Charles Conte
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Laïcité

Suivi par 263 abonnés

Billet de blog 9 nov. 2016

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Les droits des femmes. Entretien avec Claire Serre-Combe, porte-parole d'OLF

« Les droits des femmes : un combat conquis mais loin d’être acquis ». Pas d’équivoque possible avec un nom tel qu’Osez le féminisme. Regroupant environ 1 500 militantes réparties dans une vingtaine d’antennes, l’association résolument moderne défend les droits des femmes à la mode « éduc’ pop’ » et se bat pour une société plus égalitaire.

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Entretien réalisé par Mélanie Gallard, coordinatrice de "Les Idées en mouvement", journal de la Ligue de l'enseignement.

Comment est née Osez le féminisme ?

Claire Serre-Combe : Osez le féminisme naît en 2009 dans un contexte politique tendu, alors que le gouvernement de François Fillon menace de diminuer de moitié les subventions du Planning familial pour 2010 et de les supprimer complètement l’année suivante. À l’époque, nous sommes quelques femmes, âgées de 20 à 30 ans, ayant grandi avec un sentiment d’égalité puisque, dans notre pays, nous disposons de tout un arsenal législatif donnant aux femmes le droit de vote, le droit à l’avortement, ou encore de se présenter à des élections… L’actualité du Planning nous a alors fait prendre conscience, de façon frontale, que les droits des femmes sont quelque chose conquis mais pas acquis. Il faut toujours se battre pour ne pas connaître de retour en arrière. Outre la question des finances, nous y avons vu, également, une attaque idéologique des droits sexuels et reproductifs de la part de toute une frange réactionnaire de la société qui ne tolère pas que les femmes puissent disposer librement de leur corps. Vingt-cinq ans après le vote de la loi Veil, force est de constater que ce sujet reste encore polémique. Une importante mobilisation de féministes, ainsi qu’une pétition qui avait recueilli près de 50 000 signatures en quelques semaines ont fait plier le Gouvernement et les subventions du Planning avaient ainsi été maintenues. C’est dans ce contexte que s’est créée Osez le féminisme, avec la vocation d’être généraliste sur les questions des droits des femmes et l’objectif d’élever le niveau de conscience sur les inégalités, afin de faire changer les mentalités. Notre action vise aussi à intervenir auprès des pouvoirs publics afin de mieux combattre ces injustices. 

Une de nos premières actions emblématiques, en 2010, concernait l’égalité professionnelle alors que la France était en pleine réforme des retraites. Celle-ci ne tenait compte ni de la situation inégalitaire des femmes face au marché de l’emploi, ni de leur volonté de travailler. Avec d’autres mouvements comme le Labo de l’égalité, nous avions dénoncé ces écarts de salaires et, par conséquent, les inégalités économiques qui touchent les femmes au quotidien. Rappelons que la loi Roudy, très ambitieuse sur cette question, date de juillet 1983 !  

Aujourd’hui, l’adjectif « féministe » est un peu/beaucoup boudé, si ce n’est moqué... Pourtant, vous l’affichez clairement...

Benoîte Groult, femme de lettres décédée récemment, a beaucoup écrit sur le féminisme. Elle expliquait, dans l’un de ses ouvrages, qu’il faut cesser d’avoir peur de ce mot et au contraire s’en emparer et le faire vivre. C’est précisément ce que nous avons choisi de faire en nous inscrivant dans cet héritage intellectuel et militant. Le féminisme, c’est un combat émancipateur pour le droit des femmes. Ce terme est éminemment positif et résume notre combat. D’autre part, il a beaucoup évolué ces dernières années au sein de l’opinion publique. De plus en plus de personnes, à commencer par des politiques hommes ou femmes, se disent féministes. Revendiquer cette posture est déjà un progrès énorme.

En outre, dans la lutte pour le droit des femmes, il y a des externalités positives, c’est-à-dire qu’en se battant pour ces droits-là, on en défend également d’autres : sur le terrain de la parentalité par exemple, avec la possibilité laissée aux hommes de prendre un congé pour s’occuper des enfants. 

Dans le cadre du projet de loi Égalité-Citoyenneté, deux des quatre contributions(2) que vous avez proposées ont été retenues. Votre réaction ?

Ce projet de loi Égalité-Citoyenneté, très ambitieux, ne serait-ce que par son titre, réaffirme l’égalité femmes/hommes déjà inscrite dans la loi du 4 août 2014 « pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes ». Pourtant, à l’origine, ce projet ne comportait pas une seule ligne sur la question du droit des femmes ! 

Notre première contribution qui consiste à reconnaître le caractère aggravant pour les crimes et délits sexistes est très importante pour nous. Dans la loi, l’homophobie, l’antisémitisme, le racisme… sont reconnus comme des circonstances aggravantes. Il est plus facile de combattre ces violences quand on peut les nommer. 

Nous travaillons ainsi en France, depuis maintenant deux ans, à la reconnaissance du féminicide qui existe dans beaucoup d’autres pays comme en Amérique latine ou encore en Espagne où il existe une loi-cadre. Il s’agit de reconnaître que tuer une personne simplement parce qu’elle est une femme constitue une circonstance aggravante et appelle des moyens dédiés pour la prévention de ce genre de crime. Notre droit pénal doit être davantage en phase avec la réalité. En faisant évoluer le droit, on peut mieux agir sur l’éducation à l’égalité. 

Concernant l’écriture épicène, notre deuxième contribution au projet de loi, je pense de nouveau à Benoîte Groult qui avait déjà, dans les années 80, créé une commission pour la féminisation des titres des métiers et des fonctions politiques. Le langage est éminemment politique, il est le reflet de notre société, de nos choix. L’écriture épicène permet justement d’illustrer la diversité de notre société. Rajouter la présence des femmes dans les textes officiels reste de l’ordre du symbolique certes, mais a toute son importance pour notre mouvement, d’autant que cette mesure ne coûte rien dans l’absolu. Depuis longtemps, dans la langue française, le neutre, c’est le masculin. Et si un jour le masculin l’a emporté, c’est qu’il y a eu une décision politique prise au XVIIIe siècle par un abbé, reprise ensuite par l’Académie française. Alors que si l’on se réfère au vieux français, on s’aperçoit que le neutre n’était pas le masculin. La logique de l’époque était mathématique puisque le numéraire était la référence, donc s’il y avait plus de femmes que d’hommes dans le sujet, le féminin l’emportait. 

L’un des objectifs définis dans votre texte d’orientation 2016/2017 est de renforcer l’éducation à l’égalité. Quelles sont vos actions en la matière ? 

On organise beaucoup de réunions d’information et de sensibilisation à l’attention des adultes. Ces derniers pourront à leur tour diffuser l’information avec un « effet domino ». À Paris, on propose une conférence thématisée (violences, femmes en politique, manuels scolaires…) par mois, en faisant appel à des intervenants. Dans les antennes, les conférences sont programmées tous les mois ou tous les deux mois, en fonction des forces vives locales.

Nous préparons actuellement une campagne d’éducation à la sexualité pour les collégiens et lycéens, prévue pour l’automne. Dans le passé, nous nous sommes déjà adressés au jeune public au travers d’interventions dans les lycées, à la demande de professeurs, afin d’aborder les violences sexuelles et de déconstruire les nombreux stéréotypes que les jeunes ont en tête à ce sujet.

Plus largement, nous nous retrouvons très souvent avec d’autres associations, syndicats ou mouvements, en fonction de l’actualité, sur des campagnes ou des pétitions. En décembre dernier, au moment des achats de Noël, nous avons lancé, avec les Chiennes de garde, la campagne « Marre du rose » pour dénoncer les clichés sexistes liés aux jouets. 

(1) Militante au sein d’Osez le féminisme depuis 2011, Claire Serre-Combe en est porte-parole depuis 2014. Elle représente l’association au sein du Centre Hubertine Auclert où elle occupe un poste de vice-présidente. Avec Osez le féminisme, elle a notamment participé à la campagne « 2012 : l’égalité maintenant ! » pour imposer le thème de l’égalité femmes/hommes dans la campagne présidentielle de 2012. 

(2) Reconnaissance du caractère aggravé des crimes et délits sexistes ; rendre visibles les femmes dans la rédaction du texte du projet de loi ; créer une autorité de régulation contre les publicités à caractère sexiste ; faire des condamnations pour agression sexuelle et viol un motif d’inéligibilité en politique.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
À Saint-Étienne, le maire se barricade dans son conseil municipal
Pour le premier conseil municipal depuis le début de l’affaire du chantage à la sextape, le maire Gaël Perdriau a éludé les questions de l’opposition. Pendant que, devant l’hôtel de ville, des centaines de manifestants réclamaient sa démission.
par Antton Rouget
Journal — Budget
Le gouvernement veut trop vite tourner la page du « quoi qu’il en coûte »
Le prochain budget marquera la fin des mesures d’urgence pour l’économie et le système de santé qui dataient de la crise du Covid-19. Le clap de fin du « quoi qu’il en coûte » en somme, dont le gouvernement ne veut plus entendre parler pour résoudre la crise énergétique actuelle. Il pense qu’il pourra maîtriser les dépenses publiques sans pour autant risquer une récession. À tort. 
par Mathias Thépot
Journal — Europe
En Italie, l’abstention a fait le match
La victoire de la droite et de l’extrême droite en sièges cache une stabilité de son électorat. Le pays n’a pas tant viré à droite sur le plan électoral que dans une apathie et une dépolitisation dont le post-fascisme a su tirer profit.
par Romaric Godin et Donatien Huet
Journal — Gauche(s)
Julien Bayou démissionne, les écolos sidérés
Visé par une enquête interne de son parti pour « violences psychologiques », le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts et coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale a démissionné de ses fonctions. Il dénonce une « instrumentalisation des souffrances » à l’ère de #MeToo et à deux mois du congrès des écologistes.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean

La sélection du Club

Billet de blog
La gauche en France doit sortir de son silence sur la guerre en Ukraine
[Rediffusion] La majorité de la gauche en France condamne cette guerre d'agression de l'impérialisme russe, demande le retrait des troupes russes de l'Ukraine. Mais en même temps reste comme paralysée, aphone, abandonnant le terrain de la défense de l'Ukraine à Macron, à la bourgeoisie.
par Stefan Bekier
Billet de blog
Tenir bon et reprendre l’offensive
Sept mois de guerre et d’atrocités en Ukraine, un peuple héroïque qui ne rompt pas et reprend l’initiative. La perspective, même lointaine, d’une libération de l’Ukraine devrait faire taire ceux qui théorisaient l’inaction devant les chars russes, validant la disparition d’un peuple et de ses libertés.
par Yannick Jadot
Billet de blog
Ukraine : non à la guerre de Poutine
Face à la guerre, la gauche au sens large a pris des positions divergentes, divergences largement marquées par des considérations géopolitiques. Le mot d'ordre « non à la guerre de Poutine » permet d'articuler trois plans : la résistance des Ukrainiens contre l'agression russe, les mobilisations contre la guerre en Russie, la course aux armements.
par denis Paillard
Billet de blog
« Avoir 20 ans en Ukraine » : un témoignage plus nuancé
Dans son édition du 12 septembre 2022, l'équipe de « C dans l'air » (France 5) diffusait un reportage de 4 minutes intitulé : Avoir 20 ans à Kiev. Festif, le récit omettait que ces jeunes ukrainiens font face à des impératifs bien plus cruels. M'étant aussi rendu en Ukraine, j'écris à Maximal Productions un email ré-adapté dans le présent billet afin de rappeler une réalité moins télégénique.
par vjerome