"César et Dieu". Un livre sur les cultes et le pouvoir.

Dans cet ouvrage Michel Seelig retrace avec précision deux millénaires de relations entre les pouvoirs cléricaux, royaux… et républicains.

Publié aux éditions L’Harmattan en novembre 2018, le livre de Michel Seelig « César et Dieu. Deux millénaires de relations entre cultes et pouvoirs » est déjà reconnu comme une référence. Est-ce à dire que la présente recension vient trop tard ? Que nenni ! C’est au contraire le moment de se plonger ou de se replonger dans cette œuvre. Michel Seelig a, comme les chats, sept vies. Pour celles que nous avons pu repérer il s’agit d’un professorat à l’université Paul Verlaine de Metz, de la présidence actuelle du Conseil de l’IUT de Metz, de la présidence du Cercle Jean Macé de Moselle, sans oublier ses passions pour les arts, dont l’art culinaire… En 2015 Michel Seelig publie une synthèse « Vous avez dit Concordat ? Sortir progressivement du régime dérogatoire des cultes » chez L’Harmattan dans la collection « Débats laïques » que nous évoquons régulièrement dans cette édition « Laïcité » de Médiapart.

Ecrivons-le tout net, ce livre s’impose par ses qualités propres, et non par copinage, ni même par la préface incisive pourtant signée par Jean-Paul Delahaye. Sa lecture est par ailleurs conseillée par deux acteurs situés aux deux extrêmes du mouvement laïque : Jean Baubérot et Alain Seksig. Le livre est remarquablement documenté. Les informations apportées dans chaque page sont accompagnées de notes en bas de celles-ci. L’ensemble des ouvrages donnés comme sources sont repris dans une bibliographie historico-thématique de vingt pages. Quiconque souhaite approfondir un point particulier dispose du matériau nécessaire. A cette bibliographie sont associées quatre pages de repères chronologiques.

L’ouvrage se lit-il comme un roman ? Et oui ! Mis à part l’expression convenue, c’est un constat. Il est écrit en français : clair, sans lourdeur. Point de concept alambiqué, pas de citation absconse… L’exposé suit le fil de l’histoire. Seule différence avec un roman : c’est nous qui écrivons la fin, en ce moment même. L’ouvrage est précieux aux militants laïques. Le militantisme implique une culture. Il faut savoir d’où on vient pour construire l’avenir. Et savoir pourquoi on veut le construire. La connaissance de l’histoire des rapports de force entre les pouvoirs cléricaux, royaux et républicains est nécessaire. Promenons-nous dans l’ouvrage pour en avoir un aperçu…

Qu’est-ce que la théorie des deux glaives ? Consultons les pages 43 et suivantes. On sera édifié à la lecture d’une lettre adressée par le pape Gélase 1° à l’empereur de Constantinople Anastase en 496. Il affirmait : « il y a deux principes… par qui ce monde est régi au premier chef : l’autorité sacrée des pontifes et la puissance royale ». Il ajoutait « des deux, c’est la charge des prêtres qui est la plus lourde, car devant le tribunal de Dieu ils rendront compte même pour les rois des hommes ». A l’exposé d’une situation, succède une thèse. Qui l’eu cru ? C’est celle de la supériorité du spirituel sur le temporel ! Dans la droite ligne des paroles attribuées à Jésus de Nazareth « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu". Ce n’est pas la séparation des pouvoirs qui est prônée mais la subordination de l’un à l’autre.

Qui sont les légistes ? Consultons les pages consacrées à l’affirmation du pouvoir royal. Ce sont les conseillers du roi Philippe le Bel. Leur doctrine ? « Le roi n’a pas de supérieur au temporel ». L’idée va plus loin qu’on peut l’imaginer aujourd’hui. On aurait d’ailleurs souhaité un exposé plus étoffé de leur doctrine. Péché mineur. Michel Seelig relate les chamailleries du roi avec le pape Boniface VIII. Celui-ci sera même placé en état d’arrestation. Les successeurs du pape se montreront par la suite plus conciliants avec les successeurs du roi…

Qu’est-ce que le concordat ? Le mot est utilisé de façon fort cavalière dans la littérature laïque actuelle. Comme sur le reste il faut être précis. Un accord est signé le 26 messidor an IX (15 juillet 1801) entre la République représentée par Joseph Bonaparte pour son frès Premier consul et le cardinal Consalvi pour le pape Pie VII. Ce texte qui porte le nom de concordat est ratifié par le Vatican par la bulle Ecclesia Christi du 15 août 1801. Il est entériné du côté français par la loi du 18 germinal an X (le 8 avril 1802). Cette loi relative à l’organisation des cultes inclus la convention précédente et y ajoute des articles organiques concernant les catholiques mais aussi les protestants, réformés et luthériens. S’y ajoutent en 1808 des décrets concernant les israélites comme on disait à l’époque. C’est cet ensemble complexe que l’on désigne souvent comme « concordat ». S’y trouvent en germe bien des débats actuels.

Voilà qui donne une idée du contenu du livre de Michel Seelig. Nous conclurons avec une citation d'un auteur qu’on pourra trouver étonnant d’évoquer ici : Sully Prudhomme. Ce poète, prix Nobel de littérature, écrivait : « Un homme d’honneur est celui qui rend à César ce qui appartient à César et à Dieu ce que bon lui semble ». Gageons que cette forte pensée ne déplairait pas à Michel Seelig…

cesar-et-dieu-deux-millenaires-de-relations-entre-cultes-et-pouvoirs

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.