Enseignement laïque de la morale et enseignement laïque des faits religieux

Parmi les débats du Colloque "Laïcité: des combats d'hier au enjeux d'aujourd'hui" en figurent deux que nous pouvons mettre en parrallèle: l'enseignement laïque de la morale et l'enseignement laïque des faits religieux.

Parmi les débats du Colloque "Laïcité: des combats d'hier au enjeux d'aujourd'hui" en figurent deux que nous pouvons mettre en parrallèle: l'enseignement laïque de la morale et l'enseignement laïque des faits religieux.

Ces deux thèmes seront abordé en particulier lors des tables ronde sur la "Laïcité face aux défis des religions" , et "Laïcité et éducation". DE plus Isabelle Saint-Martin, directrice de l'Institut Européen en Sciences des Religions (IESR) interviendra lors de la dernière table ronde "La Laïcité et la cause du peuple". L'IESR avait organisé en 2013 un colloque sur ces thèmes "Enseignement laïque de la morale et enseignement des faits religieux" La Ligue de l'enseignement avait donné son point de vue dans une contribution reproduite ci-dessous:

Cette contribution a un caractère politique. Elle est assortie de quelques rappels historiques, même si elle n’est pas le fait d’un historien. La Ligue de l’enseignement approuve et soutient l’enseignement laïque de la morale et l’enseignement laïque des faits religieux. Cet engagement est à la fois ancien et nouveau. Il est fondé sur la volonté de « faire société », pour reprendre l’intitulé de notre manifeste adopté en 2010, et sur la nécessaire prise en compte du monde tel qu’il est. Il est urgent de rebâtir du commun. L’appropriation des grands thèmes et des conséquences concrètes d’une morale authentiquement vécue y contribuera. La connaissance des faits religieux, qui sont des faits culturels, sociaux, économiques… et qui incluent la connaissance des dogmes comme de leur critique, est tout aussi nécessaire. Ces deux enseignements ne sont pas contradictoires. Ils se complètent. Ils doivent être donnés de façon laïque. C'est-à-dire en respectant scrupuleusement  la liberté de conscience de tous ceux, croyants, athées, agnostiques, indifférents…, qui le recevront. Il ne s’agit en aucun cas de dicter des conduites ou d’assener des doctrines. Il s’agit de sensibiliser à des réalités humaines, de faire connaître la pluralité du monde pour s’y situer de manière autonome et responsable. Ces engagements ne se sont jamais démentis. On trouve sur le Portail laïcité de la Ligue www.laicite-laligue.org des dossiers complets sur ces thèmes.

 

Dès ses origines la Ligue a, par la voix et les écrits de ses dirigeants, exprimé un intérêt pour les questions de morale. Il y a un siècle et demi,  le débat sur la morale laïque se développait. Parmi les contributeurs se trouvaient les premiers présidents de la Ligue : Jean Macé, Ferdinand Buisson… Celui-ci va jusqu’à donner à notre siège, le 12 mars 1917, une conférence intitulée « Le fond religieux de la morale laïque ». Bien qu’il ait soigneusement distingué les dogmes chrétiens de la morale enseignée, la même conférence donnée aujourd’hui surprendrait beaucoup ! On retrouve dans les écrits des mêmes auteurs une connaissance approfondie et un intérêt réel pour les phénomènes religieux compris comme des faits culturels. Dans cette évocation rapide, il faut mentionner Albert Bayet. Président de la Ligue de l’enseignement de  1949 à 1959, il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages. Une bonne moitié de son œuvre est consacrée à la morale : « La science des faits moraux », « Histoire de la morale en France », « La morale laïque et ses adversaires », « Notre morale »… Bayet est rationaliste, et même président de l’Union rationaliste. Il se revendique libre penseur, et écrira le « Que sais-je ? » sur la Libre Pensée. Il analyse dans d’autres ouvrages, avec autant d’empathie que d’esprit critique, les relations entre christianisme et pacifisme, la casuistique chrétienne, l’œuvre de Pascal, les origines du christianisme et, bien entendu, les morales issues de l’évangile…

 

Cet intérêt sera exprimé sous des formes nouvelles à partir des années 80. Lors de son assemblée générale de Montpellier, en juillet 1982, la Ligue est au cœur du combat pour construire un service public unifié et laïque de l’Education nationale. Dans un texte précurseur, les congressistes promotionnent une « école de l’éducation permanente plus ouverte ». Ils prônent notamment « l’élargissement des temps éducatifs, sous la responsabilité des personnels enseignants en direction de l’ensemble du champ des connaissances sans exclusive, incluant les idéologies, les philosophies, les religions ainsi que les autres problèmes culturels, technologiques, économiques et sociaux de notre temps dans le respect des principes de la laïcité, seule garantie des droits de l’enfant ». Les dix années suivantes, la Ligue se lance dans une vaste entreprise de ré-interrogation de la laïcité avec un rapport « Laïcité 2000 », des assises, des publications (« Laïcité en mémoire », « Laïcité en miroir »…). Dans ce cadre la position de principe adoptée en 1982 sera reprise et mise en œuvre. Guy Gauthier, responsable du secteur culturel, coordonne un numéro spécial de la revue « Panoramiques ». Intitulé « Les religions au lycée : le loup dans la bergerie ? » (n° 2, 4° trimestre 1991), il rassemble une vingtaine de textes représentant toutes les positions. Pour la petite histoire, l’auteur de la présente contribution (convaincu depuis par le Rapport Debray) y défendait la ligne la plus opposée. La Ligue est ensuite partenaire du colloque international organisé par le Centre régional de documentation pédagogique à Besançon les 20 et 21 novembre 1991 « Enseigner les religions dans une démarche laïque ». Parmi les nombreuses autres initiatives, conférences, textes divers… il faut mentionner un cycle de conférences données entre 2004 et 2005 à l’IUFM d’Auxerre à l’initiative du Cercle Condorcet d’Auxerre, affilié à la Ligue, avec la participation de l’IESR. Les actes ont été publiés sous le titre « Comprendre les faits religieux. Approches historiques et perspectives contemporaines » par le CRDP de Bourgogne en 2009. Cet investissement se traduit  également par notre présence au conseil de direction de l’IESR.

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La même démarche se retrouve dans la réflexion sur l’enseignement laïque de la morale. La Ligue, en tant que mouvement d’idées, a beaucoup œuvré dans ce domaine, en particulier au travers de trois colloques. Le premier confronte éthique laïque et éthique religieuse en janvier 1994. Il est organisé avec les Cercles Condorcet et le journal La Vie et fut suivi d'une publication "Quelle place pour la morale ?"  (Editions Desclée de Brouwer, 1995). En 2005 un autre colloque est organisé sous l’impulsion de Vincent Peillon, alors président de la Ligue de l'enseignement de la Somme et de notre région Picardie. Intitulé  « Quelle morale laïque aujourd'hui ? », les actes « Ecole, morale laïque et citoyenneté aujourd’hui » sont publiés par Laurence Loeffel aux Presses du Septentrion en 2009. Dernier colloque en date : « Pourquoi et comment faut-il développer une culture éthique à l’école publique ? ». Il s’est déroulé sur deux jours lors du Salon européen de l’éducation en novembre 2011, avec partenariat avec l’association d’intellectuels chrétiens « Confrontations ». Les actes seront publiés aux Editions Privat dans la collection « Le comptoir des Idées ». Lors de leur audition par la mission du Ministère de l’Education Nationale le 3 décembre 2012, les représentants de la Ligue ont souligné que ce mouvement d’éducation populaire « peut utilement contribuer à un enseignement de la morale qui se construit autour des questionnements que nous renvoie une société fracturée, multiple, traversée de revendications de reconnaissances et de tentations à l’irrédentisme culturel et cultuel, au sein de laquelle la question sociale voisine la question laïque. Cet enseignement doit accepter de se dépendre des commodités universalistes qui nourrissent les nostalgies mais aussi des paresses identitaires qui fracturent les logiques de sociabilité. La morale laïque est moins faite pour être sue que pour être pratiquée au travers de véritables débats, c’est-à-dire d’échanges nécessairement non conclusifs afin de promouvoir une morale qui soit à l’opposé de l’imposition d’une vérité unique mais qui recherche des convergences fondées sur une écoute et un respect réciproques. Au fracas des arbres que l'on abat, préférons le silence des forêts qui poussent, la laïcité en sera le terreau fertile !  ». 

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Contribution donnée par Charles Conte, chargé de mission laïcité et formation militante à la Ligue de l'enseignement

 Colloque "Laïcité: des combats d'hier au enjeux d'aujourd'hui"

Entrée libre Buffet offert Inscription demandée http://evenement.laligue.org/colloque-laicite/

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