Billet de blog 13 nov. 2012

Lucas Martin
Abonné·e de Mediapart

Historique (1) : de la Grande Syrie au mandat britannique sur la Palestine (1919-1923)

Lucas Martin
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

(Pour lire l'introduction à cet historique, cliquez ici.)

Au lendemain de la première guerre mondiale, l'Empire Ottoman fut dissout (lire l'article détaillé de Henry Laurens à propos de cette période). La France et l'Angleterre commencèrent à partager leurs sphères d'influence sur les décombres de l'Empire. Ce partage ne fut pas le fruit du hasard ; plutôt, il fut le résultat d'un accord signé entre les deux puissances (Accord Sykes-Picot de 1916) et qui avait fixé ces sphères de la façon suivante :

© 

Si l'on s'intéresse plus particulièrement à la Palestine, on peut s'apercevoir (carte ci-dessous) que le territoire (couleur mauve) devait passer sous une protection internationale, à l'exception d'une petite parcelle dans le nord (couleur orange) que les britanniques se réservaient.

© 

On peut le constater : la Palestine ne fut pas définie selon les frontières (israéliennes) que nous connaissons aujourd'hui. La raison est simple : sous l'Empire ottoman, la Palestine n'était pas un territoire administratif reconnu et n'avait donc pas de frontières précises. Plutôt, la Palestine était considérée comme faisant partie d'un territoire nettement plus grand : celui de la Grande Syrie.

Pendant que les anglais et les français se partageaient le Proche-Orient, les arabes s'organisaient. De fait, un congrès pan-syrien se réunit à Damas le 8 mars 1920 et déclara l'indépendance de l'État de Syrie. Quelques mois auparavant (en février 1919), les arabes qui vivaient en Palestine avaient déclaré qu'ils considéraient « la Palestine comme faisant partie intégrante de la Syrie arabe et qu'elle en n'avait jamais été séparée auparavant.» Le nouvel État incluait la Syrie, la Palestine, le Liban et quelques portions de la Mésopotamie du nord. Le Roi Faisal fut déclaré chef d'État.

© 

Ce développement par les populations locales n'étaient pas du goût de la France, ni de l'Angleterre. Afin de s'assurer que la situation sur le terrain n'allait pas entièrement leur échapper, la Conférence de San Rémo fut rapidement organisée le 26 avril 1920. (Nous rapportons dans cet article seulement les évènements liés au territoire de la Palestine.)

La France refusa de reconnaître l'indépendance de la Syrie et déposa le Roi Fayçal de son trône, en août 1920. La Grande Syrie ayant eu la vie courte, l'Angleterre put asseoir son autorité sur la Palestine, en établissant son propre régime mandataire la même année. De fait – et pour se conformer à l'Accord Sykes-Picot que nous avons cité précédemment – l'Angleterre assura cette forme de régime sur une région qui comprenait la Palestine et la Transjordanie.

© 

En 1923, la Société des Nations (qui fut remplacé par l'Organisation des Nations Unies en 1945) reconnut le rôle de l'Angleterre sur ce grand territoire. La partie située à l'ouest de la rivière du Jourdain était la Palestine, tandis que le territoire à l'est du Jourdain était la Transjordanie.

Suite...

Bibliographie suggérée

Antionus, George. The Arab Awakening. New York : Capricorn Books, 1965.

Laqueur, Walter. A History of Zionism. New York : Schoken Books, 1976.

Lesh, Ann Mosely. Arab politics in Palestine, 1917-1939: The Frustration of a Nationalist Movement. Ithaca:Cornell University Press, 1979.

Muslih, Muhammad Y. The Origins of Palestinian Nationalism. New York : Columbia University Press, 1988.

Porath, Yehoshua. The Emergence of the Palestinian-Arab National Movement:1918-1929. London : Frank Cass, 1974.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
À Nice, « on a l’impression que le procès de l’attentat a été confisqué »
Deux salles de retransmission ont été installées au palais Acropolis, à Nice, pour permettre à chacun de suivre en vidéo le procès qui se tient à Paris. Une « compensation » qui agit comme une catharsis pour la plupart des victimes et de leurs familles, mais que bon nombre de parties civiles jugent très insuffisante.
par Ellen Salvi
Journal — Santé
Crack à Paris : Darmanin fanfaronne bien mais ne résout rien
Dernier épisode de la gestion calamiteuse de l’usage de drogues à Paris : le square Forceval, immense « scène ouverte » de crack créée en 2021 par l’État, lieu indigne et violent, a été évacué. Des centaines d’usagers de drogue errent de nouveau dans les rues parisiennes.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Justice
Un refus de visa humanitaire pour Hussam Hammoud serait « une petite victoire qu’on offre à Daech »
Devant le tribunal administratif de Nantes, la défense du journaliste syrien et collaborateur de Mediapart a relevé les erreurs et approximations dans la position du ministère de l’intérieur justifiant le rejet du visa humanitaire. Et réclamé un nouvel examen de sa demande.
par François Bougon
Journal — Euro
La Réserve fédérale des États-Unis envoie l’euro par le fond
Face à l’explosion de l’inflation et à la chute de l’euro, la Banque centrale européenne a décidé d’adopter la même politique restrictive que l’institution monétaire américaine. Est-ce la bonne réponse, alors que la crise s’abat sur l’Europe et que la récession menace ?
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
« Mon pauvre lapin » : le très habile premier roman de César Morgiewicz
En constant déphasage avec ses contemporains, un jeune homme part rejoindre une aieule à Key West, bien décidé à écrire et à tourner ainsi le dos aux échecs successifs qui ont jusqu’ici jalonné sa vie. Amusant, faussement frivole, ce premier roman n’en oublie pas de dresser un inventaire joyeusement cynique des mœurs d’une époque prônant étourdiment la réussite à n’importe quel prix.
par Denys Laboutière
Billet de blog
Nazisme – De capitaine des Bleus à lieutenant SS
Le foot mène à tout, y compris au pire. La vie et la mort d’Alexandre Villaplane l’illustrent de la façon la plus radicale. Dans son livre qui vient de sortir « Le Brassard » Luc Briand retrace le parcours de cet ancien footballeur international français devenu Allemand, officier de la Waffen SS et auteur de plusieurs massacres notamment en Dordogne.
par Cuenod
Billet de blog
Un chien à ma table. Roman de Claudie Hunzinger (Grasset)
Une Ode à la Vie où, en une suprême synesthésie, les notes de musique sont des couleurs, où la musique a un goût d’églantine, plus le goût du conditionnel passé de féerie à fond, où le vent a une tonalité lyrique. Et très vite le rythme des ramures va faire place au balancement des phrases, leurs ramifications à la syntaxe... « On peut très bien écrire avec des larmes dans les yeux ».
par Colette Lallement-Duchoze
Billet de blog
Suites critiques aux « Suites décoloniales ». Décoloniser le nom
Olivier Marboeuf est un conteur, un archiviste, et son livre est important pour au moins deux raisons : il invente une cartographie des sujets postcoloniaux français des années 80 à aujourd’hui, et il offre plusieurs outils pratiques afin de repenser la politique de la race en contexte français. Analyse de l'essai « Suites décoloniales. S'enfuir de la plantation ».
par Chris Cyrille-Isaac