Actualités laïques 8 décembre 2019

Le financement public du Centre européen du judaïsme, un dossier du SNUIpp sur la laïcité, le film "Les Eblouis" sur les dérives sectaires, une lettre au Premier ministre en faveur de la Miviludes et un beau livre "L'Art du féminisme".

Le Centre européen du judaïsme : trois millions d’euros de fonds publics

Inauguré en présence de 800 personnes par Emmanuel Macron en octobre, le Centre européen du judaïsme se trouve Place de Jérusalem dans le XVIIe arrondissement de Paris. Selon Le Parisien du 27 octobre, Geoffroy Boulard, maire de l’arrondissement, a précisé : « Depuis plusieurs années le XVIIe arrondissement et plus globalement l'Ouest Parisien attire une communauté juive importante. Nous avons entre 37 000 et 41 000 personnes de confession juive sur 173 000 habitants ». Le bâtiment couvre 5 000 m2, avec à l'intérieur une synagogue de 600 places. Il accueille une partie des bureaux du Consistoire, l'institution qui administre ce culte depuis sa création en 1808 par Napoléon Ier. Le bâtiment a coûté 15 millions d’euros hors taxes. Selon Joël Mergui, président du Consistoire « Trois millions proviennent des pouvoirs publics - deux millions par l'Etat sous le quinquennat Sarkozy et un million de la région-. Cinq millions sont issus de fondations et trois millions de mécènes et donateurs privés. Le reste est financé par des emprunts et des souscriptions ». Le terrain a été donné par la ville de Paris, au temps de Jacques Chirac. Ces dispositions sont contraires à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905. La République garantit le libre exercice des cultes, dont la construction d’édifices dédiés, mais elle n’en subventionne aucun. Les projets se multiplient: une synagogue a été inaugurée cet été à Courbevoie, une autre bientôt dans le XVI° arrondissement de Paris et un Centre culturel juif est en construction à Boulogne-Billancourt.

 

« Fenêtres s/ cours » Un dossier Laïcité dans le journal du SNUIpp

Fenêtres sur cours N° 461 Fenêtres sur cours N° 461
"Fenêtres s/ cours" est le journal du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNUIpp-FSU). Son dernier numéro, le 463, de décembre est entièrement accessible en ligne. Il propose un dossier étoffé sur le thème « Laïcité, une école de la concorde ». Il débute avec un constat « Contrairement à ce que peut laisser entendre le débat politicien, le climat est très majoritairement apaisé dans les écoles. Cela n’empêche pas que régulièrement, il faille réaffirmer ce principe et sa signification. Il faut aussi savoir l’enseigner ». C’est le sentiment de neuf professeurs des écoles sur dix comme le fait apparaître un sondage IFOP. Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la Laïcité, et Jean-Paul Delahaye, vice-président de la Ligue de l’enseignement, sont mis à contribution pour commenter la situation. Les points de crispations sont réels. Il faut donc y faire face. La formation des enseignants est une des clés. Ce dossier s’inscrit dans cet effort. Parmi les autres numéros de « Fenêtres s/ cours » disponibles en ligne figure un riche numéro spécial issu de la 19° Université d’automne du SNUIpp. Sont traités des sujets tels que pauvreté (Marie-Aleth Grard, ATD Quart monde),  mixité scolaire (Etienne Butzbach, Ligue de l’enseignement), territoires vivants de la République (Benoît Falaize), liberté pédagogique (Claude Lelièvre)…

 

« Les Eblouis », un film sur les dérives sectaires

Ce premier film de la comédienne Sarah Suco est présenté sur le site des Nouvelles News, le journal en ligne féministe fondé par Isabelle Germain en 2009. Etre ébloui signifie aussi être aveuglé et c’est sans aucun doute le sens du titre choisi par Sarah Suco pour son premier film. Vous avez pu croiser cette comédienne d’une trentaine d’années notamment dans « Discount » et « Les invisibles ». Jamais avare d’une blague, Sarah Suco a choisi de réaliser une œuvre autobiographique et dramatique dans une communauté de croyants catholiques, rappel du lieu où elle a grandi. Une famille nouvelle, parents et quatre enfants, est peu à peu accueillie, pour ne pas dire dévorée par la communauté catholique de « La Colombe ». Tous vivent ensemble, sur la base de la charité chrétienne, les membres bêlent pour accueillir leur prêtre, on rend service aux personnes isolées du quartier, on se promène dans la nature en chantant : « promenons-nous dans les bois quand le diable n’y est pas ». Mais cette ambiance bon enfant est de plus en plus pesante, cachant une dictature peu bienveillante.

Peut-être parce que la réalisatrice est comédienne, le casting est parfait avec des enfants qui sonnent toujours juste, des adultes à contre-emploi (Camille Cottin méconnaissable en mère fragile et aveuglée, Eric Caravaca en père tendre et dépassé, Jean-Pierre Darroussin en prêtre-berger inquiétant). Mais le cœur battant du film, c’est la jeune Céleste Brunnquell, une découverte. Seule à ne pas être éblouie, l’adolescente aînée de sa famille est écartelée entre son amour pour ses parents et sa lucidité. Camille devient adulte à la place des adultes pour protéger ses petits frères et sœurs. Son point de vue – celui de la cinéaste – et sa ténacité tendent le récit comme un arc jusqu’au dénouement, bouleversant.

« Les éblouis » de Sarah Suco (France 1h39) avec Céleste Brunnquell, Camille Cottin, Eric Caravaca, Jean Pierre Darroussin. Prix cinéma 2019 de la Fondation Barrière. Produit par Mon Voisin, distribué par Pyramide. En salle le 20 novembre 2019.
Le site Les Nouvelles News   On peut s'abonner à une lettre d'information.

LES ÉBLOUIS Bande Annonce (2019) Camille Cottin, Film Français © Bandes Annonces Cinéma

La bande-annonce de « Les Eblouis »

 

Lettre ouverte du collectif d’organisations de la société civile pour le maintien de la Miviludes

Le 6 décembre 2019, Roland Biache, secrétaire général de la Ligue des Droits de l'Homme, a envoyé une lettre au Premier Ministre au nom d'une vingtaine d'organisations... Voici cette lettre:

Nous avons souhaité vous rencontrer concernant la situation de la Miviludes, et vous remercions de la réponse que vous apportez nous proposant de voir l’un de vos conseillers techniques.

Néanmoins, Monsieur le Premier ministre, nous nous permettons d’insister pour que cette rencontre se tienne avec vous personnellement afin de vous apporter des éléments plus précis que ceux dont vous disposez sur le développement des dérives sectaires et vous informer réellement de l’ampleur des réactions suscitées par votre proposition, ainsi que de l’émotion suscitée y compris aux niveaux européen et international.

En moins de deux mois c’est près d’une centaine d’articles de presse qui ont été publiés et de nombreux plateaux radio-télévisés organisés. Les interrogations portent très fortement sur la véritable raison de cette décision incongrue.

En effet, l’Etat a obligation à la fois de garantir les libertés, y compris intellectuelle, de ses citoyens et de les protéger du crime. Deux éléments fortement déniés par le monde de l’occulte.

Aujourd’hui, c’est l’ensemble du monde laïque et religieux qui est vent debout contre cette proposition qui ne repose apparemment que sur une analyse comptable forcément réductrice.

Lire la suite sur le site de la Ligue des Droits de l'Homme


L’art du féminisme, un beau livre militant

Ce sont plus de 350 œuvres, affiches, tableaux, illustrations, photographies, qui sont rassemblées dans un grand volume de 272 pages. Ces œuvres sont accompagnées de textes incisifs. Il s’agit d’un travail collectif publié en 2018 en Angleterre chez Elephant books, et aujourd’hui publié en français par Hugo Images. Son sous-titre est explicite : « Les images qui ont façonné le combat pour l’égalité 1857-2017 ». Celles et ceux qui sont engagées de longue date en France sur ce thème ne retrouveront que quelques images ayant illustré leur parcours, du tableau « Les sœurs » de Berthe Morisot en 1869 aux affiches et visuels d'Osez le féminisme en passant par la photo de Delphine Seyrig manifestant en 1973 et une manifestation du collectif La Barbe en 2013  . Mais quelle richesse chez les militantes anglo-saxonnes ! En commençant par les écoles d’art dans lesquelles des femmes peintres s’imposent par leur talent. Sculptrices, affichistes et photographes suivent. L’art se met au service du droit de vote. On sait combien la répression du mouvement des suffragettes a été violente. Une affiche montre l’une d’elles emprisonnée et nourrie de force.

Milica Tomić Milica Tomić
Les deux guerres mondiales bouleversent les rapports entre femmes et hommes. Bon gré mal gré les pouvoirs politiques doivent mobiliser les femmes. La figure emblématique de Rosie la riveteuse exprime l’ambivalence du moment. L’affiche titrée « We can do it » représente une ouvrière à la fois séduisante et volontaire montrant son biceps. Il ne s’agit pas d’un bras d’honneur comme souvent dans les nombreuses déclinaisons ultérieures. La célébrissime affiche est conçue par un homme, J. Howard Miller, pour inciter les femmes à s’engager dans les usines. Ce faisant la force et la liberté de Rodie et de toutes les femmes sont reconnues. Après-guerre les tentatives de retour en arrière ne manqueront pas. Le militantisme aura à y faire face.

A partir des années 60 c’est le combat pour les droits sexuels et reproductifs qui mobilise. Aux productions directement militantes, relativement peu nombreuses s’ajoutent des œuvres réalisées par des femmes à la conquête du monde artistique. Ces femmes et leurs œuvres sont largement présentées. Cet activisme dans le monde l’art anglo-saxon, avec quelques incises en Allemagne et en Italie, est peu connu en France. Il mérite de s’y plonger. La découverte de l’intime en est une des dimensions. « La vraie question c’est comment vivre nos vies ? » s’interroge la chercheuse Lynne Segal. Ecoute de soi et des autres, confrontations et provocations… Les performances enrichissent la gamme des outils. Les questions d’ethnicité se greffent dans le mouvement et ouvrent des débats évoqués en filigrane des œuvres. Le genre comme notion s’impose… La dernière image est une photo du Gulabi Gang, rallye de femmes indiennes portant des saris et des bâtons roses. Elles seraient entre 200.000 et 400.000 membres à s’insurger contre les violences faites aux femmes. Dans le même registre la photo d’une performance de l’artiste serbe Milica Tomić est une des plus impressionnantes…

L’art du féminisme. Les images qui ont façonné le combat pour l’égalité 1857-2017. Lucinda Gosling, Hilary Robinson et Amy Tobin. Editions Hugo Image. 

I am Milica Tomic © XYCrime

"I am Milica Tomić" une performance réalisée en 1998 pour dénoncer les violences faites aux femmes.  

NB Les Cercles Condorcet, affiliés à la Ligue de l'enseignement, animent une édition sur Médiapart Ne manquez pas de la consulter !

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