Charles Conte
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Laïcité

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Billet de blog 2 juil. 2019

La gratuité de l'Ecole. Synthèse des travaux du CNAL.

En 2019, le Comité National d’Action Laïque a consacré ses travaux à une étude sur la gratuité réelle de l’école, de manière à explorer un principe fondamental de notre système éducatif, en essayant de débusquer ses angles morts,  de brosser un tableau des charges plus ou moins visibles qui reposent sur les familles et tenter de percevoir leur impact social.

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le CNAL a fondé ses analyses sur trois sources d’informations :

•             une étude menée par l’IFOP auprès de parents d’élèves du public et du privé

•             une enquête conduite par les membres des organisations du CNAL auprès des enseignants du 1er degré, principalement les directrices et directeurs d’écoles, et des chefs d’établissements et gestionnaires du 2nd degré.

•             une série d’auditions auprès d’experts et d’acteurs de terrain.

Les plus défavorisés disent que l’école n’est pas gratuite

L’école française est-elle gratuite ? Cette question posée dans un sondage Ifop réalisé pour le colloque du Cnal du 25 juin, amène des réponses éclairantes.Même si 59 % des parents interrogés pensent que l’éducation est totalement gratuite pour les familles, les 41 % restants pensent le contraire. En analysant ces résultats, on s’aperçoit que ce sont les plus modestes qui dénoncent sa non gratuité alors que les plus favorisés voient encore l’école comme gratuite.

De plus, une minorité (47 %) estime que la gratuité est gage de qualité.

Ils ne sont que 38 % à savoir que le montant maximal des bourses de collèges est de 453€/an (ils avaient le choix entre 4 réponses) et 48 % estime que c’est suffisant, voire trop !

Enfin, ils sont 9 sur 10 à envisager des études supérieures pour leur enfant et 4 sur 10 épargnent dans cette perspective (725€), car ils s’attendent à devoir débourser plus de 7 000€/an pour financer ces études. Or, une année de classe prépa coûte 15760€/an et une année de faculté 10330€/an.

Les professionnels constatent que la pauvreté des parents pèse sur la scolarité des élèves

L’enquête du CNAL auprès des directeurs d’école (1022) et des chefs d’établissement (280) apporte un éclairage de terrain. Ainsi 42% des directeurs d’école signalent des familles en difficulté pour les frais de sortie scolaire  dans le premier degré. Dans le second degré ce pourcentage monte à 82%. 59% des enseignants signalent que des élèves ne partent pas faute d’argent. Un autre indicateur intéressant est le non recours aux bourses : 58% des chefs d’établissement signalent des familles qui ne demandent pas de bourses. Récemment le Défenseur des droits signalait que 40% des enfants issus de familles défavorisées ne mangent pas à la cantine.

Concernant la restauration scolaire, le CNAL constate que quand un tarif fixe est proposé, il coûte 3,60€ en moyenne dans le secondaire. Dans le cas où un élève déjeune 4 jours par semaine à la cantine, le coût global sur une année scolaire (518€) dépasse la plus haute allocation de bourses  (453€). Aussi, il arrive que dans certains établissements du secondaire, la ration proposée aux élèves le lundi soit plus copieuse pour compenser des repas « déstructurés » pris pendant le week-end.

Dans le 1er degré, 52% des professionnels indiquent que les familles sont sollicitées pour acheter des fournitures scolaires de base, pour un coût moyen de 25€, une proportion qui monte à 93 % dans le second degré, pour un coût moyen de 135€, et ils sont plus de 8 sur 10 à estimer que cela met certaines familles en difficulté.

Dans le 1er degré, 42 % indiquent que les familles sont sollicitées pour les sorties scolaires et que cela en met en difficulté certaines, un taux qui monte à 82 % dans le 2nd degré. Pour les voyages scolaires, 92 % des personnels de direction indiquent que les familles sont sollicitées, le tarif n’est modulable que pour 27 % des répondants qui précisent majoritairement (59 %) que certains élèves sont donc exclus des voyages scolaires. Il faut aussi compter avec la photo de classe (5 à 15€), avec la cantine dont les tarifs sont souvent fixes, aux environs de 3,60 par repas…

A noter aussi que dans le 2nd degré, 58 % des répondants indiquent que toutes les familles n’ont pas recours aux bourses auxquelles elles ont droit, souvent faute d’un accompagnement, surtout lorsque les dossiers sont numérisés.

Les citoyens les plus pauvres sont les premiers touchés par la non application de ce principe constitutionnel. Comment payer une sortie au théâtre, un voyage scolaire, un billet de tombola, un torchon aux couleurs de l’école, quand on compte à l’euro près pour se nourrir, se loger?

Un sujet politique de premier ordre

Côté enseignants, malgré les efforts des personnels pour réduire au maximum les effets de la pauvreté sur la scolarisation des enfants et des adolescents, l’argent à l’école est une question rarement abordée. Et pourtant, on peut mettre sans le vouloir des élèves en difficultés, notamment dans les écoles où l’on rencontre le moins ces difficultés sociales, en oubliant quelquefois qu’elles existent. Les enseignants ne sont pas formés à cette réflexion qui est à la fois juridique, éthique et politique. L’école bricole souvent et fait comme elle peut avec ce qu’elle a, en matière d’argent, aussi!

Budgétairement, l’école n’est pas bien traitée dans notre pays. Comme le dit l’Observatoire des inégalités, « la France est un pays qui dépense peu pour ses élèves, en comparaison des pays riches les mieux classés dans ce domaine. Surtout pour les plus petites classes et l’enseignement supérieur ». Et si la dépense de notre pays pour l’éducation  augmente, sa part dans le PIB diminue. En vingt ans, de 1995 à 2015, tous gouvernements confondus, notre pays a consacré un point de PIB en moins à son école, ce qui représente 20 milliards d’euros en moins par an. C’est un choix. Mais ce choix ne permet pas la gratuité de l’école ; et les élèves issus des familles pauvres ne sont pas les mieux traités. Ainsi, on dépense aujourd’hui 32 millions d’€ par an pour l’accompagnement éducatif en éducation prioritaire. Il y a 1, 7 million d’élèves en éducation prioritaire, cela fait donc 18,80€ par élève.

Quand on regarde l’accompagnement éducatif dont bénéficient aujourd’hui les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles de ce pays où l’on rencontre assez peu d’enfants de pauvres, on constate que pour 85 000 étudiants, on dépense 70 millions d’€, soit 845 euros par étudiant, comparé à 18,80€ pour un élève de l’éducation prioritaire, soit 45 fois plus !

Conclusion

Ce colloque a tenté de mettre en lumière une zone grise de l’École. En effet, c’est quand on devient enseignant ou parent d’élève qu’on s’aperçoit de la place omniprésente de l’argent, notamment pour l’acquisition des fournitures de base, pour que soient menés des projets pédagogiques, pour assurer les déplacements jusqu’au sites scolaires, pour bénéficier d’aides à la scolarité, ou tout simplement pour garantir l’accès au repas de manière à profiter pleinement d’une journée de classe.

Les travaux conduits par le CNAL en 2019 s’inscrivent dans la continuité des travaux menés en 2018 sur la laïcité à l’école. Les thèmes choisis se répondent et s’imbriquent. La gratuité est un levier d’égalité dans l’accès au droit à l’éducation, afin de conduire les élèves sur le chemin de l’émancipation individuelle et collective qu’un cadre laïque permet.

La gratuité de l’école, au-delà d’un héritage, est une condition pour faire nation en comblant les inégalités liées au hasard de la naissance. Sans cela, comment demander à ceux qui, à tort ou à raison, se sentent injustement traités dans le domaine éducatif, d’accueillir les valeurs de la République à bras ouverts ?

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