L'oasis d'Ali Bécheur

Ali Bécheur décrit lui-même son livre Chems Palace à paraître le 10 avril aux éditions Elyzad comme un livre exigeant. Nous dirions plutôt qu’il peut l’être pour qui ne désire pas pénétrer avec lui dans le microcosme de l’oasis et être pris dans son tourbillon sensoriel, à la mesure des rites ancestraux et au rythme des gestes rituels du labeur qui en permet le maintien.

Ali Bécheur décrit lui-même son livre Chems Palace à paraître le 10 avril aux éditions Elyzad comme un livre exigeant. Nous dirions plutôt qu’il peut l’être pour qui ne désire pas pénétrer avec lui dans le microcosme de l’oasis et être pris dans son tourbillon sensoriel, à la mesure des rites ancestraux et au rythme des gestes rituels du labeur qui en permet le maintien.

Le temps y est cyclique et allongé, les phrases coulent sur la page et adoptent celui de la célébration, l’écriture est charnelle, l’oasis se fait lieu d'une mémoire sensuelle, mémoire menacée par des intérêts économiques extérieurs. « Le sable est la mémoire du temps » dira le narrateur, qui vous entraîne dans une tentative formelle qui consiste à tenter de suspendre sa fuite: nécessité et vanité de la trace et donc de l’écriture, Chems Palace est un oasis luxuriant au milieu d’un irrémédiable désert. C’est l’immanence du temps sur cet environnement, investie d’une subjectivité absolument poétique, qui, retranscrite en ces pages, donne au roman les atours d'une contemplation confinant au sacré.

Il y a bien-sûr l’histoire de cet enseignant à la retraite, de retour chez lui, qu’un fils de l’oasis parti sous les pierres et revenant en nabab sollicite pour écrire ses mémoires, il y a bien-sûr ses périples, sa traversée du désert, son étape parisienne, sa mégalomanie de parvenu lors du retour au pays, la marque romanesque et tragique d’un prophète, qui vous feront quitter pour un temps le désert, raccrocher quelque wagon du connu et de l’usité, mais ce sera pour mieux revenir en ce lieu ambigu, aride et vide tout autant qu’espace ultime d’exacerbation de nos imaginations et par là prolifique, pour mesurer que le temps y coule toujours au même rythme, indifférent aux orgueils humains, et qu’il effacera bientôt les quelques marques qu’ils auront tenté d’inscrire en ce monde.

Nous avons tour à tour abordé les particularités sociales et culturelles de l’oasis, l’expérience qu’Ali Bécheur en a eue, la façon dont il a saisi ce milieu comme figure poétique. Il nous a également éclairé sur les changements formels qu’il a dû adopter pour ce livre, et que les lecteurs de « Le Paradis des femmes » constateront très vite, pour qu’à sa suite, nous éprouvions nous aussi cette « forme poétique de l’habiter » dont parle l’ethnologue Tim Ingold, inconsciemment vécue par les habitants de l’oasis, et qui est apparue à l’auteur avec la double évidence de sa force et de son immense fragilité.

Ali Bécheur / CHEMS PALACE / 26 mars 2014 © Libfly1




J’éprouvais que le désert s’invente en marchant. Naissant du pas, il n’offre d’autre chemin que l’errance, lui que la Bible dit le lieu de l’erreur, ourdissant les traquenards de la tentation, où croissent les fantasmes des amants de la solitude, où fulgurent les hallucinations anachorètes, où les visions s’inscrivent en signes éphémères. (…) Rien n’y prend, où pareille au chergui, le vent incandescent, l’imagination s’emballe, rue, cabrée, torride, délivrée de tout frein, rien n’y persiste hormis une trace que le vent efface

CHEMS PALACE -
Ali Bécheur - Editions Elyzad - 10 avril 2014

19,90 euros - 9789973580656


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