Charles Conte
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Laïcité

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Billet de blog 25 sept. 2009

Laïcité : les grands moments

La laïcité, qu’est-ce que c’est ?

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La laïcité, qu’est-ce que c’est ? En créant une édition participative sur ce sujet, la Ligue de l’enseignement entend ouvrir un débat rationnel et public sur le sujet, en lien avec son site portail www.laicite-laligue.org

La laïcité, qu’est-ce que c’est ? On peut répondre de bien des façons. Par exemple à partir de cinq grands moments historiques: la Révolution française avec une légitimité refondée sur la souveraineté du peuple et non sur une loi divine ; la création d’un enseignement public laïque, gratuit et obligatoire de 1881 à 1886 ; la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, la série de lois libératrices en matière de mœurs votées de 1967 à 1991 et la période actuelle avec l’apparition d’une nouvelle société multiculturelle.

La laïcisation du principe de souveraineté

Serment du Jeu de paume

L’Article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 affirme « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément ». Le peuple souverain : il est difficile d’imaginer aujourd’hui la révolution culturelle ainsi opérée. La monarchie sanctifiée par le corps clérical sous l’Ancien régime est contestée dans son fondement même. Nul corps (fut-ce le clergé), nul individu (fut-ce le roi) n’exerce le pouvoir. La légitimité réside dans le peuple, dans la volonté générale. Ce fut une laïcisation fondamentale, irréversible.

La laïcisation de l’école

Pour que le peuple soit souverain, il faut qu’il soit éduqué. Condorcet offre en 1792 la grande synthèse théorique sur l’Ecole républicaine dont le but est « de rendre la raison populaire ». Edgar Quinet reprend ces thèmes dans un tonique essai « L’enseignement du peuple», appelé avec humour « mon bréviaire » par Jules Ferry. Celui-ci y trouve l’inspiration profonde des grandes lois instaurant, pour l’enseignement primaire, la gratuité en 1881, l’obligation et la laïcité en 1882 et la laïcisation du personnel en 1886. Les Constitutions françaises de 1946, puis de 1958 affirmeront « L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat ».

La séparation des Eglises et de l’Etat

La séparation des Eglises et de l’Etat est votée le 9 décembre 1905. Ses deux premiers articles énoncent des principes fondamentaux.
«Art 1 La République assure la liberté de conscience ; elle garanti le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.
Art 2 La république ne reconnaît, ne salarie, ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1° janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimé des budgets de l’Etat, des départements et des communes toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes.».
La notion de liberté de conscience est parfois réduite au simple fait de penser ce qu'on veut. Ce que les juristes appellent le for interne. La liberté de conscience comporte, au contraire, un caractère public. C'est le droit fondamental d'exprimer ce que l'on est, de vivre ouvertement son identité. Et cette liberté n'est pas seulement individuelle. Elle a un caractère collectif. Car un être humain ne peut se construire que dans sa relation à d'autres êtres humains. D'abord par l'éducation, puis par l'échange.

Les lois de l’amour

Les interdits d’origine religieuse qui réglementaient les relations entre femmes et hommes semblent aujourd’hui relever d’une époque archaïque. Et pourtant … La contraception fut illégale jusqu’au vote d’une loi en 1967 (interdisant toujours la publicité sur les moyens). L’éducation sexuelle était inexistante jusqu’à la création d’un Conseil supérieur de l’information sexuelle en 1973. L’avortement fut réprimé comme un crime jusqu’en 1975. Le viol était fort peu dénoncé et ce n’est qu’en 1980 qu’il sera caractérisé comme tel. L’homosexualité aussi bien féminine que masculine était condamnée. L’âge de la majorité homosexuelle sera aligné sur l’âge de la majorité hétérosexuelle (15 ans) en 1982. La violence entre époux ou concubins n’était pas dénoncée jusqu’à sa répression affirmée en 1990. La publicité pour les préservatifs n’est autorisée que depuis 1991. La politologue Janine Mossuz-Lavau donne à ces lois le joli nom de « lois de l’amour ».

La nouvelle société multiculturelle

Conséquence directe du colonialisme puis de la politique d’immigration, la France est aujourd’hui une société multiculturelle. En une quarantaine d’années, le pays s’est transformé avec aujourd’hui sept à huit millions de personnes originaires de pays d’Afrique et d’Asie. Les trois quarts sont citoyens français. Cette situation provoque un questionnement identitaire général. Toute la querelle, qui dure depuis déjà vingt ans, sur le port de signes religieux, en particulier du voile musulman, n’est que la cristallisation, sur un aspect particulier. Pourtant la France est riche d’une expérience laïque qui fut aussi une gestion des différences, ce qui est trop oublié. Même si elles étaient religieuses et non ethniques. La relation entre la laïcité et la diversité est aujourd’hui au cœur de notre société. A nous de la traiter de façon rationnelle.

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