Billet de blog 16 janv. 2012

Le portrait d'Eva Joly par Eric-Emmanuel Schmitt: extraits

Eucharis
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Eva Joly © 

Au milieu du concert de critiques fusant à l’encontre d’Eva Joly, ses soutiens trouveront du baume au coeur à la lecture de l’admirable portrait qui lui est consacré par Eric-Emmanuel Schmitt, publié le 4 janvier dans Telerama: Le rayon vert.
Nul besoin de présenter l’auteur, entre autres succès, de La Part de l’autre, Oscar et la dame rose, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Ulysse from Bagdad, et dernièrement de La femme au miroir, dont l’oeuvre empreinte d’universalité a largement dépassé nos frontières.
L’un et l’autre sont des humanistes militants, Eric-Emmanuel Schmitt par sa plume, Eva Joly par son combat politique. Nul doute qu’ils aient su se comprendre.
Eric-Emmanuel Schimtt débute son portrait en dévoilant humblement avoir été touché et décontenancé par Eva Joly.
Auteur “habitué aux politiciens fanfarons enchantés d’eux-mêmes, ivres de leurs paroles, se félicitant de leurs actes avant que l’interlocuteur n’ouvre la bouche”, Eric-Emmanuel Schmitt avoue sa surprise en n’apercevant pas en Eva “ce grand narcisse exacerbé qui forme la colonne vertébrale des grands champions politiques”.
C’est sans doute ce qui la distingue de ses concurrents: “on ne décèle pas en Eva Joly d’amibition personnelle, seulement des ambitions impersonnelles: le goût de la justice, le sens de l’égalité, le respect de l’homme”.
Eva ne détone pas dans ce paysage, elle révèle.
Son parcours hors norme explique sans doute cette singularité.
Une personnalité atypique
Alors que souvent les politiques français sont issus de milieux aisés, et formés (formatés ?) dans des institutions élitistes, qui les préservent de la connaissance des difficultés du commun des mortels, Eva Joly est née dans un quartier pauvre d’Oslo, et s’est frottée aux réalités du travail.
Fille au pair, secrétaire, couturière à domicile, quelle force de caractère, quelle ténacité lui aura-t-il fallu pour décrocher un DEA de sciences politiques puis le prestigieux concours de l’Ecole de la magistrature !
Eva aurait pu se contenter d’un poste très honorifique de Premier Président de Cour d’appel. Mais son caractère “à la fois aventurier, fier, volcanique”, la pousse à “intégrer le milieu par la périphérie, assumant une stratégie qui consiste à, simultanément, faire vivre et combattre l’institution”.
La suite est connue de tous. C’est l’affaire Elf, sa lutte contre “les millions dissimulés, les réseaux d’argent sale, les puissants qui s’imaginent inatteignables, l’exploitation sans vergogne du tiers-monde par les industries occidentales”.
Soulignons que le courage exceptionnel dont elle a fait preuve a été salué par l’ONG Transparency International, qui lui a décerné le prix de l’intégrité.
S’arrête-t-elle sur ces lauriers ? Non, bien sûr. Dénoncer ne suffisant pas, Eva agit. Elle milite contre la corruption et la délinquance financière internationale, et enquête, à la demande du gouvernement islandais, sur les manoeuvres ayant conduit à l’aggravation de la terrible crise financière subie par ce pays. Une mission ayant, selon la chanteuse Björk, constitué un apport immense pour son pays.
Son engagement en politique n’est pas surprenant, mais au contraire “logique, réfléchi, nécessaire, un engagement rassurant car les engagements tardifs sont peu menacés d’érosion”.
Des détracteurs ? Quels détracteurs ?
Eric-Emmanuel Schmitt a su trouver les formules qualifiant ses détracteurs, dont on distingue dans certaines critiques les vieux démons xénophobes.
D’aucuns raillent son accent ? “des crétins- qui généralement ne parlent aucune langue étrangère- au lieu d’apprécier l’hommage qu’apporte tout accent exotique à notre idiome, se moquent d’une polyglotte”, donnent par leurs remarques acerbes “l’impression d’écouter une assemblée de limaces se moquer des animaux qui ont des jambes”.
Sa double nationalité, vilipendée par ceux qui se prétendent “vrais français”, “comme s’ils gagnaient du mérite à être nés quelque part et à n’avoir jamais voyagé” ? Des imbéciles heureux qui, “en face d’une femme qui a plusieurs cultures, se sentent supérieurs d’en avoir qu’une !”
Les commentateurs de l’establishement qui rabaissent son intégrité ? “Eva Joly signale de quel bois ils sont constitués, peut-être le bois dont on fait les marionnettes, ou les boîtes à musique - ça résonne parce que c’est creux -, en tout cas pas le bois dont on fait les drakkars”.
On en redemanderait presque !
Une candidature qui fait bouger les lignes
Eva Joly est “une femme de devoir, pas d’ambition. Ténacité, travail, sérieux, courage, voilà ses armes”.
“Différente, incorruptible, forte d’un passé où, juge, elle ne se laissa arrêter par personne, elle porte la lumière sur les calculs, les timidités, les hypocrisies, l’imaginaire féodal d’une classe politique qui, de gauche à droite, protège ses ambiguïtés.”
Voilà ce qui, sans doute, explique pourquoi sa candidature dérange autant. Eva Joly ringardise les vieux briscards du microcosme politique, car “sa présence dénonce bien des laideurs, le fonctionnement consensuel du système et la molesse de certaines convictions”.
A l’heure où “l’humanité est assise sur des braises mais ne s’en rend pas compte”, elle est la voix de l’avant-garde qui crie qu’un autre univers est possible.
Merci, Monsieur Schmitt, pour ce vibrant hommage rendu à celle qui, par sa noblesse d’âme, porte l’espoir d’un monde meilleur.

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