Charles Conte
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Laïcité

Suivi par 262 abonnés

Billet de blog 17 juin 2022

Qu'est-ce que la Charte pour la diversité ?

Conçue au sein de la Ligue de l’enseignement, signée par des centaines de personnes et d’institutions, la Charte pour la Diversité porte dans une forme simple un message profond. Entretien avec Dadou Kehl, son concepteur.

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Christiane Taubira, signataire de la Charte, et Dadou Kehl.

Tu as conçu une Charte pour la Diversité au sein de la Ligue de l’enseignement. En quoi est-elle inspirée par les pratiques et l’histoire de ce mouvement d’éducation populaire laïque ?

Je pense qu'un des objets de la Ligue est de créer les conditions de la rencontre d’individus qui sans cela ne se seraient jamais rencontrés. Nos actions avec tout l’intérêt qu’elles peuvent développer en elles-mêmes permettent de s’ouvrir à l’altérité, de confronter son point de vue à celui des autres, de se libérer des tutelles de pensées religieuses ou dogmatiques. La façon de conduire ces actions est également fondamentale, beaucoup de bénévoles qui agissent pour leur association, le groupe, l’intérêt général. Les anciens transmettant aux plus jeunes.

C’est la rencontre avec l’autre, autour d’une pratique sportive, culturelle, de loisirs etc qui va permettre de le découvrir, de le comprendre, de le respecter pour que chacune et chacun puisse s’insérer dans l’espace républicain.

Cette Charte s’inscrit dans l’histoire longue de la Ligue. Les 6 et 7 juillet 2015, un an avant nos 150 ans, nous avons organisé des journées intitulées "La Ligue de l'enseignement et la pluralité culturelle. Du folklore à la diversité ». Les contributions sont en ligne. Elles donnent un bel aperçu de l’histoire et de l’actualité de nos engagements.  

Bernard Criner, président du Festival danses et musiques du monde de Montignac, signataire de la Charte, et Dadou Kehl.

La Charte pour la Diversité est portée par un mouvement laïque. Comment situer les notions de Laïcité et de Diversité l’une par rapport à l’autre ?

Pour moi, comme pour beaucoup, la laïcité est avant tout une loi de liberté qui permet à chacune, chacun de pouvoir exprimer ses convictions religieuses ou philosophiques dans l’espace public non seulement sans en être inquiété par l’état mais surtout pour qu’il fasse en sorte que cela soit possible.

La laïcité permet également d’organiser la diversité, sur un territoire, dans un établissement

La laïcité est un principe politique et juridique. La diversité est un état de fait culturel et social. Les deux notions ne sont pas de même nature. C’est le principe laïque qui nous permet d’assurer la libre expression de la diversité dans le cadre des lois de la République. La  liberté de conscience de chacune et chacun est ainsi assurée. Les droits culturels garantis par de grands textes internationaux s’inscrivent dans cette démarche.

Tu as soigné la forme, simple et claire, et même le symbole de la Charte. Peux-tu nous le présenter ?

Si on isole les deux personnes, l’une a une tête blanche sur un corps noir, l’autre une tête blanche sur un corps noir. Il n’y a donc pas un blanc et un noir ce qui serait réducteur et ne poserait le problème de la discrimination que sur la différence de couleur de peau. Ce qui signifie que chacune, chacun d’entre nous doit apprendre à gérer ses propres contradictions, nous avons des qualités, des défauts.

La pensée de Saint-Exupéry « Loin de me nuire, mon frère, ta différence m’enrichit ! ». Je te donne de moi, tu me donne de toi. Dans la ligne de pensée d’Albert Jacquard, l’être humain est certes le résultat du croisement des gènes d’un homme et d’une femme, mais il est aussi le résultat de toutes les rencontres qui vont le construire tout au long de sa vie.  Par ailleurs il est le plus souvent informé de ce qu’il est par les autres, par leurs regards, par différents échanges, il n’existe que parce que l’Autre existe, parce l’Autre lui parle, le regarde, l’écoute… Si on me parle, regarde, écoute, c’est que j’existe. Il est ainsi constitué par cet Autre, d’où le blanc dans le noir et réciproquement. Si l’Autre est en moi, je ne peux pas exclure une partie de moi-même.

Les deux personnes se tiennent par les épaules et commencent la grande chaîne qui doit unir toutes les femmes et tous les hommes sur la planète. Le bras levé, poitrine ouverte, symbolisant la paix, le dynamisme et la joie, je ne suis pas armé.e, je viens en ami.e. On retrouve ce logo sur un pin’s. Le fond du pin’s est un miroir. C’est en regardant l’Autre que je sais qui je suis. C’est l’Autre qui me renseigne sur qui je suis. Pour finir, souvent on aime l’Autre pour mieux s’aimer soi-même.

De belles signatures, le collège G Mollet, le lycée horticole, le lycée J Prouve et lycée S Delaunay proposées par Bruno Verbeken président de la Ligue de l’enseignement du Nord.

La Charte se veut une Charte POUR la Diversité.  Elle se distingue en particulier de la Charte DE la diversité lancée par l’Institut Montaigne avec un énorme soutien public. Qu’est-ce qui les différencie ?

La Charte DE la diversité est destinée aux entreprises, avec une participation financière en fonction de sa masse salariale, pour souligner que la mise en place de la diversité permettra d’améliorer son Chiffre d’affaires.

La Charte POUR la diversité s’adresse évidemment aux entreprises, mais aussi aux associations, aux citoyen.ne.s. Elle est résolument orientée sur le principe de l’altérité dans une vocation philosophique, une vision de la république indivisible, démocratique, sociale et laïque.

Elle est gratuite et n’engage que celles et ceux qui la signent.

La Charte pour la diversité nous concerne toutes et  tous, quelles que soient nos origines familiales ou nationales. Contrairement à la Charte de la diversité qui, de fait, désigne et essentialise ceux qu’on appelait autrefois les « gens de couleur ».

François Morel, signataire après bien d'autres...

Parmi les nombreux signataires, quelques-uns sont connus. Lesquels ?

Christiane Taubira, Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Maxime Bono, François Morel, Juliette, Pierre Santini, Alberto Granado, Morne Duplessis, Nicolas Cadène… mais aussi  le stade rochelais, Léa nature, la sogeres… et même la pizzéria Rigoletto à La Rochelle. Notre critère n’est évidemment pas la notoriété, même si elle peut être favorable à nos idées. Chacune et chacun d’entre nous peut signer et faire vivre la Charte pour la diversité…

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Diplomatie
Le conflit russo-ukrainien divise la gauche anti-guerre
La cohérence du camp anti-impérialiste, a priori uni par son rejet des blocs militaires, a été mise à l’épreuve par l’invasion de l’Ukraine. Certains refusent les livraisons d’armes, craignant l’engrenage d’un conflit interimpérialiste, tandis que d’autres estiment incontournable cette solidarité. 
par Fabien Escalona
Journal — Médias
La redevance sabordée, l’information en danger
Emmanuel Macron l’a décidé presque seul : l’audiovisuel public sera privé dès cette année des 3,2 milliards d’euros que lui rapporte cette ressource prélevée depuis 1948. Au nom du « pouvoir d’achat », le gouvernement s’apprête à faire peser de lourdes menaces sur les médias publics.
par Dan Israel
Journal
Outre-Manche, la BBC dans le collimateur du gouvernement
L’exécutif britannique veut changer le mode de financement du groupe audiovisuel public pour des raisons économiques et électoralistes. En janvier dernier, la ministre de la culture, Nadine Dorries, a expliqué vouloir mettre fin à la redevance, un système de financement qu’elle juge « obsolète ».
par Marie Billon
Journal — Société
Maltraitances en crèche : un tabou français
La mort d’un bébé survenue la semaine dernière à Lyon a provoqué la stupéfaction. Mais depuis de longs mois, les conditions d’accueil en crèche se dégradent. Et des professionnels, des experts ou représentants du secteur tirent la sonnette d’alarme. Témoignages.
par Laëtitia Delhon

La sélection du Club

Billet de blog
États-Unis : le patient militantisme anti-avortement
[Rediffusion] Le droit à l'avortement n'est plus protégé constitutionnellement aux États-Unis. Comment s'explique ce retour en arrière, et que peuvent faire les militantes des droits des femmes et les démocrates ?
par marie-cecile naves
Billet de blog
Le combat pour l'avortement : Marie-Claire Chevalier et le procès de Bobigny (1)
[Rediffusion] Marie-Claire Chevalier est morte le 23 janvier, à 66 ans. En 1972, inculpée pour avoir avorté, elle avait accepté que Gisèle Halimi transforme son procès en plaidoyer féministe pour la liberté de disposer de son corps. Pas facile d’être une avortée médiatisée à 17 ans, à une époque où la mainmise patriarcale sur le corps des femmes n’est encore qu’à peine desserrée.
par Sylvia Duverger
Billet de blog
Quel est le lien entre l’extrême droite, l’avortement et les luttes féministes ?
La fuite du projet de décision de la Cour suprême qui supprimerait le droit à l'avortement aux Etats Unis en est l'exemple. L’extrême droite d’hier comme d’aujourd’hui désire gouverner en persécutant un groupe minoritaire sur des critères raciaux pour diviser les individus entre eux. Quant aux femmes, elles sont réduites à l’état de ventres ambulants.
par Léane Alestra
Billet de blog
Autorisation de l'interdiction de l'IVG aux USA, sommes nous mieux lotis en France ?
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».
par bennoursahra