Valentine Zuber: un itinéraire

A la demande du Comité National Laïcité de la Ligue de l'enseignement, Valentine Zuber a relaté son parcours personnel en relation avec la laïcité.

Le Comité National Laïcité de la Ligue de l'enseignement rassemble une soixantaine de militants de la Ligue. Son objectif est d'une part  d’approfondir et de participer à la construction des positions de la Ligue, et d'autre part d'inventorier et de finaliser des outils pour l'action (publications, jeux, expositions,  méthodes de travail...). La réunion du Comité national Laïcité à laquelle Valentine Zuber a aimablement accepté de participer s'est déroulée le 5 avril 2019. 

Valentine Zuber est directrice d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Si je devais résumer mon parcours personnel, tout du moins sur ce qui peut intéresser la Commission nationale laïcité de la Ligue de l’Enseignement, j’insisterais sur 4 points qui me paraissent saillants :

  • Une socialisation précoce dans une association d’éducation de la jeunesse comme les Éclaireurs Éclaireuses unionistes de France, la composante protestante du scoutisme français. J’ai été successivement louvette, éclaireuse puis responsable bénévole d’une meute de louveteaux pendant 5 ans.
  • Une insertion professionnelle dans le domaine de l’éducation publique, du secondaire au supérieur. J’ai été professeure agrégée d’histoire-géographie dans un collège de la proche banlieue parisienne, puis assistante à l’université avant de devenir maitre de Conférences puis Professeure à l’École pratique des hautes études.
  • Une vocation affirmée très tôt de chercheuse. Dans le cadre de mes études d’histoire, je me suis d’abord intéressée à celle de la tolérance religieuse et du pluralisme en Europe. J’ai ensuite travaillé sur les formes prises la laïcité en France et dans le monde. Je me suis récemment intéressée aux rapports historiques entretenus entre le christianisme et les droits de l’homme. Je travaille enfin sur les paradoxes de la défense de la liberté de religion et de conviction dans le monde, dans le cadre de l’universalisation des droits de l’homme.
  • Ma spécialisation dans les « études laïques » a occasionné de nombreuses demandes de prises de paroles et de participation à des formations tous azimuts sur la laïcité. Lors de moments de crispation récurrents sur ces sujets, j’ai été de plus en plus sollicitée par les journalistes et ai acquis, un peu mon corps défendant, le statut d’« intellectuelle », particulièrement engagée dans le « débat public », ce qui ne m’a pas valu que des amis.

 Cet itinéraire montre assez -me semble-t-il- le goût que je partage avec certains de mes collègues du questionnement, de la réflexion et de la recherche, mais aussi de la transmission et du « faire ensemble », de la coordination et de l’échange : d’où le développement chez moi d’une éthique forte de l’engagement. Celle-ci s’est illustrée à travers la participation assidue à l’administration de la recherche au sein de mon établissement d’appartenance et de ses diverses composantes comme le Groupe Sociétés, religions, Laïcité (laboratoire de recherche fondé par Jean Baubérot et dirigé successivement par Jean-Paul Willaime, Philippe Portier et Sébastien Fath) et l’Institut européen en sciences des religions (EPHE) spécialisé dans l’offre de formations continues sur les religions et à la laïcité.

Cet engagement s’illustre donc à travers les réflexions partagées avec mes pairs, dans le cadre de mon parcours professionnel, mais aussi par la participation toujours croissante au débat public à travers la multiplication des échanges avec la société civile : conférences, tables-rondes, tribunes et formations diverses adressés à des publics très différents.

 Mes thèmes de recherche et d’intervention privilégiés sont les formes historiques et sociales prises par la laïcité, en France et dans le monde, les expressions historiques et contemporaines des doctrines d’intolérances et de haine et les stratégies déployées pour les contrer. Enfin, je suis actuellement engagée dans une étude historique au long cours axée sur les origines et le développement de la philosophie des droits de l’Homme en France et dans le monde. Toutes ces préoccupations, liées à mon parcours de recherche personnel m’ont permis de croiser à plusieurs reprises celles émanant de l’extérieur de l’université, dans les cercles de réflexion de la Ligue de l’Enseignement, ceux de la Ligue des droits de l’homme ou bien encore ceux de la Libre Pensée.

Mon compagnonnage de longue date avec la Ligue de l’Enseignement, s’est d’abord effectué par l’entremise de mon directeur de thèse d’alors, Jean Baubérot. A l’occasion de plusieurs interventions effectuées devant différents cercles de réflexion de la Ligue de l’Enseignement, j’ai pu développer à mon tour des relations personnelles et amicales avec plusieurs personnalités marquantes de ces dernières années comme Michel Morineau, Pierre Tournemire, Jean-Michel Ducomte, Charles Conte… Nous partageons en effet un goût prononcé pour une réflexion commune sur des thèmes partagés et j’ai pu constater que nous étions porteurs, d’une même vision humaniste, libérale, exigeante et ouverte. Réflexion, mais aussi action commune : je suis engagée depuis sa création dans l’organisation et le pilotage scientifique des Entretiens d’Auxerre, une manifestation annuelle organisée par le Cercle Condorcet d’Auxerre, proposant une réflexion approfondie sur des thèmes de sociétés. J’ai succédé cette année à Michel Wieviorka, à la présidence du Conseil scientifique.

Il me semble que ce qui nous rapproche, universitaires, chercheurs, experts ou militants, ce sont ces engagements communs pour une meilleure diffusion de la connaissance éclairée dans la société, une autre vision et manière de faire de la politique. La cause que nous défendons est finalement celle de la liberté assumée et de l’éducation de toutes et tous, enfants, adolescents et adultes citoyens à l’esprit critique. Les défis que nous partageons aussi sont le problème de de l’efficacité de notre action et celui de la diffusion et d’une meilleure visibilité de nos projets d’une éducation qui serait vraiment ouverte à tous et en ce sens véritablement « populaire ».

Notre association et notre collaboration, chacun porteurs de spécificités propres à ses compétences, sont particulièrement nécessaire à cultiver et à développer, car nous affrontons nombre de sujets graves qui peuvent contrarier nos projets et mettre en danger notre idéal de vie en société. Les populismes, les discours de haine, les incivilités, les discriminations sociales et/ou religieuses et enfin la brutalisation des relations et des discours dans les sociétés contemporaines doivent être pris au sérieux et affrontés en commun.

 Bibliographie récente :

L’origine religieuse des droits de l’homme. Le christianisme face aux liberté modernes, Genève, Labor et Fides, 2017.

La laïcité en débat. Au-delà des idées reçues, Paris, Le Cavalier bleu, 2017.

La Laïcité en France et dans le monde, Paris, La Documentation photographique, 2017.

Le Culte des droits de l’homme, Paris, Gallimard, 2014.

 

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