Charles Conte
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Laïcité

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Billet de blog 25 févr. 2014

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
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La laïcité, masque de l’islamophobie ?

La France change de visage. C’est ce que cherche a démontrer le journaliste Claude Askolovitch avec son dernier ouvrage « Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas ». Un ouvrage qui a suscité une certaine polémique à sa sortie, jugé démagogique par certains laïques… ou comme véritable surprise par certains musulmans…

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La France change de visage. C’est ce que cherche a démontrer le journaliste Claude Askolovitch avec son dernier ouvrage « Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas ». Un ouvrage qui a suscité une certaine polémique à sa sortie, jugé démagogique par certains laïques… ou comme véritable surprise par certains musulmans…

Entretien paru dans le mensuel de la Ligue de l'enseignement "Idées en mouvement" en février 2014.

Les Idées en mouvement : Vous étiez identifié jusqu’à présent comme intransigeant face aux musulmans. Pourquoi avez-vous écrit cet ouvrage ?

Claude Askolovitch : Si je suis intransigeant, et même très intolérant, c’est face au racisme, au fascisme qui revient, et en général avec les fauteurs de haine. Donc il y a maldonne. Je n’ai jamais été dans un discours antimusulman. En 2003, j’ai pointé un texte antisémite de Tariq Ramadan, et l’ai affronté sur un plateau de télévision… Les paresses font que cette opposition à Monsieur Ramadan a été interprétée comme de l’hostilité envers les musulmans. C’était et cela reste totalement absurde. J’ai écrit un livre qui décrit une mauvaise passion française, le rejet de l’islam ou de notre part musulmane ; livre où j’entre en empathie, en amitié aussi parfois, avec des musulmans orthodoxes, orthopraxes, intégristes aussi et pourtant complexes dans leur identité – comme moi… Mais dans ce livre, je ne lâche rien sur le cas spécifique de Monsieur Ramadan, ou sur l’antisémitisme !

J’ai écrit ce livre pour des raisons politiques et aussi des raisons personnelles. La mort de mon père, Roger Ascot, homme de gauche, et juif laïque et engagé, la mort de mon épouse, Valérie, qui était très républicaine, qui avait travaillé au ministère de l’Enseignement avec Jean-Luc Mélenchon, et en même temps très juive, et qui mangeait casher… Je vis aujourd’hui avec une jeune femme aussi athée que laïque… Ajoutez le fait que l’islamophobie, comme paresse journalistique et évidence politique, se réclame souvent de « mes » valeurs – la République, l’égalité hommes-femmes, le progressisme… Ce n’est pas l’extrême droite qui a généré l’islamophobie. Elle est née de la mouvance dont je suis issu, la gauche, la mouvance progressiste. C’est au nom de nos valeurs positives qu’une femme portant un foulard sur la tête ne peut pas trouver du travail dans ce pays. Cette discrimination venue de « chez moi », de la gau-che, a été décisive dans ma décision d’écrire…

Beaucoup de commentateurs ont estimé que votre livre manifestait une prise de conscience, voire un revirement presque excessif.

Ni revirement, ni excès ! En 1989, jeune journaliste, je suis en Allemagne de l’Est. J’assiste aux manifestations qui ont précédé la chute du Mur de Berlin. En France, mes collègues n’étaient intéressés que par les trois jeunes filles portant un foulard à Creil ! On parlait de tchador à l’époque, prégnance de la révolution iranienne. C’était l’amorce de ce qu’on n’appelait pas encore le débat sur l’identité française. Alain Finkielkraut, Régis Debray, Élisabeth Badinter, Élisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler signent alors un texte sur le « Munich de l’école républicaine ». Si les mots ont un sens, on parle ici de totalitarisme, voire de nazisme pour trois fillettes voilées ! Ce refus disproportionné m’a paru malsain, dès l’abord ; 25 ans après, je n’ai pas bougé : clairement, qu’une jeune femme assiste à un cours avec un foulard sur la tête ne me pose aucun problème… L’important est qu’elle suive le cours.

Mais ce qui a changé, et c’est pour cela que je semble excessif, c’est le consensus républicain, ce qui est licite dans le débat public… Quand Finkielkraut, 25 ans après son « Munich », en vient à réanimer le concept de « français de souche », dont la légitimité serait supérieure à celle des « nouveaux arrivants », on voit ce que l’islamophobie, cette dérive apeurée, a fait d’un « républicain ». C’est par l’islamophobie – qui remplace dans le nouveau Front national le vieil antisémitisme de papa – que Marine Le Pen est entrée dans la « normalité »… L’islamophobie est ce qui rend possible le fascisme. Et la laïcité est un mot-piège, qui sanctifie cette grimace. Il existe un continuum qui va de gens respectables, comme Manuel Valls ou les journalistes de Marianne, à des gens détestables, comme les militants de Riposte laïque, pour affirmer que l’islam est problématique, discutable, voire antithétique avec la république – et donc avec la France.

Vous avez adopté une méthode classique dans les sciences sociales : l’entretien approfondi.

Mon livre n’est pas une étude sociologique. Je voulais d’abord prendre acte que la société française est effectivement changée par la présence musulmane – com-me la société new-yorkaise a été changée par les présences juive et italienne. Or les hypnotisés de la laïcité empêchent de regarder la société telle qu’elle est. Je me suis délibérément intéressé aux gens les plus religieux, les orthodoxes, voire les intégristes. Ils sont traversés de contradictions… Ce constat simple n’apparaît nulle part. Je ne prétends pas avoir compris les musulmans. J’ai tout simplement parlé avec eux – barbus, voilées, dévoilées forcées de mentir sur elles-mêmes à leurs collègues de travail, salafistes religieux encore amoureux d’une ancienne épouse laïque, ou qui emmènent leurs gosses à Disneyland – ceux auxquels les journalistes ne s’adressent jamais.

Vous critiquez les tenants de la République. On le ressent en filigrane de nombreux passages de votre ouvrage. Par ailleurs on note une forme d’indulgence pour certains de vos interlocuteurs, notamment de leurs comportements vis-à-vis des femmes.

Je ne supporte pas ces faux laïques qui disent n’importe quoi, par exemple à propos de l’affaire Baby Loup. Je déteste des personnes comme Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, qui va jusqu’à affirmer sur France Culture que des assistantes maternelles voilées négligent de nourrir les enfants qui leur sont confiés parce qu’elles sont occupées à prier ! Je déteste ces journalistes paresseux qui ont portraituré une banlieue populaire, Chanteloup-les-Vignes, com-me un repaire de fascistes islamiques, dans des articles recopiés, sur la crèche Baby Loup. Je déteste que le mot République ait été prostitué par des niais… Maintenant, je ne suis pas « indulgent » envers le machisme ou la misogynie… J’ai abordé ce live avec mes valeurs ; ce sont des rencontres, des dialogues et aussi des disputes…

Je ne défends pas le patriarcat. Je raconte des situations complexes, qui sont une part de la France. Les gens qui professent des idées qui ne sont pas les miennes ont leur place dans notre société. Il faut savoir vivre avec eux ou avec ça ! Prenez l’école : la loi anti-voile de 2004 a apparemment soulagé l’école publique… Mais les gamines en foulard – devenues des victimes ou con-traintes à dissimuler – sont allées vers le privé. Rien n’a changé dans la société réelle, mais l’apparence du sanctuaire scolaire est sauve. Des musulmans devenus des marranes forcés de ne pas montrer leur vérité… Je me souviendrai longtemps de cette jeune femme qui priait dans un placard à balais pour ne pas être vue…

Que pensez-vous du recours de plus en plus systématique à la loi pour régler ces questions de société ?

C’est une tragédie du débat public français. La loi de séparation de 1905 elle-même fut une loi intelligente. Mais je m’en moque aujourd’hui – elle correspondait à une République donnée, face aux campagnes et à une église puissante. Les empilements de lois témoignent du désarroi des élites de ce pays, calfeutrées derrière la République, se gargarisant de l’idée fausse d’une « supériorité » de « notre » modèle… Lourde erreur. Au moins chez les anglo-saxons les choses sont dites, même si les conflits existent. Une directrice des ressources humaines, une policière ou une réceptionniste d’hôtel peu-vent être voilées. Quand une société légifère contre une partie d’elle-même pour se protéger, elle instaure une fracture et sabote le vivre ensemble.

Propos recueillis par
Nicolas Sadoul, secrétaire national de la Ligue de l'enseignement
et Charles Conte, chargé de mission laïcité

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