Du logiciel à la culture, le libre surf la vague du numérique

Depuis à peu près une génération, les mécanismes commerciaux de l'offre culturelle, passablement inflexibles, tentent désespérément de limiter les nouvelles possibilités de diffusion. Dans le même temps, c'est une vraie déferlente de solutions alternatives d'accès à la culture qui ont vu le jour. Sans pub, elles commencent pourtant à se faire leur place dans nos habitudes.
Depuis à peu près une génération, les mécanismes commerciaux de l'offre culturelle, passablement inflexibles, tentent désespérément de limiter les nouvelles possibilités de diffusion.

 

Dans le même temps, c'est une vraie déferlente de solutions alternatives d'accès à la culture qui ont vu le jour. Sans pub, elles commencent pourtant à se faire leur place dans nos habitudes.

 

Si vous permettez, un lien wikipedia, une image freemage, (un fond musical par jamendo et magnatune), juste ce qu'il faut de mise en condition pour aborder le sujet de la culture libre. C'est bon, on peut y aller.

 


La notion de culture libre

 

Au premier abord ça peut sembler curieux, voire absurde, de lier culture et liberté, ça frôle le pléonasme même, car après tout, peut-il subsister la moindre espèce de culture sans liberté? Vaste question. Toujours est-il qu'ils sont rares les lieux et moments de l'histoire où la liberté de culture a coulé de source, à se demander s'ils ont seulement jamais existés.

 

Et puis, la culture concerne les groupes, alors que la liberté ne s'applique qu'au niveau individuel. Dailleurs, lorsque la liberté est défendue en groupe, ça devient un mouvement culturel. Et c'est bien le cas ici. La dénomination de culture libre désigne une mouvance culturelle, qui oeuvre pour le partage de ce que qui est culturel. Pris à revers, on peut aussi dire qu'elle lutte contre les limitations imposées à ce partage.

 

Ceux qui dénigrent ces mouvements les exposent comme des groupes de pirates qui essayent de bafouer les droits d'auteurs.

Pour peu qu'on s'y penche de plus près, on remarquera que ceux qui portent ces mouvements pronent, non pas le vol ce que qui est protégé, mais le partage des solutions alternatives, dites libre.

Ces groupes avides d'échanges sont très diversifiés, et il reste difficile de donner une définition centrale, les nuances et finesses sont nombreuses. Elle sont toutes soumises à des débats de fonds, qui cachent souvent des tentatives de récupération hors du cadre d'origine.

 

Le mieux pour comprendre de façon aussi neutre que possible reste donc d'explorer les origines de cette culture libre.

 

 

Le logiciel libre, origine indiscutable de la culture libre

 

Le libre, dans le sens où on le trouve dans ces modes de diffusions alternatives, fût en effet d'abord une histoire d'informatique.

 

Selon certaines façons de présenter l'histoire (par exemple ici), on peut trouver son origine lorsqu'un chercheur du MIT n'a pas supporté de ne pas avoir la possibilité de savoir comment fonctionne son imprimante, car les logiciels (le code source plus précisément) était soumis à un contrat de non divulgation par Xerox. (source)

Si la petite histoire est plutôt anecdotique, c'en est pas moins ce même chercheur, Richard Stallman, qui quelques années plus tard (autour de 1983) s'est proposé de créer tout un système de logiciels dont l'utilisation ne pourrait en aucun cas être restreinte (en rendant la liberté d'utilisation obligatoire, une notion proche de l'interdit d'interdire).

 

En fait, rien ne permet vraiment de penser que ce chercheur soit à l'origine unique du reste, et encore moins que la culture libre n'existerait pas sans lui, mais comme il fut sans aucun doute l'un des premiers et des plus virulants à lutter dans ce sens, il est devenu un véritable emblème, parfois à la limite de l'adoration religieuse.

Toujours est-il que depuis 25 ans il lutte contre l'appropriation des Idées (pour lui les logiciels en sont), en répétant inlassablement que si partager un plat diminue la part de chacun, partager la recette, au contraire, permet d'enrichir tout le monde.

 

 

L'objet virtuel


Pour comprendre son point de vue, il faut en effet bien distinguer ce qui est matériel, dont la production coûte à chaque objet, de ce qui est immatériel, et dont le coût est global. Cette notion est en général bien cachée. On sait par exemple assez peu que la part immaterielle du prix d'une voiture (recherche, ingénieurie, design, etc) est en moyenne de 30%.

 

Il n'est pas question de ne plus rémunérer le travail qui a abouti à ce qui est immateriel, après tout stallman est programmeur, et il ne sait produire que des programmes informatiques pour vivre, qui sont par nature immateriels.

Par contre, dans ce domaine où l'auteur est rarement le commanditaire et donc le propriétaire, il rencontre un problème éthique: il doit créer des objets virtuels qui ne pourront plus être partagés. Impossible pour lui d'accepter un rôle social qui consisterait à déposséder la majeure partie de l'humanité au profit d'un propriétaire unique.

 

La seule solution qu'il a trouvé, fût de créer une alternative "obligatoirement partageable", qu'il qualifiera de libre, au systèmes d'exploitation existants.

 


De l'éthique qui pousse dans un terreau technique

 

Pour rendre libres nos ordinateurs, le système GNU (qui héberge le fameux linux) a dû pour voir le jour créer le cadre qui lui était nécessaire. Ce shéma reste le même aujourd'hui dans chaque domaine de la culture libre.

 

L'élément primodial est une organisation sociale, elle réunit des personnes autour d'un projet commun.

Mais pour être viable, cette organisation doit s'inscrire dans le cadre législatif en place.

 

Dans ce cas, ce fut socialement la Free Software Fondation (ou FSF), et légalement le copyleft.

Cette FSF fut donc la première organisation réunie dans le but de "rendre le logiciel libre", et son rôle reste intimement lié au refus d'appropriation des idée. Dans ce sens, aujourd'hui encore, elle lutte activement contre certains types de brevet, notamment logiciels.

Le Copyleft quant à lui, est un concept qui utilise le droit d'auteur (ou copyright) pour imposer la liberté définitive à ces créations et à ces évolutions possibles :

L'auteur original choisit que tout le monde peut utiliser son travail pour en faire ce qu'il veut, dans la mesure où il ne limite pas ce droit.

Il le fait grâce à une licence, à l'origine la licence publique générale GNU, dite GPL.

 

 

Copier l'autorisation de copier

 

Cette fameuse licence est dite virale par ses détracteurs, car effectivement tout ce qu'elle touche n'est définitivement plus appropriable, y compris dans ses évolutions. Ce n'est pourtant pas par ce mécanisme que ce "mauvais exemple" a été suivi hors du créneau du logiciel, mais tout simplement parce que l'idée faisait son chemin, et ce sont de nouvelles licences qui ont vu le jour pour chaque cas, chaque logique, chaque groupe.

 

L'une des plus universelles, est la licence créative commons qui propose tout simplement à l'auteur de choisir d'avance ce qu'il souhaite ou non partager (car le copyright qui s'applique par défaut part du principe qu'il ne veut rien partager, c'est du moins le cadre légal américain qui a donné naissance à cette initiative)

 

Plus récemment, en 2000, la Licence Art Libre est une aplication plus proche des principes du copyleft qui se voit débarquer dans le monde de l'art.

 

 

Du droit au partage aux utilisations

 

Dans le sillage des logiciels, on a ainsi vu se hisser le pavillon "Libre" sur toutes sortes d'"objets virtuels":

 

_Les textes d'abord, il faut bien dire que les documentations sont indipensables aux logiciels libres (elle ont d'ailleurs fait l'objet d'une licence spéciale, la LGPL). Mais le partage du texte, c'est aussi le partage des idées et de l'opinion.

On peut citer TAZ, qui est peut-être une autre forme de point de départ idéologique indépendante de celle du logiciel libre.

_Les images ensuite, par ce que c'est plus joli, mais aussi parce que les logiciels libres ont toujours été proches de la création d'image, et que les images qui en étaient issues se devaient d'être tout aussi Libres. Pour l'exemple vous pouvez demander à BIL

_La musique a un peu attendu son tour, il faut dire que ça fait pas si longtemps que nos ordinateurs sont efficaces de ce coté là à des prix abordables ... ni les mécanismes qui permettent leur partage aisément, notamment le débit de nos connexions internet. L'exemple le plus évident est celui de l'association musique libre, dogmazic.

_Et la vidéo libre? Pas d'associations très visibles dans ce domaine, mais nombreuses sont les vidéo que l'on peut trouver sous licence créative common ou libre. Un projet notable étant donné le travail que représente sa création est celui du projet orange, un film d'animation qui, peut être, met en image le risque virtuel.

 

 

Et qu'est-ce que ça change?

 

Ce qui change, finalement, c'est pas tant le mode de diffusion que les logiques de la création.

 

On connait l'exemple de linux soit-disant "fait par tout le monde", mais on rigole doucement par ce que ... ils sont bien gentils mais on cause pas l'ordi nous autre.

 

Mais ils ont commencé sur le vénérable (bien qu'anglophone ;) slashdot à causer de tout.

Après, ils ont fait des répertoires pour classer tout internet par sujet: Dmoz.

Il ont même essayé tous ensembles de faire une encyclopédie. (là je mets pas de lien, c'est trop facile)

 

Et puis ils se sont aussi crus capables de rapporter les informations (comme sur le très engagé indymedia ou le neutraliste wikinews ).

 

Bon, heureusement cette création bénévole ne peut nécessairement pas être rentable ou faite par des non informaticiens, parce que sinon, où irait le monde?

 

Je vous le demande.

 

 

Pour approfondir le sujet :

Articles :

Le temps des biens communs

Une histoire de mots : culture libre et libre diffusion

 

Livres :

Free culture- Lawrence Lessig

Causes communes - Phillipe Aigrain

 

 

Cet article date du 24/04/2008 mais il n'est pas arrêté dans le temps.

Il a été publié avant d'être terminé, et il reste modifiable, y compris par vous.

Techniquement, je crois que le seul moyen est de me contacter ou peut être de s'inscrire à l'édition.

Il ne s'agi pas d'une demande, mais juste, pour imager ce qui est fait dans le libre, de maintenir cette porte ouverte.

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