Historique (5) : la Révolte arabe et la Commission Peel (1929-1937)

Depuis le début des années 1900 – et malgré l'ampleur que prenait chaque année le mouvement sioniste – les actes de violence en Palestine n'étaient pas nombreux. En 1929, un événement dramatique changea cette situation et ce qui était jusque là de la suspicion et de la crainte mutuelles entre Arabes et Juifs laissa alors la place à des attitudes violentes et meurtrières.

Le 24 août 1929, 70 hommes, femmes et enfants juifs furent sauvagement tués dans la ville de Hébron. Quelques jours plus tard, 18 Juifs furent tués dans la ville de Tsfat. Sur le terrain, la violence se propagea à grande allure et lorsque la police britannique parvint à rétablir le calme, on compta 133 Juifs tués – pour la plupart par des Arabes – et 116 Arabes tués, pour la plupart par la police britannique.

Ces évènements changèrent d'une façon fondamentale les rapports entre Arabes et Juifs. Ce que certains espéraient encore voir évoluer vers une cohabitation pacifique devint une collusion brutale qui, sous bien des aspects, continue encore de nos jours.

Les Arabes avaient pendant un certain temps espéraient pouvoir influencer les autorités britanniques afin qu'elles mettent en place une politique plus favorable à leur cause. Cependant, les réactions souvent violentes de la police à l'encontre des manifestants palestiniens – à l'occasion de multiples mouvements de protestations – parvinrent à convaincre les Arabes que les Britanniques devaient également être combattus.

Cette période est connue sous l'appellation de la « Révolte arabe » ; elle couvre les années 1933 à 1939. Elle est caractérisée par une violence arabe de plus en plus importante, à l'encontre des Juifs et de la police britannique. Elle est également ponctuée par des actes odieux ; ainsi, lors d'un raid mené par des Arabes, des malades juifs et des infirmières qui se trouvaient dans une clinique furent sauvagement tués. Les propriétés juives étaient régulièrement saccagées et des bandes armées d'Arabes jetèrent un grand désordre à travers toute la Palestine.

Mis devant l'impossibilité presque absolue d'administrer la région dont ils étaient en charge, les britanniques mirent en place en 1936 une commission d'enquête, sous la direction de Lord Peel (la Commission Peel). Cette commission devait formuler des propositions concrètes qui aideraient à ramener le calme sur le terrain. Au mois de juillet 1937, la commission publia son rapport.

La Commission Peel

La Commission Peel le reconnaît sans ambages : les autorités britanniques espéraient que l'hostilité arabe à l'encontre de l'immigration juive en Palestine – et à l'éventualité de la création d'un État juif – serait amoindrie grâce aux avantages économiques que les Arabes pouvaient attendre d'une telle immigration.

Selon la commission, le fait que l'animosité arabe n'ait pas disparue s'explique par plusieurs facteurs : 1) les demandes arabes pour une indépendance nationale ; 2) leur haine envers le concept de « foyer juif » en Palestine ; 3) la pression mise par les Juifs d'Europe et 4) le développement du nationalisme arabe dans les pays arabes de la région.

De plus, la commission relève que cette situation s'aggrava au cours de l'année 1936 en raison de deux facteurs supplémentaires : 1) la souffrance des Juifs en Allemagne et en Pologne qui les poussait à immigrer en Palestine et 2) les prochaines indépendances de la Syrie, du Liban, de l'Irak, de l'Arabie Saoudite et de l'Égypte.

Également, il est relevé le contraste important entre le caractère moderne et démocratique du foyer juif avec le monde arabe qui l'entoure. Cette situation empêche toute idée de « fusion ou assimilation entre les cultures juives et arabes. »

S'il est indéniable que la population arabe ait bénéficié de l'augmentation de la prospérité en Palestine, de la vente des terres et de l'apport du « capital juif en Palestine », force est de constater que le « nationalisme arabe est comparable en intensité au nationalisme juif » et que les leaders arabes continuent à demander l'instauration d'un gouvernement indépendant et de l'abandon du concept de « foyer juif. »

D'autre part, l'affirmation de la part des Arabes que le manque de terres s'explique par les achats massifs effectués pas les Juifs est inexacte. Plutôt, c'est l'augmentation de la population arabe qui explique le plus souvent les difficultés que les membres de cette communauté rencontrent pour trouver une terre sur laquelle ils peuvent travailler.

Devant ces tension et ces différences, la commission ne peut que constater que si le mandat britannique poursuit sa mission dans les mêmes conditions, l'écart entre Arabes et Juifs s'agrandira encore plus. Malgré les efforts britanniques afin de réconcilier Arabes et Juifs, l'antagonisme entre ces deux communautés n'a pas disparu et l'échec doit être reconnu, sans qu'un compromis puisse être envisagé.

 

 

Immigration juive

Pour les Juifs, l'immigration est un élément vital s'ils désirent construire un « foyer juif ». De fait : il existe trois facteurs principaux pour lesquels les sionistes demandent aux autorités britanniques de faciliter l'arrivée des Juifs en Palestine : 1) les État-Unis ont récemment imposé des limites importantes dans le domaine de l'immigration, 2) en Allemagne, l'arrivée d'un gouvernement nationaliste, 3) les difficultés économiques que rencontrent les Juifs en Pologne.

La commission admet se trouver devant un problème : d'un côté, la prospérité économique de la communauté juive en Palestine – ainsi que les investissements accomplis par elle – nécessite une large immigration. D'un autre côté, les Arabes perçoivent cette immigration juive comme un obstacle à leur future indépendance nationale.

Institutions gouvernementales

L'obstacle majeur au projet d'établissement d'institutions gouvernementales communes aux Arabes et aux Juifs et l'antagonisme arabe envers le concept de « foyer juif. » De fait, même si l'on peut penser que les leaders juifs pourraient accepter l'établissement d'un Conseil législatif paritaire, cette possibilité n'est pas envisageable car les leaders arabes s'y opposeraient certainement.

 

 

Même s'il ne fait aucun doute que les Arabes de Palestine sont capables de se gouverner – comme les Arabes d'Irak ou de Syrie – et que les Juifs peuvent également le faire, un gouvernement commun aux deux communautés n'est pas envisageable. Ainsi, une Palestine indépendante et non divisée n'est pas possible, à moins que les tensions entre Arabes et Juifs soient réglées au préalable.

« Un conflit irrépressible est apparu entre deux communautés nationales à l'intérieur des frontières d'un petit pays. Il n'existe pas de point commun entre elles. Leurs aspirations nationales sont incompatibles. Les Arabes désirent réanimer les anciennes traditions arabes, tandis que les Juifs désirent montrer ce dont ils sont capables de faire sur la terre où la nation juive est née. Aucun de ces deux idéaux nationaux permet une vie commune au sein d'un même État. »

« Dans ces circonstances, c'est seulement par la répression que la paix peut être maintenue en Palestine. Cela signifie la présence de services de sécurité à un coût tellement élevé que le bien-être et le développement de la population ne pourront pas être assurés. Les objections morales à la répression sont évidentes et les protestations qui seraient formulées à l'extérieur de la Palestine certaines.. De plus, la répression ne règlera pas la problème ; plutôt, elle accentuera les tensions. Elle ne facilitera pas non plus l'établissement d'un gouvernement unique en Palestine. Il n'est pas facile de poursuivre le chemin sombre de la répression lorsqu'on n'aperçoit pas la lumière à sa fin. »

« Si les Juifs de Palestine ne devraient pas se retrouver sous l'autorité arabe, les Arabes ne devraient pas non plus être placés sous l'autorité des Juifs. Cependant, même si aucune des communautés ne peut diriger l'ensemble de la Palestine, chacune devrait pouvoir en diriger une partie. »

Création de cantons

La Palestine pourrait être divisée en (deux) provinces et cantons. Les provinces seraient indépendantes en ce qui concerne la politique d'immigration, la politique foncière et les services sociaux. Un gouvernement central aurait la responsabilité des relations extérieures, de l'armée, des douanes...

Cependant, la création de cantons possède des faiblesses. 1) Une fédération présume un intérêt commun minimum entre les communautés ou une tradition pour maintenir l'harmonie entre le gouvernement central et les cantons. Cependant, en Palestine, les Arabes et les Juifs considèreraient le gouvernement central comme étranger à leurs intérêts. 2) Les relations financières entre le gouvernement central et les cantons raviveraient les tensions entre Arabes et juifs lorsqu'il s'agirait de décider de la répartition des surplus budgétaires du gouvernement central ou des contributions pour couvrir un déficit du gouvernement. 3) Le risque est réel de laisser une minorité de chaque communauté être contrôlée par l'autre communauté.

Ces mesures seraient tout de même envisageables s'il existait une réelle possibilité de paix entre les deux communautés. Cela n'est pas l'avis de la Commission car ni les aspirations des Arabes ni celles des Juifs seraient satisfaites dans un système de cantons.

Partition de la Palestine

Selon la Commission, la partition de la Palestine est la seule possibilité réelle de ramener la paix dans cette région du monde.

Deux États indépendants devraient être établis aussi rapidement que possible ; un État arabe qui couvrirait la Transjordanie et la région de Palestine telle que nous l'avons délimitée ci-dessous. Un État juif verrait également le jour au nord et à l'ouest de cette frontière.

Échanges de terres et transfert de population

Dans le cas d'une partition de la Palestine, si des propriétaires fonciers arabes au sein de l'État juif et des propriétaires fonciers juifs au sein de l'État arabe désiraient vendre leurs terres, le gouvernement de l'État concerné serait responsable de leur achat.

Dans les régions (notamment les villes de Jérusalem et Haïfa) où une minorité numériquement importante existerait, elle représenterait certainement un obstacle à l'instauration d'une partition pacifique. Ainsi, il faudrait envisager dans certains cas un transfert de population d'une région à l'autre. Même si les oppositions actuelles entre Arabes et Juifs sont importantes, la Commission pense que les avantages de tels transferts les rendent tout de même envisageables.

 

Conclusion de la Commission

La Commission ne se fait pas d'illusions et pense qu'il est improbable que les communautés arabe ou juive soutiennent ses propositions. De fait, la partition de la Palestine signifie qu'aucune communauté obtient tout ce qu'elle désire. La partition signifie que les Arabes doivent acquiescer à l'exclusion de leur souveraineté sur une partie du territoire qu'ils occupent depuis longtemps. D'autre part, elle signifie que les Juifs doivent se contenter d'une fraction de la Terre d'Israël qu'ils dirigeaient il y a de nombreuses années et qu'ils espèrent diriger de nouveau.

Cependant, la Commission a l'espoir qu'après réflexion, chaque communauté réalisera que les avantages de la partition sont plus importants que ses inconvénients.

Dans un délai inférieur de trois années, toutes les régions arabes qui entourent la Palestine seront indépendantes. Si la partition de la Palestine est acceptée, la majorité de la Palestine sera également indépendante.

(Pour lire les enseignements de la Commission Pell, cliquez ici.)

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