle revendique est pourtant basée sur l'expérience de la stratégie politique, se trouve piégée par cet accord supposé bénéfique. Et devant les déclarations du PS claironnant qu'il ne respectera pas cet accord, elle regarde ailleurs et fait l'autruche.

 

Cette stratégie devrait d'ailleurs interroger celles et ceux qui pensent à voter Hollande. Comment croire un seul instant celui qui annonce et se targue d'ores et déjà de ne pas respecter un accord signé par le parti qui l'a désigné? Sera-t-il plus respectueux de la parole donnée à ces électeurs?

 

Face à cette volonté d'hégémonie du parti dominant, une seule solution. Voter pour ses convictions. Evacuer le chantage honteux du vote utile. Ne pas subir le discours de ceux qui disent, incapables de convaincre de voter pour leurs idées, que si ce n'est pas eux, cela sera encore pire. Refuser le choix entre le moins pire et le plus pire. Car voter utile en 2012; c'est se préparer à voter utile en 2017, 2022, 2027... C'est encourager la sclérose de la vie politique française.

 

Pour toutes celles qui pensent que la crise actuelle est intimement liée au mode de fonctionnement de notre société, à la consommation effrénée des ressources naturelles, au fait que l'humain soit simplement considéré comme une variable d'ajustement, une seule solution: voter Eva Joly.

 

 

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