Le Festival de Montignac, festival "Cultures aux coeurs"

Bernard Criner, président de l’Amicale laïque du Montignacois, présente le Festival Cultures aux cœurs, festival international de danses et musiques du monde. C'est la quarantième édition de ce Festival affilié à la Ligue de l'enseignement et au Conseil international des organisations de festivals de folklore et d'arts traditionnels.

Un festival authentiquement populaire

Festival 2018 Festival 2018
Montignac est une petite ville de la vallée de la Vézère, en Périgord noir, chef-lieu de canton de la Dordogne. C’est sur son territoire que se trouve la grotte de Lascaux. Fondée en 1926 sous le nom des « Amis de l’école publique », l’Amicale laïque de Montignac (ALM) est affiliée à la Fédération de Dordogne de la Ligue de l’enseignement. Elle a commencé, il y a une trentaine d’années, à recevoir pendant une journée des ensembles d’arts et de traditions populaires. Devant l’intérêt manifesté par les habitants et les participants, nous sommes ensuite passés à deux ou trois journées chaque été puis, à partir de 1981, à l’organisation d’un véritable festival, les « Journées internationales de folklore et d’amitié ». La dynamique associative étant confortée par l’engouement populaire, ces Journées sont devenues, au fil des ans, le « Festival de Danses et Musiques du Monde ». Soutenue par la mairie de Montignac, le Conseil général de la Dordogne et le Conseil régional d’Aquitaine, la 40e édition de ce festival se déroule du 27 juillet au premier août 2021. 

Cette manifestation est, par nature, internationale. En quarante éditions, des groupes de plus de cent pays sont venus danser à Montignac. Chaque année, une dizaine d’ensembles folkloriques – rassemblant environ trois cents artistes - se produisent devant quelque vingt mille spectateurs. Les spectacles présentés sont dignes des scènes nationales alors même que les artistes reçus sont dans leur quasi-totalité des amateurs. Malgré son succès, le festival veille à conserver une taille raisonnable, proportionnée aux moyens d’hébergement du bourg.

Bernard Criner et Dadou Kehl lors de la signature de la Charte pour la diversité. en 2014 Bernard Criner et Dadou Kehl lors de la signature de la Charte pour la diversité. en 2014
Le dimanche 3 août 2014 la Charte pour la diversité a été signée par l'Amicale laïque du Montignacois lors de la clôture du festival. Illustrant ainsi son double engagement : œuvrer pour la promotion de la diversité culturelle et pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel. Le public est majoritairement local ou régional. L’implication de la population, celle de la cité et celle des villages voisins, est manifeste. Chaque année, quelque trois cents bénévoles se mobilisent pour l’évènement. Le Festival est authentiquement populaire. Il mêle les générations en assurant une véritable transmission culturelle. Le « Festi-jeunes » organise, sous la forme d’un centre de loisirs, la participation spécifique d’une centaine d’adolescents qui assurent, notamment, la publication d’un sympathique quotidien. L’ALM, devenue Amicale laïque du Montignacois, rassemble désormais un dixième des six mille habitants de la communauté de communes. En tant qu’association d’éducation populaire, elle est une entreprise d’économie sociale et son activité engendre une quinzaine d’emplois. 

Dans les rues de Montignac 2017 Dans les rues de Montignac 2017
Il existe deux grandes façons de concevoir les arts et traditions populaires, toutes deux a priori respectables. On peut s’attacher à un recueil attentif, presque pieux, des traditions du passé. Ou plutôt d’un moment privilégié du passé. En Dordogne, comme dans tous les pays d’Oc, on trouve ainsi des groupes de défense et de conservation de la culture et de la langue. Tel est "Lou Bournat doù Périgord" (La Ruche du Périgord), qui organise avec constance, depuis des dizaines d’années, une rencontre, la Félibrée, le premier dimanche de juillet. La période de référence est, en l’occurrence, la deuxième moitié du XIXe siècle. Ces groupes sont les héritiers, directs ou indirects, du Félibrige, association crée en 1854 par Frédéric Mistral et six autres écrivains.

Dans les rues de Montignac 2017 Dans les rues de Montignac 2017
L’autre conception n’est pas nouvelle elle non plus. Elle a un temps engendré un « Félibre rouge », dont on devine les affinités politiques. Selon elle (qui, incontestablement, a nos faveurs) la conservation de la mémoire du passé ne signifie en rien sa glaciation. Tout comme ouverture ne signifie pas renoncement à sa culture propre. Il ne saurait être question en l’occurrence de fondre les danses et musiques anciennes et modernes dans un magma dépourvu de sens ; la collecte des traditions artistiques, des danses, des musiques, des costumes doit être faite avec discernement et respect. Mais les pratiques artistiques ont évolué et elles sont donc susceptibles d’évoluer encore. La Bretagne est exemplaire à cet égard : il s’y transmet de génération en génération une culture à la fois vivante et ouverte.

Une tradition vivante est une tradition enracinée mais ouverte au mouvement. 

En 2000, c’est une statue, « Hymne à  la Paix », que Frédéric Vincent édifie sur la Terrasse de l’Amitié. En 2000, c’est une statue, « Hymne à la Paix », que Frédéric Vincent édifie sur la Terrasse de l’Amitié.
Il ne s’agit donc pas pour nous de simplement tenter de reproduire le passé en prenant le risque de le momifier. Il s’agit au contraire de le faire vivre dans le présent. Une tradition vivante est une tradition enracinée mais ouverte au mouvement. Refuser de prendre en compte son propre passé serait une grave erreur mais rester figé sur un moment du passé peut conduire à refuser l’apport des autres cultures. Les cultures populaires contribuent à la construction de notre identité, à la fois en tant que peuple et en tant qu’individus. Les arts et traditions populaires peuvent nous aider dans la recherche d’un équilibre mariant l’affirmation de soi-même et l’ouverture aux autres.

Thierno Dia, universitaire et journaliste, responsable du site web Africiné Animateur du pacours d'éducation populaire de 2014 sur les cultures noires. Thierno Dia, universitaire et journaliste, responsable du site web Africiné Animateur du pacours d'éducation populaire de 2014 sur les cultures noires.
D’origine culturelle limousine, militant de l’éducation populaire, je suis moi-même venu au mouvement folklorique par la recherche d’une culture de la paix par l’échange culturel entre les peuples. Et c’est sur ce thème que nous avons lancé, en juillet 2008, les premières Rencontres de Montignac. Intitulées « Cultures en(m)brassées », elles se sont déroulées dans le cadre du 28° festival, en juillet 2008 et ont perduré jusqu'en 2017. L’ALM et la Ligue de l’enseignement ont voulu les fonder sur la notion d’éducation populaire, en reliant des pratiques artistiques à une réflexion théorique sur l’histoire sociale à partir d’un échange entre artistes, intellectuels et spectateurs autour de moments forts du Festival. Elles comprenaient des conférences- débats, des discussions informelles entre les artistes, l’équipe organisatrice et le public. Ont ainsi été abordés les thèmes de la collecte de la mémoire, du dialogue interculturel et de l’avenir du folklore français. Un blog conserve la mémoire de ses principaux moments

Ce texte est la contribution (actualisée) de Bernard Criner, président de l'ALM lors des journées dédiées à "La Ligue de l'enseignement et la diversité culturelle" de 2015. 

Festival Cultures aux Coeurs - Montignac-Lascaux - teaser 2021

 

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