Lucie Eple
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La Voie des Indés

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Billet de blog 25 juin 2013

T u s i t a l a : un métier à tisser

On se réjouit toujours de la naissance d’une maison d’édition, particulièrement quand les deux éditeurs n’arguent pas d’une importance quasi sacrée de leurs premiers choix éditoriaux pour se sentir commencer à exister légitimement.

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On se réjouit toujours de la naissance d’une maison d’édition, particulièrement quand les deux éditeurs n’arguent pas d’une importance quasi sacrée de leurs premiers choix éditoriaux pour se sentir commencer à exister légitimement. Pas de mythologie du « devoir éditer pour l’humanité », pas de mise en avant d’un possible caractère « fondamentalement-fondateur-foncièrement-cruellement-manquant » dans les explications de Mikaël Demets et Carmela Chergui. Il s’agit bien plutôt, pour l’ancien journaliste et l’ancienne attachée de presse des éditions L’Association, d’une envie de se frotter à la chaîne du livre, à un métier et ses enjeux, et de mettre un point d’honneur à élaborer des pratiques cohérentes, sensées et éthiques, à toutes les étapes de l’élaboration des titres : du choix d’un auteur et d’un traducteur à la vente au lecteur, en passant par la charte graphique et l’impression.

Parties de rien mais pas de zéro, les éditions Tusitala ont mis trois ans à élaborer leur ligne et éditer simultanément au printemps 2013 deux actes de naissance : Mémoires d’un bison d’Oscar Zeta Acosta et Un locataire de Svava Jakobsdottir. Quels points communs entre les mémoires géniales et mégalos d’un avocat junkie raté, acolyte d’Hunter S.Thompson dans Las Vegas Parano, et le roman d’une femme politique islandaise, pudique et poétique, traitant tout en métaphores de la présence étrangère sur l’île, notamment américaine, pendant des décennies ?

© 

De prime abord, aucun. Mais la lecture des deux livres nous en apprend, autant que celle de la préface de Thompson aux mémoires d'Acosta, et la postface à Un Locataire. Le bison et l’Islandaise furent deux figures majeures dans leur pays : l’un, leader du mouvement chicano aux Etats-Unis, mystérieusement disparu en 1974, devenu mythe pour les immigrés mexicains jusqu’à aujourd’hui, l’autre, figure de proue du mouvement féministe islandais dont le roman traduit par les éditions Tusitala a inspiré nombre de luttes émancipatrices autant que d’auteur-e-s.

A ce leitmotiv de donner à lire, par ces fictions-manifestes, des plumes trempées dans le sang bouillonnant d’intimités revendicatrices, complètement freaks ou parfaitement respectées, s’ajoute le désir de faire découvrir des auteurs ayant marqué des écrivains bien plus reconnus. Les éditions Tusitala remontent l’arbre généalogique des inspirations, au hasard des rencontres et des espaces permis par leur curiosité, pour retrouver les grands chênes, injustement ignorés ou non encore traduits.

Et ouais, les amis, c’est lui – mon pote, mon frère, mon complice le plus cher. Oscar Zeta Acosta. Faites place, car il nous a quittés, mais rien qu’à son souvenir, des vents terribles se lèvent et emportent tout sur leur passage. C’était un monstre, un vrai rejeton de ce siècle – (…) Oscar était un prototype imaginé par Dieu : un mutant surpuissant qui n’avait pas été pensé pour être dupliqué à grande échelle. Il était trop bizarre pour vivre et trop précieux pour mourir. Hunter S. Thompson, dans sa préface à « Mémoires d’un bison ».

Nous vous proposons de découvrir l’interview des deux éditeurs ci-dessous.

© Libfly1

Le mercredi 19 juin 2013, une soirée gonzo autour des deux figures d’Hunter S. Thompson et Oscar Zeta Acosta a eu lieu à la librairie Le comptoir des mots à Paris. Les éditions Tusitala étaient présentes, ainsi que les éditions Tristram, qu’on ne présente plus pour leur travail de traduction des Gonzo Papers de Thompson, qu’elles poursuivent toujours assidûment. Deux traducteurs étaient également présents : Nicolas Richard (qui a récemment traduit pour les éditions Tristram  Le marathon d’Honolulu de Thompson) et Romain Guillou, dont les Mémoires d’un bison sont la première traduction. Occasion de revenir sur les relations de frères ennemis qu’entretenaient Thompson et Acosta, et qui ne sont pas sans évoquer celles d’Herzog et Kinski.

Hunter S. Thompson et Oscar Zeta Acosta © 

Occasion également d’approfondir la présentation du personnage de l’avocat et de ses liens avec le mouvement chicano, grâce à Mikaël Demets, fort curieux de la question des mouvements sociaux aux Etats-Unis, de minorités moins représentées dans notre littérature, dont les luttes furent pourtant aussi fondamentales que celle des Black Panthers ou des Black Muslims, pour les plus connus.

 La rencontre est à revoir sur Libfly.com.

Mémoires d’un bison - Oscar Zeta Acosta - Préface d’Hunter S.Thompson- Traduit de l’anglais par Romain Guillou- Editions Tusitala, 2013- 9791092159004 – 20 euros

Ecouter la lecture de la préface par Nicolas Richard sur Libfly

Extrait de la chronique de Yaokda sur Libfly.com :

« L’avocat narre ses souvenirs à partir de la perte d’une amie (sa fidèle secrétaire de cabinet dont il n’imaginait même pas qu’elle fut malade) et de sa fuite sur les routes. Le macadam, la bagnole et les cachetons, les errances dans les ghettos urbains et les appartements de junkies : voici les ingrédients bien ricains d’une réminiscence qui fait des allers retours dans le temps et qui dévoile grâce à une langue brute, drôle et clairvoyante, combien est pesante la conscience des chaînes à briser, et nombreux les combats intérieurs contre le désespoir, pour atteindre la grande plaine et la faire rugir sous le poids de 1000 bêtes : le trip ultime. »

Un locataire - Svava Jakobsdottir - Postface de Frida Björk Ingvarsdottir - Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson - Editions Tusitala, 2013- 9791092159011 – 15 euros

Extrait de la chronique de Letoile sur Libfly.com :

« Tout le texte se déroule dans un huis-clos étriqué où évoluent les trois protagonistes. Cet enfermement évoque aussi le statut de la femme à cette époque : qui, d’abord outrée du comportement familier du locataire, accepte de plus en plus passivement la présence de ce dernier. Le récit oscille entre absurde et fantaisie et les frontières s’avèrent très minces entre réalité et imaginaire, comme celles entre la raison et la folie. Beaucoup d’éléments sont éludés et l’on s’attarde aux gestes du quotidien, au plus petit des gestes qui lie ou désunit les trois personnages. »

Extrait de la chronique de Sped sur Libfly.com :

"''Histoires pour enfants'', une courte nouvelle grinçante et bien vue accompagne ce Locataire. Le texte est  serré, violent et encore une fois très chargé politiquement en fournissant une critique de la place que la famille réserve aux femmes. Une belle réussite qui m'a serré au cœur."

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