Charles Conte
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Laïcité

Suivi par 250 abonnés

Billet de blog 8 mars 2021

Les jeunes et la laïcité. Analyse d'un sondage.

L’Institut de sondage IFOP a rendu un rapport d’étude pour la Licra et son journal « Le droit de vivre » le 2 mars 2021. Il est intitulé « Enquête auprès des lycéens sur la laïcité et la place des religions dans l’école et dans la société ».

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la suite de cette publication, de nombreux commentaires sont apparus dans les médias. Les jeunes ne seraient plus attachés à la laïcité. Ils ne la considèreraient pas comme une liberté fondamentale. Certains y voyant même une forme d’atteinte à la liberté. Tout cela mérite une attention particulière et une réflexion approfondie. Voici une première lecture de cette enquête.

Ce sont 1006 lycéennes et lycéens qui ont été interrogés. Parmi leurs réponses  celles qui sont mises en exergue concernent le port de signes religieux dans le cadre scolaire (52 % de réponses favorables), l’affichage de leurs convictions religieuses par des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions (49 % sont favorables) et la libre critique des religions (52 % y sont défavorables). 38 % sont favorables à ce qu'une loi autorise les élèves à porter un « burkini » (une proportion qui atteint 63 % chez les seuls élèves scolarisés en REP, et 76 % chez les lycéens se déclarant musulmans).

Ces réponses montrent de nettes différences avec les réponses de l’ensemble de la population beaucoup moins favorable au port de signes religieux et plus favorable à la libre critique des religions.

Ces réponses mettent en évidence un manque dans la transmission du principe de laïcité. En particulier dans la connaissance de la liberté de conscience très concrète qu’elle assure à chacune et à chacun. Nous l’avions déjà  constaté lors des enquêtes et auditions que nous avons menées dans le cadre des travaux du Comité National d’Action Laïque en 2018 sur l’application du principe de laïcité dans les établissements publics d’enseignement.

Deux remarques peuvent être faites en première approche. D’une part, au-delà de son contenu historique et juridique, l’image de la laïcité est en partie négative dans la jeunesse.  La séparation des cultes et de l’Etat (qu’en serait-il de la contraception, de l’IVG, du mariage pour tous… sans la séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux ?) et de la neutralité des institutions (qu’en serait-il de l’égalité entre tous les citoyens sans cette neutralité ?) ne sont pas ou ne sont plus comprises comme des moyens garantissant la liberté de conscience de tous les citoyennes et citoyens. Tenir à distance les religions n’est pas leur faire la guerre.  Or, laïcité est au contraire presque perçue comme une sorte de « cléricalisme » visant à contrôler les comportements et les idées des personnes, en particulier des musulmans. La mouvance néoconservatrice, et les médias qui lui sont liés, portent une responsabilité notable dans cette image. Les personnes enquêtées réagissent à cette image faussée de la laïcité plus qu’à la laïcité elle-même, comme le montre une analyse plus fine des réponses.

D’autre part les réponses des lycéennes et des lycéens sont révélatrices d’une attitude générale de tolérance, mais la laïcité ne saurait être réduite à la tolérance. De ce point de vue,  il manque plusieurs questions dans cette enquête. Considérez-vous normal  que les parents ou l’entourage de vos camarades leur imposent le port de signes religieux ?  Un agent public peut-il user de son statut pour influencer religieusement certains usagers ? Est-il légitime d’imposer des règles ou des interdits aux filles et non aux garçons ? Les réponses –négatives- à ces questions dont on se demande bien pourquoi elles n’ont pas été posées, ne feraient pas de doute.

Un grand mouvement d’éducation populaire comme la Ligue doit affronter ces questions. En prendre calmement la mesure et renforcer ses activités éducatives et pédagogiques. Comment transmettre la liberté inhérente à la laïcité ? Comment passer de la simple tolérance amicale à la compréhension des lois qui assurent cette liberté ? Tel est le défi devant lequel nous nous trouvons…

_______________________________________________________________________________________

Une autre édition de la Ligue de l'enseignement sur Médiapart:

Les Cercles Condorcet accompagnent la vie intellectuelle et militante des fédérations départementales de la Ligue de l'enseignement, grand mouvement d'éducation populaire laïque. Une cinquante de Cercles rassemblent environ 2.000 personnes. 
Ils animent une édition sur Médiapart Ne manquez pas de la consulter !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Corruption en Afrique : le protocole Bolloré
Mediapart révèle de nouveaux éléments qui pointent l’implication personnelle de Vincent Bolloré dans l’affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports africains. Après l’échec de son plaider-coupable, le milliardaire est présumé innocent en attendant son futur procès.
par Yann Philippin
Journal — Politique économique
Taxation de l’héritage : une lignée de fractures entre candidats à la présidentielle
La rationalité économique plaide pour un durcissement de l’impôt sur les successions, mais la droite se laisse aller à la démagogie en plaidant contre une hausse forcément impopulaire, dénonçant parfois un « impôt sur la mort ». La gauche cherche un équilibre entre justice et acceptabilité.
par Romaric Godin
Journal — Libertés publiques
Covid-19 : « Le gouvernement réglemente par protocoles et foires aux questions, une menace pour l’État de droit »
Stéphanie Renard, maîtresse de conférences en droit public, fait le bilan de deux années de crise. Cette spécialiste de l’ordre public sanitaire s’inquiète de la diffusion d’un « droit souple » qui « menace l’avenir de l’État de droit et le principe de légalité », et dénonce un « retour en arrière, vers une vision hygiéniste de la société ».
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Nucléaire
Hugo, lanceur d’alerte du nucléaire : « J’accuse EDF de dissimulations »
« Avec ce type d’attitude, nos centrales ne sont pas sûres » : le témoignage choc d’un membre de la direction de la centrale nucléaire du Tricastin, inquiet que la culture de la sûreté nucléaire passe en arrière-plan des impératifs financiers au sein du groupe EDF.
par Youmni Kezzouf et Jade Lindgaard

La sélection du Club

Billet de blog
Lettre aux candidats : vous êtes la honte de la France
Course à la punchline, postillonnage de slogans... vous n'avez plus grand chose de politiques. Vous êtes les enfants de bonne famille de la communication. Vous postulez à un rôle de gestionnaire dans l’habit de Grand Sauveur. Mais je suis désolée de vous apprendre que nous ne voulons plus d’homme providentiel. Vous avez trois trains et quelques générations de retard.
par sarah roubato
Billet de blog
Élection présidentielle : une campagne électorale de plus en plus insupportable !
Qu’il est lassant d’écouter ces candidats qui attendent des citoyens d'être uniquement les spectateurs des ébats de leurs egos, de s'enivrer de leurs mots, de leurs invectives, et de retenir comme vainqueur celle ou celui qui aura le plus efficacement anéanti son adversaire !
par paul report
Billet de blog
Présidentielles: penser législatives
La ficelle est grosse et d'autant plus visible qu'elle est utilisée à chaque élection. Mais rien n'y fait, presque tout-le-monde tombe dans le panneau : les médias aux ordres, bien sûr, mais aussi parfois ceux qui ne le sont pas, ainsi que les citoyens, de tous bords. Jusqu'aux dirigeants politiques qui présidentialisent les élections, y compris ceux qui auraient intérêt à ne pas le faire.
par Liliane Baie
Billet de blog
Quand l’archaïsme du système des parrainages s’ajoute à celui du présidentialisme
La question de la pertinence du système des 500 parrainages revient régulièrement au moment de l’élection présidentielle. Plutôt que de revenir au système de l’anonymat des signatures, il serait préférable d’élargir le champ de la responsabilité de la sélection aux citoyens.
par Martine Chantecaille