« La corruption des sens »

L’Algérie vit ces dernières semaines sous le rythme de révélations en révélations des affaires de corruptions. Cascade d'affaires, d'une affaire sur l'autre d'une affaire à l'autre sur place public. D’une corruption à l’autre, d’une escroquerie à l’autre, d’une friponnerie à l’autre. Les dossiers s’accumulent, s’amassent, s’entassent. D’une affaire à l'autre. De la plus basse de l’échelle à la plus haute de l'échelle du Pouvoir politique algérien. D’un cas ou d’un fait qui concernerait un élu municipal au plus haut sommet de l'État. De plus en plus haut se trouve l’affaire sur l’échelle, de plus belle les sommes sont pharaoniques alors se comptent en millions de Dollars ou/et en millions d’euros.

Ces affaires scabreuses qui sont remonté en surface ces dernières semaines ont révélé en effet au grand jour l’étendue de cette gangrenne qui s’est emparée de pans entiers de la société depuis assez longtemps.

 

Ces révélations scandaleuses et scabreuses, les Algériens, dans leur plus large majorité, celle qui attend un travail, un logement pour un semblant de vie sous ce régime politique, savent et les connaissent depuis très longtemps depuis les premières années de l’indépendance de ce pays.

 

Dans les années 1960, sous le pouvoir de Boumédiène, on utilisait le terme de La qahoua, «café», en arabe pour désigner les dessous-de-table perçus par un fonctionnaire véreux. En suite la génération suivante adopte une autre terminologie: la tchipa, pour chip, unité de mise de départ du joueur de poker et enfin après octobre1988 sous le Président Chadli c’est carrément le terme de «business» qui est rentré dans les mœurs pour ériger mais surtout banaliser ce système de corrompus/corrupteurs de masse en un système le plus légal du monde. Au su et au vu de tout le monde puisque les signes ostentatoires de richesse crevaient déjà les yeux.

 

De La Qahoua passant par La tchipa au «business» tous ces termes qui désignent en fait Le pot de vin font partie donc depuis longtemps du quotidien algérien et interviennent à tous les niveaux de la société qui elle, la société, est à la fois le reflet et outil à reproduire le système et le régime politique qui la régit. De l’officier d’état civil qui, sans elle, ne délivre pas d’extrait de naissance, au dirigeant du grand groupe industriel, public ou privé, lors de la conclusion de contrats d’équipement ou de réalisation jusqu'à’ à un membre de gouvernement pour une affaire encore plus juteuse, importante et complexe surtout...

C’est donc le régime de La Qahoua et de La Tchipa du Bonapartiste Colonel Houari Boumédiène qui a débouché vers ce régime de business et de businessman d’aujourd’hui.

 

La consolidation d’une bourgeoisie d'État, à la fois véreuse et improbe était bien l’œuvre du système de La Tchipa et de La Qahoua de Boumédiène. Sinon le business des années d’après n’aurait certainement pas tenu sur du sable ou dans désert. Et naturellement c’est dans ce processus en définitive que ce régime, «socialiste» nous disaient-ils, a achevé son labeur et qu’une Algérie désormais en classes sociales bien réelles et bien distinctes à fait irruption avec d’un côté quelques centaines de familles qui se sont enrichies sous le parapluie étatique et d’autre part des millions de paysans transformés par la politique de «l’industrie industrialisante» en une masse de prolétariat. Mohammed Harbi (historien spécialiste de l'Algérie) atteste cet achèvement au milieu des années 1970, bien avant, donc, la mort en décembre 1978 du chef d'orchestre du «redressent de la révolution en 1965».

 

De son vivant, Boumédiène, il en a comme Bouteflika et d’autres aujourd’hui discourut, débité et tartiné sur ce phénomène «de danger national» qu’est la corruption.

Ces pratiques mafieuses en fait elles sont liées intimement à ce genre de régime et qu’elles lui sont une sorte d’«habitus» de génération en génération des équipes qui se sont succédées au pouvoir nourrissant ainsi sa survie.

 

Écoutons justement cette réaction du ministre de la justice algérienne, malgré l’ampleur impensable de ces affaires de corruptions et de ceux qu’elles touchent qui sont de plus des membres du gouvernement et qui trouve cette sérénité connivente pour déclarer que «La Corruption est née avec l’humanité et restera jusqu’à la fin des temps». Sans vergogne sans prudence aucune «la corruption, ajoute-t-il, a existé dans les anciennes sociétés, et l’est aussi toujours, même dans les pays se disant des plus développés et disposant des systèmes de gestion les plus transparents (…) Nous voyons ce qui se passe à travers le monde». M. le ministre évoque même «le Saint Coran» dans lequel, selon lui, «il y a une cinquantaine de versets qui appellent à combattre le phénomène» mais nul n’est arrivé au bout de cette hydre de la corruption elle est «un fait de société» déclare tranquillement le ministre et garde des sceaux.

Faisait-il de l’humour? Ou alors c’est un aveu d’impuissance de la part du ministre censé dire et protéger la loi en vigueur ? C’est cette deuxième supposition qui donne une certaine logique et à travers laquelle surtout il affirme, dans cette bagare entre gangsters, le clan, en obéissant, du pouvoir auquel il appartient et qui s’affrontent de nouveaux à couteaux tirés de qui ou de quel clan du régime arrivera à mettre sa main sur les 146 milliards de dollars de réserves et puis aussi qui des deux clans aura le centre de décision pour répartir des contrats en cours d’un volume de 150 Milliards de dollars dans le cadre du plan quinquennal de reconstruction.

 

Cette confrontation qui ne vient que de commencer s’articule principalement au tour du Président actuel, Bouteflika et le Général chef des services secrets, le DRS ((Direction de la Sécurité et du Renseignement).

 

Bouteflika serait de plus en plus envahissant, étouffant et qui chercherait à mettre sa main pour un contrôle total de l’armée tout en manœuvrant la mise en orbite d'un de ses frère pour lui succéder au pouvoir.

 

Quant à Touefik Medienne, chef des services du DRS, lui, il fait mener par ses propres agents des enquêtes sur la corruption pouvant toucher Bouteflika, et c'est ainsi que plusieurs affaires sont révélées au public.

 

Comme cette affaire par exemple la plus importante et la plus symbolique qui toucherait le ministre de l'énergie et des Mines, Chakib Khelil, patron de la Sonatrach, la mamelle du pays.

Puis encore cette construction de l'autoroute «Autoroute Est-ouest», projet de 370 millions de dollars, projet également cher au Président, qui serait entachée de détournement de plusieurs millions d’euros, de pots de vin, de détournements qui toucheraient des proches au présidents et son gouvernement. Et bien d’autres affaires encore de la même importance et de la même nature.

 

Bouteflika riposte et «mène le bras de fer au chef du DRS». Et pour faire trop fort il semble qu'il a installé une commission d’enquête qu’il a chargé de faire la lumière sur plusieurs assassinats durant «les années de braises de 1990» à savoir, le plus explosif, celui du président Boudiaf assassiné en 1992.

 

Selon le journal des rares sérieux en Algérie, Le Matin, du 15 février, «deux juges civils de la commission d’enquête (commission installé par Bouteflika) se sont présentés au siège de la DCE (Direction du contre espionnage) sis à Hydra (Alger) pour les besoins de l’investigation, mais ils se sont vus interdire l’accès du bâtiment par le patron du contre espionnage sous prétexte que ces deux magistrats ne bénéficiaient des « habilitations de première catégorie ». Autrement dit, le patron du DRS n’est pas prêt à jeter ces agents en pâture, encore moins à lever le secret sur les activités de ces cadres et de son département».

 

 

 

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