Historique (2) : la double promesse des Britanniques (1915-1917)

Nous avons appris précédemment qu'en 1923, la Société des Nations appuya les déclarations de la Conférence de San Remo et avait confié le « Mandat sur la Palestine » à l'Angleterre, c'est-à-dire la responsabilité d'administrer le territoire qui couvrait la Palestine et la Transjordanie. Cette décision faisait suite à une série d'évènements que nous devons connaître si nous désirons avoir une connaissance adéquate de l'histoire. 

Pendant la première guerre mondiale (1914-1918), l'Angleterre avait encouragé les Arabes à entrer en guerre contre l'Empire Ottoman qui s'était allié avec l'Allemagne. En échange de leur engagement, l'Angleterre promis aux arabes de soutenir leur émancipation au lendemain de la guerre, lorsque l'Empire Ottoman aurait entièrement disparu. L'appui anglais devait se concrétiser par le soutien par le gouvernement de Londres à l'indépendance des arabes dans la région située entre d'une part : « la Perse à l'est et (d'autre part) la mer Méditerranée et la Mer Rouge à l'ouest. » De fait, les arabes se révoltèrent contre les Turcs à partir de juin 1916.

Des contacts entre les Britanniques et les Arabes eurent lieu pour discuter des lendemains de la chute de l'Empire ottoman. Les Britanniques étaient représentés par Henry McMahon, représentant diplomatique des britanniques en Égypte de 1915 à 1917. De leur côté, les arabes étaient représentés pas Hussein ben Ali, Chérif de La Mecque. Hussein pensait que les Britanniques pourraient aider les Arabes à se détacher de l'Empire ottoman et à obtenir leur indépendance.

Hussein et McMahon échangèrent plusieurs lettres. Dans sa lettre datée du 24 octobre 1915, McMahon écrivit : « La Grande Bretagne est prête à reconnaître et supporter l'indépendance des Arabes dans toutes les régions à l'intérieur des limites demandées par le Chérif de La Mecque. »

Après la guerre, il y eut un désaccord entre les anglais et les arabes à propos de la Palestine : son territoire était-il inclut dans la promesse anglaise à propos de l'émancipation ? Selon les anglais, ce n'était pas le cas ; cependant, les arabes estimaient qu'ils avaient bel et bien reçu la promesse que leur indépendance inclurait le territoire palestinien.


Sir Arthur James Balfour

Durant la même période, les Britanniques étaient également en contact avec les représentants du mouvement sioniste. Suite aux nombreux pogromes dont ils avaient été les victimes, un nombre de plus en plus grand de Juifs envisageaient leur retour sur la terre de leurs ancêtres comme la seule solution possible. De fait, à compter de la fin du 19ième siècle, le sionisme avait redonné à l'ancienne terre juive son importance capitale. En novembre 1917, le ministre britannique des Affaires Étrangères – Arthur James Balfour – adressa une lettre à Lionel Walter Rothschild – président de la Fédération Sioniste – dans laquelle il était écrit :

« Cher Lord Rothschild,

J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au cabinet et approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste. » Arthur James Balfour

Quelle était la raison de l'attitude apparemment favorable de l'Angleterre aux demandes sionistes ? Il y a plusieurs possibilités. Balfour lui-même savait pertinemment que les promesses faites par son gouvernement aux Arabes semblaient pour le moins contradictoires avec celles faites aux sionistes. Sans doute, les besoins britanniques pendant la première guerre mondiale, ainsi que les intérêts à long terme de cet État dans cette région du monde furent déterminants. Dans tous les cas : « ce ne fut pas les leaders sionistes qui apprirent aux Anglais combien ils avaient besoin de la Palestine, ni eux qui les chassèrent du pays. » (Mayir Vereté)

Savoir avec certitude quelles étaient les intentions anglaises dépasse largement le cadre de cette Édition. Il existe un débat entre historiens et il n'est pas facile d'éviter les erreurs de jugement. Pour autant, il semble vraisemblable que les anglais aient tenu un double discours : un d'apaisement à l'intention des arabes – lorsqu'ils eurent besoin de leur appui pendant la guerre – et un de promesses envers l'aspiration juive pour la Palestine.

Suite...

Bibliographie suggérée

Antionus, George. The Arab Awakening. New York : Capricorn Books, 1965.

Khouri, Fred J. Tha Arab-Israeli Dilemma. Syracuse : Syracuse University Press, 1985.

Laqueur, Walter, & Bayy Rubin, ed. The Israel-Arab Reader : A Documentary History of the Middle East Conflict. New York : Penguin books, 1984.

Yahya Armajan. Middle East, Past and Present. Englewood Cliffs : Prentice-Hall, 1970.

 

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