Historique (4) : une période de calme relatif (1923-1929)

Entre les années 1923 et 1948, l'Angleterre eut la responsabilité d'administrer le territoire qui couvre de nos jours l'État d'Israël et la Jordanie. Si le gouvernement de Londres avait pensé satisfaire les demandes arabes et juives en divisant ce territoire en deux parties distinctes (la Palestine à l'ouest du Jourdain destinée aux Juifs et la Cisjordanie à l'est du Jourdain destinée aux Arabes), la réalité sur le terrain fut différente.

Les heurts entre Arabes et Juifs ne firent que s'amplifier au fil des années. Les attentes des premiers (vivre entre Arabes) ne purent jamais s'allier avec celles des seconds (créer un État juif). Malgré les différentes concessions que les sionistes purent faire durant ces années – à la demande des britanniques et afin d'apaiser les populations – les Arabes n'acceptèrent jamais l'idée qu'un État juif puisse voir le jour en cette région du monde.

La période de l'administration britannique de la Palestine peut être séparée en deux parties : 1923-1929 et 1929-1948. Durant la première période, un calme relatif régna, même si les raisons de mécontentement des Arabes se multipliaient. Durant la deuxième période, les tensions se firent plus vives, ce qui poussa les Anglais à quitter finalement la région et enfin, l'État d'Israël fut proclamé indépendant.

Pendant la période 1923-1929, il exista trois motifs principaux pour lesquels les Arabes s'opposaient aux Juifs :

Immigration juive

Le « foyer juif » qui avait été promis par le gouvernement anglais aux autorités sionistes devait accueillir une population juive significative pour que ce projet puisse voir le jour. Chaque année, entre 2 000 (1928) et 34 000 (1925) immigrants s'installèrent en Palestine. Ces arrivées n'étaient pas considérées les bienvenues par la population arabe qui craignait d'être délogée et de perdre le travail de l'entretien de la terre.

De fait, l'immigration juive avait pour objectif principal de former des paysans et d'assurer une certaine autonomie économique à la population juive en Palestine. Depuis des siècles, les Juifs vivaient dans des pays où – dans la majorité des cas – ils ne pouvaient pas posséder de terre et où de nombreux métiers leur étaient interdits.

 

 

En arrivant en Palestine, les Juifs voulaient mettre pleinement en pratique leur nouvelle liberté et affirmer leur volonté de s'installer d'une façon durable sur la terre de leurs ancêtres. Même s'il est certain que le projet sioniste amena avec lui une nette amélioration des techniques agricoles, les Arabes qui habitaient cette région en furent rarement les bénéficiaires.

Achat de terres

Vivre en Palestine signifiait – selon le projet sioniste – posséder la terre. À cette fin, les riches familles arabes qui possédaient des terrains en Palestine furent contactées et vendirent un certain nombre de leurs propriétés.

La majorité de ces propriétaires arabes n'habitaient pas en Palestine, mais dans les pays arabes voisins. Les ouvriers qu'ils avaient placés sur leur terre étaient ainsi souvent mis devant le fait accompli et se retrouvaient sans terre et sans logement en l'espace d'un jour.

Ces paysans n'avaient aucun recours pour contester la vente de la terre sur laquelle ils travaillaient : les ventes étaient faites de plein droit et très rapidement, la main-d’œuvre juive arrivait pour les remplacer. Même s'ils habitaient les lieux depuis plusieurs générations, ils n'eurent personne vers qui se tourner pour trouver une solution à leurs difficultés.

Il est important de relever que dans une certaine mesure, l'effet négatif sur la population arabe de l'achat des terres par les Juifs est largement symbolique. De fait, les surfaces rachetées ne représentaient pas une superficie très importante de la Palestine. Ainsi, en 1927, c'est seulement environ 3.33% qui étaient passés aux mains d'organismes sionsistes. En 1947, peu de temps avant la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, cette proportion était environ de 6.67%.

Main-d’œuvre exclusivement juive

Dans le projet sioniste, les Juifs ne devaient pas s'enrichir en faisant travailler la population locale. Plutôt, c'est de leurs propres mains que les Juifs désiraient travailler une terre dont ils avaient été privés depuis trop longtemps.

À cette fin, lorsqu'une terre était achetée, c'est vers la main-d’œuvre juive qu'on se tournait pour faire appel à des travailleurs. Même si les exemples existent d'entreprises dans lesquelles Juifs et Arabes travaillaient ensemble, dans l'immense majorité des cas, c'étaient seulement aux Juifs qu'on proposer de travailler.

En constatant que le nombre de Juifs qui résidaient en Palestine grandissait chaque année, que de plus en plus de terre passer des mains de propriétaires arabes à celles de propriétaires juifs et que le travail devenait de plus en plus difficile à trouver, la population arabe locale multiplia les requêtes et autres formes de protestation auprès des autorités britanniques.

 

 

Même si ces protestations furent souvent prises en considération, le fait que le plus souvent, les autorités britanniques se trouvaient face à des transactions foncières entièrement légales, il leur était difficile d'avoir un réel impact sur celles-ci.

Conclusion

D'un côté, un peuple qui désirait venir renforcer sa présence sur la terre de ses ancêtres et exercer un jour ou l'autre le droit inhérent de chaque nation : posséder son pays. De l'autre côté, une population qui voyait ses problèmes s'aggraver année après année et qui n'avait personne vers qui se tourner afin de demander de l'aide.

Dans les années vingt, les Juifs et les Arabes se trouvèrent ainsi sur un parcours qui ne pouvait les mener qu'à l'affrontement. Malgré toutes les tentatives louables des autorités britannique et la bonne entente qui régnait encore souvent entre particuliers juifs et arabes, les lendemains ne pouvaient accoucher que d'un conflit.

Au mois d'août 1929, après plusieurs jours de tensions importantes entre Arabes et Juifs dans la ville de Jérusalem, un groupe de plusieurs centaines d'Arabes – attaquèrent avec des couteaux et des bâtons – tous les Juifs qu'ils croisaient. Les heurts durèrent plusieurs jours et s'étendirent rapidement dans d'autres villes : Tel Aviv, Haïfa, Hebron...

Le 24 août de la même année, 70 hommes, femmes et enfants juifs furent sauvagement tués dans la ville de Hébron. Cet acte mit le feu aux poudres et la relative tranquillité qui régnait en Palestine devint une histoire du passé. Le conflit allait prendre une nouvelle tournure et c'est – en quelque sorte – le début du conflit israélo-palestinien qui venait de s'inviter sur la scène.

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