Billet de blog 15 nov. 2011

Hulot : "La sortie du nucléaire est un objectif moral incontournable"

Le Père Vert Pépère
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Tribune de Nicolas Hulot dont on peut retrouver l'original ici: http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Actualite/Tribune-de-Hulot-La-sortie-du-nucleaire-est-un-objectif-moral-incontournable-422061/

TRIBUNE. Battu par Eva Joly à la primaire d’Europe Ecologie - Les Verts, Nicolas Hulot rompt le silence dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche. Alors que les négociations patinent entre le PS et les écologistes, l’ex-animateur de télévision s’étonne qu’on "s'accommode des événements de Fukushima" et réclame une "expertise indépendante" sur le coût et les pertes d’emploi qu’occasionnerait la sortie du nucléaire.

"Au-delà des aspects économiques, je considère qu'en l’état actuel de notre technologie, la sortie du nucléaire est un d'abord un objectif moral incontournable. S'accommoder des événements de Fukushima ou de Tchernobyl est incompatible avec l’idée d'une civilisation. Notre mémoire collective est désespérément courte. La situation d'effroi et de désarroi général pour ne pas dire de panique au moment de Fukushima est une démonstration suffisante en soi que nous avions dépassé toutes les limites acceptables dans la prise de risque. Personne ne peut ni ne doit effacer ces instants où la communauté scientifique et les responsables politiques étaient dans un état de quasi sidération. Ce n'est pas l’idée que je me fais du progrès. Beaucoup semble aujourd'hui oublier le point de vue des victimes et peu importe d'ailleurs leur nombre véritable. Le propre d'un accident nucléaire c'est d'être inestimable dans le temps et dans l’espace. Et là s'arrête le risque acceptable dès lors que l’on ne maîtrise ni ne mesure plus ses conséquences.

Dans la même veine, ignorer la durée de vie et la dangerosité à très long terme des déchets est incompatible avec la notion première du développement durable, puisque c'est une délégation de risque aux générations futures.

"Un débat public digne de ce nom s’impose"

Une fois cette considération posée, je me garderai bien de commenter les chiffres sur les pertes d’emploi que la sortie du nucléaire occasionnerait, tout comme je me garderai de valider sans réserve la création que le développement d'un nouveau modèle énergétique créerait. Comme citoyen profane, je ne me prononcerai pas sur le coût du démantelement mais j’observe qu’en creux cela signifie qu'il n’a probablement pas été provisionné et que nos tarifs sont en trompe-l’oeil. De la même manière, je serai curieux de connaître l’effet si l’on internalisait les conséquences des énergies non renouvelables.

En réalité je crois qu'en l’état, personne n’a la vérité des chiffres. Une expertise indépendante et un débat public digne de ce nom s’imposent. Mais la réflexion doit se faire non seulement sur la sortie du nucléaire, mais aussi sur l'après-pétrole et sans aucune concession sur nos objectifs de réduction d'émission de gaz à effet de serre. La contrainte n’étant pas l’ennemi de la créativité au contraire, ces trois contraintes produiront à terme des sauts technologiques. A quelle échéance, évidemment impossible à dire, et la sortie du nucléaire sera le fruit d'un processus qu'il faut engager le plus tôt possible.

"L’avenir est à l’irréalisé"

Je suis convaincu que la France et l’Europe peuvent se réindustrialliser et développer un nouveau modèle économique sur : une, le développement massif des énergies renouvelables; deux, l’efficacité énergétique et toutes ses filières associées (avec un bénéfice important sur notre balance commerciale à mesure que l'on s'affranchira du gaz, du pétrole et de l'uranium) et trois, je pense que toute notre industrie automobile pourrait se reconvertir sur des véhicules probablement en fibre de carbone, aux normes de consommation, de vitesse et de pollution excessivement drastiques. Évidemment cela signifie que, dès aujourd'hui, l'on abonde la recherche dans cette voie. La prochaine vague technologique en sera issue. Au passage les Chinois l’ont probablement compris, regardons avec quelle efficacité ils développent les énergies renouvelables. Et côté USA comme ils le disent eux-mêmes à propos de la fusion, c'est une énergie d'avenir et elle le restera. Trop conscient que les nouvelles normes de sécurité et leur coût vont changer les critères économiques.

Je rappelle aussi, puisque cela nous a visiblement échappé, que le GIEC nous a affirmé récemment que près de 80% de l’approvisionnement mondial pourrait être couvert par les energies renouvelables. A la condition que les politiques ciblent les investissements.

Sauf à faire preuve d'un entêtement cynique, il faut sans tarder dépasser le débat sur le nucléaire et partager une vision de notre futur modèle énergétique, solidaire et économique."

Nicolas Hulot

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