Billet de blog 7 mai 2013

Le Printemps des Poètes
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"Petit éloge de la simplicité détournée" par Thierry Renard

à Monique,découvreuse attentive « La pluie et moi marchionsBons camaradesElle courait devant et derrière moiEt je serrais notre trésor dans mon cœur »Pierre Morhange, La Robe « Quand je naquis ma mère en pleurait,la nuit, seule, dans le lit désert.Pour moi, pour elle aussi que minait la douleur,les siens trafiquaient dans le ghetto. »Umberto Saba, Autobiographie  Il y a des poètes, et ils sont rares, qui face à leur condition ne négligent rien et font preuve de cran et d'esprit. Ils se dressent, avec leurs armes que sont les mots, contre les hauts murs qui les enserrent. Ils résistent dans leur langue aux assauts de l’injustice et de l’autorité ainsi qu’aux humiliations provoquées par la pauvreté et les inégalités.À leur manière, si singulière, ils déjouent les nombreux pièges de la réalité, puis ils la transcendent, cette réalité, afin qu’une vérité, simple comme le jour ou la nuit, éclate pour le coup au grand jour. L’auteur des textes dont on parle est de cette tribu. Il écrit simplement, et sait dépeindre les choses les plus simples. Mais sa simplicité n’est qu’apparence, elle se moque d’elle-même et surtout de nous, lecteurs impatients, lecteurs toujours trop pressés. Tout son talent consiste à détourner à la fois simplicité et réalité, en usant d’une langue inventée la plupart du temps, d’une langue imaginaire, imaginée et très imagée.Et, à chaque fois, ses mots font mouche. Ils disent l’amour et ses naufrages. Ils disent une mer à traverser. Ils disent une quête et ses retombées. Ils disent la vie qui nous transperce. Ils disent encore une terre, un pays. Un ciel, un coin de rue, un regard, une main, un rêve ou une absence.Ils disent cette part en nous enfouie d’universalité. Écrire simplement n’est jamais commode. Écrire simplement exige beaucoup de rigueur alliée à une absolue générosité. Écrire simplement, c’est même très compliqué. Il faut bien choisir ses vers ou ses phrases, et trier ses mots avec goût, avec soin.Le poète qui se tient debout, là devant nous, dans le long couloir du temps, ce poète est un ami, un frère en humanité. Il chante les petits trucs invisibles que nous ne savons pas forcément voir d’emblée. Il murmure à notre oreille, et le plus souvent il hurle en silence.Il y a quelques parfums mystiques qui se dégagent de ses joies et de ses peines, de ses émotions fortes et de ses impressions fausses. Mystiques, j’ai dit. Pas religieux ! C’est sa part à lui d’énigme et de vérité personnelle. Et s’il joue ordinairement avec les mots, dans son propre rôle il n’en rajoute jamais. Il est sobre, il est discret, voire secret.Les arbres et les fleurs de son jardin sont authentiques, et ses habits sont des vêtements de peau.Ses poèmes, pour finir, sont des inscriptions dans le marbre blanc du temps. Le poète et passeur de mots qui se tient debout, là devant nous, se nomme Abed Manseur. Il est de la race des vivants ! Thierry Renard,Nuit du 29 au 30 décembre 2012

Le Printemps des Poètes
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à Monique,

découvreuse attentive

« La pluie et moi marchions

Bons camarades

Elle courait devant et derrière moi

Et je serrais notre trésor dans mon cœur »

Pierre Morhange, La Robe

« Quand je naquis ma mère en pleurait,

la nuit, seule, dans le lit désert.

Pour moi, pour elle aussi que minait la douleur,

les siens trafiquaient dans le ghetto. »

Umberto Saba, Autobiographie

Il y a des poètes, et ils sont rares, qui face à leur condition ne négligent rien et font preuve de cran et d'esprit. Ils se dressent, avec leurs armes que sont les mots, contre les hauts murs qui les enserrent. Ils résistent dans leur langue aux assauts de l’injustice et de l’autorité ainsi qu’aux humiliations provoquées par la pauvreté et les inégalités.

À leur manière, si singulière, ils déjouent les nombreux pièges de la réalité, puis ils la transcendent, cette réalité, afin qu’une vérité, simple comme le jour ou la nuit, éclate pour le coup au grand jour.

L’auteur des textes dont on parle est de cette tribu. Il écrit simplement, et sait dépeindre les choses les plus simples. Mais sa simplicité n’est qu’apparence, elle se moque d’elle-même et surtout de nous, lecteurs impatients, lecteurs toujours trop pressés. Tout son talent consiste à détourner à la fois simplicité et réalité, en usant d’une langue inventée la plupart du temps, d’une langue imaginaire, imaginée et très imagée.

Et, à chaque fois, ses mots font mouche. Ils disent l’amour et ses naufrages. Ils disent une mer à traverser. Ils disent une quête et ses retombées. Ils disent la vie qui nous transperce. Ils disent encore une terre, un pays. Un ciel, un coin de rue, un regard, une main, un rêve ou une absence.

Ils disent cette part en nous enfouie d’universalité.

Écrire simplement n’est jamais commode. Écrire simplement exige beaucoup de rigueur alliée à une absolue générosité. Écrire simplement, c’est même très compliqué. Il faut bien choisir ses vers ou ses phrases, et trier ses mots avec goût, avec soin.

Le poète qui se tient debout, là devant nous, dans le long couloir du temps, ce poète est un ami, un frère en humanité. Il chante les petits trucs invisibles que nous ne savons pas forcément voir d’emblée. Il murmure à notre oreille, et le plus souvent il hurle en silence.

Il y a quelques parfums mystiques qui se dégagent de ses joies et de ses peines, de ses émotions fortes et de ses impressions fausses. Mystiques, j’ai dit. Pas religieux ! C’est sa part à lui d’énigme et de vérité personnelle.

Et s’il joue ordinairement avec les mots, dans son propre rôle il n’en rajoute jamais. Il est sobre, il est discret, voire secret.

Les arbres et les fleurs de son jardin sont authentiques, et ses habits sont des vêtements de peau.

Ses poèmes, pour finir, sont des inscriptions dans le marbre blanc du temps.

Le poète et passeur de mots qui se tient debout, là devant nous, se nomme Abed Manseur. Il est de la race des vivants !

Thierry Renard,

Nuit du 29 au 30 décembre 2012

Thierry Renard

Né le 14 août 1963 à Lyon. Mère d'origine piémontaise, employée. Père lyonnais, ouvrier. Etudes secondaires au lycée Jacques Brel de Vénissieux. Ancien élève du Conservatoire d'art dramatique de Lyon.
S'est fait remarquer, dès 1978, dans la région lyonnaise - en tant que comédien, poète et animateur de revue. A longtemps partagé sa vie entre l'écriture, le théâtre et la rue.
Après avoir fondé et animé le magazine poétique AUBE (1978/1998); après avoir été le directeur littéraire des éditions Paroles d'aube jusqu'au printemps 1998, Thierry Renard a rejoint les éditions La Passe du vent, nées en 1999, en tant que responsable littéraire. A reçu le prix K de la littérature - meilleure édition, en février 2001, trophée de la création artistique en Rhône-Alpes décerné par l'hebdomadaire Lyon Capitale.
Fondateur et porte-parole de l'Espace Pandora à Vénissieux, lieu de diffusion et de communication de la poésie — sous toutes ses formes et dans tous ses états.
Il s'est également distingué en abordant la poésie et les lectures de textes d'une manière originale et vivante, préferant les performances aux lectures plus traditionnelles.

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