Contre censures

Quand Thomas Chatterton Williams, l’équipe de Charlie et Jean-Pierre Denis s’insurgent…

Le meilleur moyen de lutter contre toutes les formes d’injustice est-il de prétendre régenter la parole sur certaines d’ente elles ? C’est une erreur d’ajouter de nouvelles censures aux anciennes, étatiques ou non, qui perdurent. Ou de se focaliser sur une seule mouvance communautaire. Le vrai défi est de lutter contre les injustices, non seulement en préservant la liberté d’expression mais en faisant de celle-ci  le fer de lance du progrès social. Des citoyennes et des citoyens de diverses tendances idéologiques en sont convaincus. Aussi bien en France qu’aux USA…

Cie Monde réel. Ressources humaines. "Désolé, pas d'espace protégé" (safe place). Cie Monde réel. Ressources humaines. "Désolé, pas d'espace protégé" (safe place).
Barack Obama est intervenu sur ce sujet à plusieurs reprises. En septembre 2015 lors d’une rencontre avec des lycéens à Des Moines, dans l’Iowa, il déclare : « J’ai entendu parler de certains campus universitaires où ils ne veulent pas avoir un conférencier invité qui, vous savez, est trop conservateur. Ou ils ne veulent pas lire un livre dont le langage est offensant pour les Afro-Américains, ou qui, d’une manière ou d’une autre, envoie un signal dégradant envers les femmes. Je dois vous dire que je ne suis pas d’accord avec ça. Je ne suis pas d’accord avec le fait que, lorsque vous devenez étudiants dans les universités, vous devez être dorlotés et protégés des différents points de vue. »

Dans la valse des néologismes (plus ou moins nouveaux), « woke », « islamo-gauchiste », « islamophobe », « judéophobe », « cancel culture », «safe place», « intersectionnalité »… est apparu le terme « snowflake » (flocon de neige) pour désigner la génération hypersensible sermonnée par Barak Obama. Voici quelques ressources pour éviter de sombrer dans la « snowflake generation ».

Thomas Chatterton Williams « Autoportrait en noir et blanc ».

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Le 7 juillet 2020, plus de 150 universitaires américains ont publié une « Lettre sur la justice et la liberté d’expression » dans « Harper’s magazine ». Elle a été traduite en français et publiée dans Le Monde du 8 juillet 2020 : « Les appels à sanctionner rapidement et sévèrement tout ce qui est perçu comme une transgression langagière et idéologique sont devenus monnaie courante. Plus inquiétant encore, des dirigeants institutionnels, ne sachant plus où donner de la tête pour limiter les dégâts, optent pour des sanctions hâtives et disproportionnées plutôt que pour des réformes réfléchies ». Cette Lettre a eu un impact important dans un pays dont la Constitution est fondée sur cette liberté.

Parmi les initiateurs de cette Lettre figure Thomas Chatterton Williams, aux côtés de Salman Rushdie, Gloria SteinemMargaret Atwood et de Marc Lilla. Auteur américain, il vit en France depuis une dizaine d’années. Au-delà de la défense et de l’illustration de la liberté d’expression et de la nécessité de véritables débats, Thomas Chatterton Williams interroge l’idée même de race dans son livre « Autoportrait en noir et blanc ». Son livre est un témoignage. Sa conception des « races » bascule au moment où lui, métis, et son épouse, blanche, ont une fille blanche. Il refuse le regard porté sur lui via les stéréotypes racistes. Mais aussi via les stéréotypes se voulant antiracistes qui le catégorisent tout autant.  Il tente ainsi de « désapprendre l’idée de race ».

 « Allez tous vous faire offenser ! ». Charlie hebdo Hors-série.

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Cette « Lettre aux nouveaux curetons de la pensée » est en kiosque. A se procurer d’urgence, lire et ranger au côté des précédentes brochures et du monumental « Charlie Hebdo. 50 ans de liberté d’expression » (Les Echappés). Voire des brochures de Siné mensuel, notamment l’irremplaçable série autobiographique de Siné «Ma vie, mon œuvre, mon cul ». On est pour la liberté d’expression ou on ne l’est pas. « Allez tous vous faire offenser ! » complète heureusement l’album du cinquantenaire. Sans surprise, et à juste titre, ce sont les « wokes » qui sont dans le collimateur. Visés par une équipe qui a payé le prix du sang pour pouvoir librement s’exprimer. Selon Gérard Biard « leur projet de société binaire, qui ne prend en compte que le Bien absolu et le Mal absolu et estime que le monde n’est constitué que d’opprimés et d’oppresseurs, cumule consciencieusement toutes les tares qu’il prétend combattre ».

Autre contributrice de premier plan, Laure Daussy, décrit les ravages quotidiens de la désormais célèbre « cancel culture », forme moderne d’excommunication qui efface non seulement les œuvres mais aussi les personnes. Elle décrit ensuite le lien entre l’interdiction et la prescription. Avec un article sur les « sensitivity readers » (lecteurs de sensibilité) payés (avec un lance pierre) par certains éditeurs pour relire les manuscrits « au nom du Bien ». Aux USA 250 d’entre eux sont répertoriés dans une base de données. Pas en France ? Mais si : une liste de 80 circulerait. Les « trigger warning » (TW, pour les initiés. Avertissements in french), certes infantilisants, semblent anodins face à cette aseptisation de la littérature (et des autres arts). La réécriture de l’histoire au nom des mémoires, le déboulonnage de statues, l’instrumentalisation de l’antiracisme, les tensions entre féministes et trans, la race obligée des traductrices d’Amanda Gorman, l’appropriation culturelle… et moult dessins d’un réjouissant mauvais goût complètent ce salutaire dossier. 

L’AntiEditorial de Jean-Pierre Denis : « Vite, résistons à l’autocensure ! »

Jean-Pierre Denis, longtemps directeur de la rédaction de « La Vie », est directeur du développement éditorial au sein du groupe Bayard. Et à ce titre rédacteur et animateur d’un « AntiEditorial » hebdomadaire en accès libre. Dans son troisième AntiEditorial, « Vite, résistons à l’autocensure ! », Jean-Pierre Denis donne une série de ressources élaborées aux USA pour défendre la liberté d’expression. Une lettre de Bari Weiss, démissionnaire du New York Times sur l’autocensure, une étude de sa montée ces dernières années, les conditions de l’exclusion du professeur Bret Weinstein, le lancement de plateformes de défense telles que  Rubin Report, Persuasion, Academic Freedom Alliance, Heterodox Academy, Counterweight

Nous mettons en ligne, avec son aimable autorisation, ce perspicace AntiEditorial de Jean-Pierre Denis :

Vite, résistons à l'autocensure ! © L’AntiÉditorial

 

 

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