L'économie du libre, ou les affaires de la démocratie

De quoi va-t-on vivre si on doit tout donner?C'est l'argument de base contre cette idée, car le principe du libre est systématiquement confondu avec la notion de gratuité, comme si l'évidence voulait que monde du bien commun soit nécessairement incompatible avec l'univers de ce qui est monnayable.

De quoi va-t-on vivre si on doit tout donner?

C'est l'argument de base contre cette idée, car le principe du libre est systématiquement confondu avec la notion de gratuité, comme si l'évidence voulait que monde du bien commun soit nécessairement incompatible avec l'univers de ce qui est monnayable.

Pourtant ce principe de libre échange des matières de l'esprit reste défendu comme une solution durable, culturellement, socialement, mais aussi économiquement pérenne. Pourquoi?

 

Première partie - L'idéologie

 

Ce que signifie libre ici.

Si des mouvements de piratage défendent parfois l'idée de pouvoir tout prendre librement en dépits de ce qui est légal, ce n'est pas le cas des mouvements du libre qui eux défendent la possibilité de donner ce qui est du domaine de l'idée, et ce dans le cadre des lois existantes.

La confusion est pourtant fréquente, car l'amalgame est souhaité autant par les voleurs du virtuel que par ses vendeurs. On a pu le voir par exemple, dans le cas de la mise en place de la loi DADVSI, où les débats ont régulièrement été orientés sur le piratage informatique ... au plus loin des problèmes de fond, ainsi allègrement balayés.

 

Ces problèmes de fond ne sont pas aussi complexes qu'on voudrait le faire croire (comme le rapelle Michel Rocard à Christine Albanel dans les suites plus actuelles de ce débat), il s'agit simplement du droit à l'échange d'idées. L'imbroglio technique dans lequel on nous noit sert à nous faire figurer qu'il est incompatible avec ce libre échange.

Or, la technique est à l'image de que ce que l'on en fait...

 

Pourquoi une économie selon les principes du libre?

Selon les principes de la démocratie, on accorde au peuple le pouvoir de choisir. Les principes du libre en sont une généralisation . Si Richard Stallmann explique le logiciel libre en trois mots ( liberté, égalité, fraternité ) ce n'est pas par hasard. Si d'autres reprennent ces idées en oubliant au passage les notions d'égalité et de fraternité, ce n'est pas non plus par hasard.

 

Les remises en question de la démocratie reposent le plus souvent sur l'idée que le peuple est incompétent à se diriger lui-même, pour raison technique, et qu'une autre "cratie" serait plus compétente. Dans le cadre des mouvements du libre, qu'ils soient appliqués aux logiciels ou à la culture, ou même à l'économie, le principe n'est pas différent. On nous dit que pour raison technique, on ferait mieux de laisser faire les plus compétents.

Mais pour quels intérêts?

 

La façon de fonctionner du libre est toujours de proposer une alternative, sans interdire les autres. Cette éthique, qui peut être qualifiée de technique, s'applique au domaine de la culture mais aussi à celui de l'économie.

Ce qui est défendu avec vigueur c'est le maintien des possibilités d'existence d'une alternative. Dans la mesure ou cette possibilité est maintenue, les systèmes existants sont respectés.

 

Principes de l'économie libre

Un raccourci terminologique nous dirait qu'ils reposent sur le libre échange, la libre concurrence, et la "libre" loi du marché ... et ça pourrait être vrai au sens premier de ces termes et dans la mesure où ces libertés sont réelles, c'est à dire qu'elle reposent sur le libre arbitre de chacun, et non pas sur des mécanismes où le marché est retenu d'un côté avant d'être libéré de l'autre.

 

Ici, jamais le terme de liberté ne peut avoir le droit de citer s'il ne s'applique pas à une boucle d'échange complète, sinon il faut noter une prise de pouvoir, aux dépends de cette liberté.

Le libre échange, ne s'applique donc que si aucun mécanisme ne crée la retenue en amont. Libre concurrence signifie que les marchés n'ont pas été verrouillés, que l'on peut par exemple, créer une entreprise et vendre un produit, sans que des mécanismes légaux ou financiers s'y opposent.

 

La notion fondatrice des principes précédents est qu'on ne peut créer de la richesse en mettant des barrières à ce qui est commun.

Au contraire travailler à développer ces biens communs est défendu comme étant bénéfique pour tous. Le vendeur gagne de l'argent, le client obtient une réponse à un problème spécifique, et une fois cette boucle réalisée, ce qui est commun a été amélioré pour le bien de tous.

De même, le travail de mise à disposition de ces biens, ou plutôt d'accompagnement vers eux, suit également ces principes car c'est un élément de la dynamique de cette boucle d'échange.

 

Bref il s'agirait d'une économie d'utilité publique. Est-ce vraiment du domaine de l'utopie?

 

Deuxième partie - Dans les faits

 

Les économies du libre, une logique au pluriel

En aucun cas on ne peut parler d'une utopie, pas plus que d'une chose possible, car les points de connexions entre la libre circulation des idées et l'économie sont innombrables, et tous différents. Chaque cas est unique, et aucune solution globale ne peut avoir de sens.

 

De même, dans chaque niche économique, il y a de multiples connexions avec le domaine des idées, et dans chaque cas, y compris les plus "pervers", il existe des logiques en parfait accord avec cette libre circulation des idées, et d'autres qui le sont moins, qui freinent ou qui s'opposent à ce mécanisme.

 

Chaque cas demande des connaissances et des compétences spécifiques pour tenter d'établir des logiques économiques qui, lorsqu'elles croisent le domaine de l'idée, permettent de les laisser circuler, ou de les favoriser.

 

Mais si le nombre de cas particuliers rend la chose complexe, cela ne signifie pas le moins du monde que les principes élémentaires le deviennent. Comme on peut explorer les méandres de la politique en gardant comme repère la devise simple de "liberté, égalité, fraternité" on peut explorer les domaines de l'économie et voir leurs degrés d'accord avec les logiques du libre.

 

Une logique économique libre c'est donc un mécanisme qui permet aux idées qui y sont liées d'être libres, égales, et fraternelles. (on pourrait traduire négativement par non bloquées, non déséquilibrées, non sectaire)

 

Des principes informels

Ceci n'est bien sûr qu'une interprétation libre, justement, qui ne peut avoir de valeur qu'au travers du filtre de votre bon sens.

 

Je me suis basé ici principalement sur les principes issus de la mouvance issue du logiciel libre, que j'ai librement adaptés à l'économie (mais toujours au plus près de ce que j'ai pu trouver sur le sujet). D'explorer ces principes m'a permis de faire ré-émerger des évidences desquelles on est souvent coupé. Cette mise en forme n'a d'autre ambition que de les exposer. On trouve de nombreux dogmes autour de l'économie libre, mais l'idée de l'économie autour des principes du libre,avec au coeur, l'idée de libre circulation des idées, est naturellement incompatible avec le dogmatisme.

 

De même, ce qui suit n'est qu'une façon subjective d'utiliser cette "règle étalon", qui suit le fil des idées au sein de l'économie. Cela n'a valeur d'exemple que comme identification des connexions entre économie et notion du libre.

 

Les exemples existants

Dans un sens, cette économie existe déjà, de façon étroitement imbriquée aux autres formes d'économie. On peut donc s'éloigner des principes pris dans l'absolu pour les tester à travers des exemples.

 

Une auto-école transmet un savoir sur lequel non seulement elle n'a aucun droit légal particulier, mais qui en plus est établi par l'état. C'est un exemple simple qui prouve que l'on peut vivre en vendant un service d'accès, de formation, ou d'éducation à des principes (ici la façon de conduire) dont on n'est pas propriétaire.

Autre exemple, le cartographe. Il met à disposition (en vendant ses cartes) un savoir sur des éléments géographiques sur lesquels il n'a aucun droit. Il peut choisir d'exercer un droit sur les cartes produites. Un droit d'auteur, qui n'est pas relatif au terrain, mais au travail fourni pour obtenir une présentation de celui-ci.

Jusque là il s'agit sans ambiguïté d'une économie compatible avec les principes du libre. Le mécanisme économique va dans le sens de la diffusion générale des savoirs et des biens.

 

L'objet de l'auto-école n'est pas vraiment les règles de conduite mais leur apprentissage, et l'objet de la cartographie n'est pas le terrain, mais son rendu à plus petite échelle. Ce qui poserait problème serait les limitations qui pourraient intervenir à ces niveaux respectifs.

 

Les exemples matériels imaginables.

Alors plutôt que d'imaginer ce qui arriverait s'il y avait des brevets sur la cartographie, ou les méthodes d'apprentissage de la conduite, voici quelques exemples qui reposent sur le principe de la libre circulation des idées dans le cadre des produits commerciaux

 

L'ordinateur, le portable

Puisque le mouvement vient des logiciels, pourquoi ne pas imaginer des ordinateurs libres?

Les investissements en matière d'ordinateur sont lourds, et sensés justifier les secrets de fabrication, et le non échange des idées sous-jacente.

Pourtant des exemples d'éléments matériels libres existent y compris en matière de processeur.

Le LEON est un processeur libre, au sens où il utilise les licences des logiciels libres. Autre cas, Sun microsystème propose des processeurs dont les spécifications ont été libérées peu après leur sortie (voir le projet OpenSPARC).

On peut aussi trouver un téléphone portable, quasiment un ordinateur de poche, qui est fabriqué en dévoilant tous les stades de son développement. Le téléphone a été disponible à la vente dans une version de développement (sous le nom de neo 1973), et il devrait sortir prochainement pour le grand public (sous le nom de Neo FreeRunner).

 

La voiture

Exemples typiques de biens de consommation, comment envisager une voiture libre?

Ce pourrait être des voitures dessinées et conçues par des collectivités, ou bien des entreprises qui donneraient tous leurs plans au fur et à mesure. Cela pourrait faciliter les services relatifs qui s'appuierait spécifications complètes. Par exemple la création d'un moteur adaptable, plus écologique pourquoi pas.

Irréalisable diront bien sûr les acteurs du marché, trop complexe, trop technique, trop cher pour une voiture de notre époque.

Ca existe déjà diront d'autres, malgré les brevets, donc de façon souvent illégale. On était pas très loin non plus de l'idée du libre avec l'arrivée du pou du ciel (l'avion a faire soi même) en 1936.

 

Il s'agit ici d'exemples basiques, et de bribes de réponses existantes. L'économie libre, égale et fraternelle n'est pourtant pas que du domaine du fantasme. En cherchant bien, je suis sûr que vous pouvez tous trouver des exemples.

 

 

Cet article est publié avant d'être terminé, car il est proposé autant à la lecture qu'a l'écriture.

Je le terminerai dans les plus brefs délais quoi qu'il arrive, mais ce temps d'écriture est a votre disposition si vous souhaitez y faire intervenir vos idées.

Cette façon de faire peut sembler inappropriée ici, mais elle permet de jouer avec un des principes élémentaires du libre. Le simple engagement à autoriser la participation change la façon de faire.

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