« Unplanned » - Face à la propagande antiavortement

Les mouvements antiavortement restent très actifs. La chaine C8 vient de diffuser une de leurs productions : le film « Unplanned ». Décryptage d’une propagande.

La condamnation de l’avortement est historiquement commune à toutes les religions monothéistes. Elle est constitutive de leur mentalité patriarcale. Quelques courants sont devenus plus tolérants au fil des siècles. Le Pew Research Center, institut de recherche américain, est spécialisé dans les statistiques religieuses mondiales. Une de ses études porte sur les faits clés sur le débat sur l'avortement en Amérique. Elle fait apparaître que 77 % des protestants évangéliques blancs considèrent que l’avortement devrait être illégal dans tous les cas ou dans la plupart des cas. C’est aussi la position de 63 % des protestants blancs non évangéliques. Les opinions des catholiques sont inverses : 43% disent qu'il devrait être illégal et 55% l’acceptent. Les Américains sans affiliation religieuse soutiennent à 82 % la possibilité d'avortement.

“Unplanned”: une propagande « pro life »

unplanned
Ce sont des catholiques qui ont réalisé le film « Unplanned » qui a défrayé la chronique mi-août en France à la suite de sa programmation sur la chaîne C8. Les réalisateurs, Cary Solomon, converti, et Chuck Konzelman, qui a retrouvé la foi de son enfance, étaient déjà les auteurs d’un film : « God is not dead » (Dieu n’est pas mort). Un acte militant contre le « secularism » comme ils l’expliquaient au National Catholic Register, le plus ancien journal catholique des USA.  « God is not Dead »  atteint la 7° place au Box Office.  « Unplanned »  est réalisé avec six millions de dollars, financé par un studio de production cinématographique évangélique, Pure Flix. Ce qui est peu pour un film américain. D’abord uniquement soutenu par les chaînes les plus radicales, telle Fox news, il emporte néanmoins un certain succès et rapporte plus de 21 millions de dollars.

« Unplanned » (Imprévu) démarque les mémoires d’Abby Johnson. Durant huit ans, celle-ci fut employée, puis directrice d’un centre du Planning familial au Texas. En 2009 elle appelée pour assister à un avortement guidé par échographie à treize semaines de gestation. Elle affirme avoir été bouleversée par les mouvements du fœtus.  Elle devient alors militante « pro life » radicalement opposée à l’avortement. Une conversion aux aspects polémiques évoqués dans l’article qui lui est consacré sur  Wikipedia en anglais.   Le film est habilement réalisé  et joue avec le pathétique.

Esprit critique et défense des droits

planning
Véronique Séhier,  responsable des questions internationales au Planning familial français, l’analyse sur France Inter le 10 août : « C'est un film de propagande. Un film manipulateur qui s'appuie sur une histoire vraie mais en montrant des contrevérités scientifiques. Je pense qu'il faut mettre en garde les téléspectateurs sur le contexte dans lequel ce film a été produit. Comment il a été fait, pourquoi il a été fait, et par qui il a été fait… C'est vraiment désolant de voir qu'il est plus facile d'obtenir un prime time pour ce genre de film plutôt que pour un programme d'information sur les droits sexuels et reproductifs, sur l'accès à la contraception et à l'avortement. On manque de campagnes de sensibilisation sur ces sujets ».

Tenter d’interdire la diffusion par un hypothétique recours au CSA était voué à l’échec. Et surtout contraire à nos principes. La liberté d’expression est intimement liée à la liberté de conscience. Ce sont les libertés de toutes et de tous, y compris celles de nos adversaires. Il s’agit de réaffirmer que les droits sexuels et reproductifs sont des droits , et de les défendre. Cela passe par un soutien au Planning familial. Et par la connaissance des réseaux anti-avortement. Slate propose un dossier étoffé.  La Parlement européen a publié un rapport sur l'ampleur des financement des réseaux œuvrant pour changer les lois sur les droits sexuels et reproductifs, et adopté une résolution pour les défendre. Le décryptage du contenu du film est nécessaire. C’est à cet exercice que l’Agence France Presse s’est livrée dès 2019. Lors de la sortie du film, la séquence de l’avortement guidé par échographie circulait de façon autonome sur les réseaux sociaux. Elle repose sur une affirmation fausse : celle de la souffrance présumée du fœtus. Or ce n’est qu’à partir de la 22° semaine que les voies neurosensorielles (réception cutanée, conduction nerveuse, connexion avec le cerveau…) deviennent fonctionnelles. N’est-il pas profondément malhonnête de désinformer en jouant sur la sensibilité humaine ?

© Agence France-Presse
>

Une autre édition de la Ligue de l'enseignement sur Médiapart:

cercles-condorcet-cmjn-noir
Les Cercles Condorcet accompagnent la vie intellectuelle et militante des fédérations départementales de la Ligue de l'enseignement, grand mouvement d'éducation populaire laïque. Une cinquante de Cercles rassemblent environ 2.000 personnes. 
Ils animent une édition sur Médiapart Ne manquez pas de la consulter !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.