La gare perdue. Hommage à Wladyslaw Znorko // par Thierry Renard



La gare perdue

 

« Il vit content de son sort et, l’hiver, près du feu, il recense les mille bouquets savourés aux lèvres des filles sur les chemins de la belle maison. »

André Hardellet, La Cité Montgol

 

La nouvelle est tombée, arrivée brutalement – par surprise, presque. Benoît Guillemont m’a laissé sur ma boîte vocale le douloureux message. Znorko est mort, et je n’en reviens pas. La nouvelle est rude, et ma jeunesse est loin derrière moi, cette jeunesse passée en partie à ses côtés. Znorko, c’était le magicien, celui qui met en lumière notre part d’ombre. À l’époque, je l’appelais Wlad, et c’était mon metteur en scène et mon ami. La mort tue aussi les innocents. La mort nous attrape sans faire de bruit, sans rien dire, sans rien changer à l’état cruel du monde. La mort est passante et très ordinaire. Elle nous rappelle à l’ordre en se rappelant à nous.

 

Wlad est mort, victime encore jeune, l’année de mes cinquante ans. Wlad est mort après une vie entièrement concentrée sur son théâtre de lumières et d’ombres. Théâtre visuel et musical, à la croisée des chemins, à mi-distance du réel et du merveilleux. Théâtre céleste où ont eu la chance de se côtoyer, durant plus de trente ans, vieux trains à vapeur, gares égarées à l’autre bout du jour, longues et fameuses nuits, objets familiers, poules, oies et chiens, personnages à la dérive lente, quelquefois émotifs, sans véritable appartenance et sans destination. Humains errants, en effet, aux vies minuscules et grandioses à la fois.

 

Wladyslaw Znorko est mort, le vent de ses souvenirs traverse mon esprit et le train de sa vie défile sous mes yeux, dans mon cœur.

 

[Saint-Julien-Molin-Molette, nuit du 6 au 7 mars 2013]


Thierry Renard

Né le 14 août 1963 à Lyon. Mère d'origine piémontaise, employée. Père lyonnais, ouvrier. Etudes secondaires au lycée Jacques Brel de Vénissieux. Ancien élève du Conservatoire d'art dramatique de Lyon.
S'est fait remarquer, dès 1978, dans la région lyonnaise - en tant que comédien, poète et animateur de revue. A longtemps partagé sa vie entre l'écriture, le théâtre et la rue.

Après avoir fondé et animé le magazine poétique AUBE (1978/1998); après avoir été le directeur littéraire des éditions Paroles d'aube jusqu'au printemps 1998, Thierry Renard a rejoint les éditions La Passe du vent, nées en 1999, en tant que responsable littéraire. A reçu le prix K de la littérature - meilleure édition, en février 2001, trophée de la création artistique en Rhône-Alpes décerné par l'hebdomadaire Lyon Capitale.
Fondateur et porte-parole de l'Espace Pandora à Vénissieux, lieu de diffusion et de communication de la poésie — sous toutes ses formes et dans tous ses états.

Il s'est également distingué en abordant la poésie et les lectures de textes d'une manière originale et vivante, préferant les performances aux lectures plus traditionnelles.

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