À l’UMP, on pratique la laïcité à géométrie variable

Le président UMP du Maine-et-Loire s’oppose depuis des années à la construction d’un collège public.

 

La laïcité, l’UMP aime bien la défendre sur le papier. Sur le terrain, c’est moins évident. Beaucoup moins évident. Pour preuve : le conflit qui oppose le président UMP du conseil général du Maine-et-Loire, Christophe Béchu, à une partie des habitants du canton de Beaupréau. Depuis des décennies, ce territoire de 110 000 habitants et de longue tradition catholique souffre d’un manque patent de structures d’enseignement public, notamment dans le secondaire. Actuellement, sur les sept collèges, cinq sont privés et scolarisent près de 85 % des enfants de ce niveau. Une situation de moins en moins admise. «Ici, les parents n’ont pas la liberté de choix, s’indigne Yvelise Drappier, responsable locale de la FCPE. Or, c’est un devoir de l’État de proposer un enseignement public partout sur le territoire. Le droit français doit être respecté.»

Avec plusieurs associations laïques et la plupart des syndicats d’enseignants, elle réclame la construction d’une cité scolaire publique (collège et lycée) à Beaupréau. La commune est d’accord et le conseil régional, présidé par le socialiste Jacques Auxiette, a déjà donné son aval pour le lycée qui relève de sa compétence. Il devrait voir le jour en 2015. Mais pour le collège, le conseil général, lui, continue de ne pas vouloir en entendre parler… «Je redis que ce territoire est doté de sept collèges et qu’il dispose de 600 places disponibles, martelait en décembre dernier Christophe Béchu. Le conseil général ne se lancera pas dans la construction d’un nouveau collège à Beaupréau.»

Ce discours ulcère bon nombre de parents du canton, obligés, s’ils veulent échapper aux collèges privés, soutenus par le conseil général, d’imposer à leurs enfants deux heures de bus chaque jour et de sortir le chéquier pour les frais de scolarité et la demi-pension… Mais il fait la joie de l’association confessionnelle Dom Sortais, gestionnaire des établissements privés du canton. Cette dernière n’est, d’ailleurs, pas avare de mauvaise foi. Pour justifier son opposition à la construction du lycée et du collège, elle alerte sur le «gaspillage de fonds publics» que cela entraînerait et menace de saisir le tribunal administratif pour «concurrence déloyale» ! «Le libre choix dont se réclame régulièrement l’enseignement catholique ne serait donc valable que dans un sens ?», interroge Jack Proult, coordonnateur du collectif Vigilance laïcité.

Malgré tout, parents et associations laïques ne désarment pas. Le 15 novembre dernier, le conseil départemental de l’éducation nationale a adopté un vœu adressé à l’inspectrice d’académie et au commissaire de la République afin qu’ils mettent en demeure le conseil général de construire ce collège. Sans réponse jusqu’ici. Tout comme les deux lettres ouvertes adressées récemment à Luc Chatel…

Laurent Mouloud

Article paru dans "L'Humanité" du 2 mars 2011
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