Anise Koltz, sous le joug de l’existence

Née en 1928, au Luxembourg, Anise Koltz a commencé l’écriture en allemand pour, peu à peu, utiliser le français, sa langue poétique exclusive à partir des années 80. Anise Koltz a fondé, en 1963, les Biennales de Mondorf qui se donnaient comme objectif la promotion d’une société multiculturelle.

Née en 1928, au Luxembourg, Anise Koltz a commencé l’écriture en allemand pour, peu à peu, utiliser le français, sa langue poétique exclusive à partir des années 80. Anise Koltz a fondé, en 1963, les Biennales de Mondorf qui se donnaient comme objectif la promotion d’une société multiculturelle. Elle préside aujourd’hui l’Académie européenne de poésie. Le recueil présenté ici, Galaxies intérieures, est publié aux éditions Arfuyen.

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On dirait, une fois tous les humains disparus, le seul disque qui reste pour les dire. Le vent aurait posé l’aiguille. Ça tourne mais personne pour entendre. Et pourtant les siècles y résonnent.

Je me suis battue
en Irak
Afghanistan
Syrie
En tous ces endroits
j’ai répété
les atrocités de mon temps

Avec une écriture infiniment limpide, celle qui reste après les désastres – car il serait alors tout à fait déplacé de se faire ronflante, voire même subtilement finaude –, Anise Koltz pose la question sans détour : naître, survivre à qui vous a fait naître et tout cela rien que pour disparaître, est-ce bien raisonnable ?

A ma mère
Tu as été précurseur
de celle qui n’était pas encore
Tu es morte – je vis
ayant grandi en toi
comme un monstre innocent


Y a-t-il une utilité à disparaître ? Pour aller où, d’ailleurs. Et ce en partant du rien.

Nous croulons sous le joug
d’une existence
qui nous a été imposée


C’est désarmant de simplicité. On s’aperçoit comme c’est naturel, inévitable, d’être perdu. On a le sentiment d’être si fragile. L’humain a si peu de puissance pour sonder le mystère pourtant tout bête de fuir tout le temps l’instant qui est dans celui qui vient, etc. Une infirmité impensable de la pensée.

Tout bouge
puis s’arrête –
Vers quel horizon
l’instant
se dirige-t-il ?

Le soleil se braque
sur l’irréalité du monde
dans un présent éternel

Je marche
en moi-même
sans jamais arriver


En fait, comme nous courons d’instant en instant, cela ne devrait jamais s’arrêter, comme la flèche de Zénon. Et pourtant si. C’est cela qui est tout à fait déraisonnable. Alors

Nous parlons –
pour cacher
notre inévitable mortalité

Et faute de savoir suffisant, on sèche comme une mauvaise élève devant un contrôle de maths.

Toute cette vie :
une équation
qui reste à démontrer


A propos de l'auteur, Vincent Rouillon:

Docteur de l'EHESS en philosophie des arts, compositeur, rédacteur de la FNCC

Extrait de la Lettre d’Echanges n°117 (mi-décembre 2013)

Lettre électronique de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC)

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