Un plaidoyer pour le droit de mourir dans la dignité, par Nadia Geerts

« L’après-midi sera courte. Un plaidoyer pour l’euthanasie », cet ouvrage de la militante laïque belge Nadia Geerts est un plaidoyer pour l’euthanasie. Il est composé d’un beau témoignage et d’un dossier à la fois précis et convaincant.

Le 20 mai la cour d’appel de Paris a ordonné le rétablissement des traitements visant à maintenir en vie Vincent Lambert. Vincent Lambert, né en 1976, est plongé dans un état de conscience minimal à la suite d’un accident de voiture survenu en 2008. Sa famille se déchire sur son état. La décision de la cour d’appel de Paris est le dernier épisode (en attendant que le comité des droits des personnes handicapées de l’ONU se prononce) de ce qu’on appelle désormais l’affaire Lambert. C’est toute la question du droit de mourir dans la dignité qui est posée. Elle est traitée du point de vue laïque dans l’ouvrage de Nadia Geerts qui vient de paraître « L’après-midi sera courte ». Elle le présente de vive voix sur sa chaîne vidéo

Nadia Geerts est connue comme le loup blanc en Belgique. Licenciée et agrégée en philosophie (ULB 1991), elle a été l’initiatrice du Réseau d'actions pour la promotion d'un État laïque (R.A.P.P.E.L) en 2007. Elle est directrice de publication de « La laïcité à l'épreuve du XXI° siècle » (éditions Luc Pire 2009). Auteure d’une dizaine de livres, elle est membre du comité de rédaction de la revue ProChoix. Depuis 2009, elle est maître-assistante en philosophie et en morale à la Haute école de Bruxelles. Depuis 2017, elle est directrice de la collection "Dis, c'est quoi ?" aux éditions Renaissance du Livre. Elle anime un blog http://nadiageerts.over-blog.com/

Son dernier livre « L’après-midi sera courte » est publié dans la collection « Débats laïques » dirigée par Gérard Delfau, que nous avons présenté dans notre revue d’actualité du 29 mars. Il s’ouvre sur un témoignage exceptionnel : « L’expérience de la mort, c’est d’abord ça, il me semble : cette conscience aigüe du néant. J’ai tenu la main de maman jusqu’à sa mort. Elle est morte paisiblement, en quelques minutes. Aussi étrange que ça puisse paraître, je garde un beau souvenir de ce moment extraordinairement intense que j’ai vécu avec elle, jusqu’à un certain point ». A 86 ans sa mère a choisi d’échapper, grâce à la loi belge, à un cancer. Nadia relate comment elle l’a accompagné avec une franchise absolue. On ne peut ressortir que bouleversé par ce témoignage d’une cinquantaine de pages.

Les 120 pages qui suivent sont consacrées à la description de la situation dans plusieurs pays : Belgique, Suisse et France, avec des évocations de ce qui est permis au Luxembourg et aux Pays-Bas. En Belgique l’euthanasie est un acte médical pratiqué par un tiers (médecin) qui met intentionnellement fin à la vie d’une personne à la demande de celle-ci. Cette liberté est bien sûr encadrée, en particulier sur la demande qui peut prendre la forme d’une déclaration anticipée face à une inconscience ultérieure éventuelle.

La Suisse prohibe et sanctionne l’euthanasie (donnée par un  tiers). Mais le droit est muet sur le suicide assisté. Ce vide juridique a permis l’apparition d’associations d’aide aux personnes souhaitant mourir. On peut ainsi se procurer une substance létale, s’adresser à son médecin traitant ou demander le suivi d’un médecin ou d’un accompagnateur. Les personnes paralysées ne peuvent pas compter sur une aide contrairement à la Belgique ou aux Pays-Bas.

En France l’euthanasie est assimilée à un homicide. Le destin de Vincent Humbert, devenu tétraplégique à la suite d’un accident de voiture, mort en 2003, a suscité nombre de débats qui ont débouché sur la loi Leonetti adoptée en 2005. Incontestable avancée, refusant l’acharnement thérapeutique et promouvant les soins palliatifs, cette loi doit évoluer selon l’opinion publique. L’Association pour le droit de mourir dans la dignité, présidée par Jean-Luc Romero, s’y est résolument engagée. Elle défend une proposition de loi visant à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté et à assurer un accès universel aux soins palliatifs.

Nadia Geerts passe en revue tous les arguments utilisés dans cette controverse. Elle identifie ici un enjeu laïque majeur. D’autant plus que ce sont les religieux qui s’opposent à toute avancée législative. L’auteur expose leur point de vue tout en le commentant « la condition de la souffrance recèle selon moi des relents de dolorisme judéo-chrétiens : il faut d’abord souffrir avant de conquérir le droit de cesser de souffrir. Etrange raisonnement qui exclue d’emblée le patient qui souhaiterait, en toute sérénité et après mûre réflexion, qu’un terme soit mis à son existence ». Il s’agit d’échapper à la souffrance et de conserver sa dignité d’être humain.

En conclusion Nadia Geerts rappelle que le concept d’euthanasie (en grec ancien : « bonne mort ») est un concept ancien que quinze siècles de culture chrétienne nous ont fait occulter. Elle cite Gérard Delfau pour qui « se renoue le fil qui nous lie à l’époque gréco-romaine. Soudain la mort de Socrate, racontée par Platon, ou celle de Sénèque, décrite par Tacite, nous redeviennent proches. L’attitude des Stoïciens devant la mort nous parle. Ils nous disent que la mort peut être choisie, et non subie ; et qu’elle appartient »...

 

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