Billet de blog 11 mars 2010

Philippe Richert, prophète en son pays

 Philippe Richert est le candidat de la droite alsacienne aux élections régionales. Homme de convictions, il peine cependant à quitter le confort des milieux acquis à sa cause.

Lisette Gries
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Philippe Richert est le candidat de la droite alsacienne aux élections régionales. Homme de convictions, il peine cependant à quitter le confort des milieux acquis à sa cause.

Costume gris et iPhone blanc, Philippe Richert semble vouloir maîtriser son image. À 56 ans, il attire en effet depuis peu les médias locaux et nationaux : candidat de la droite en Alsace, sa victoire est incertaine. Et pour l’UMP comme pour les autres partis qui composent sa liste Majorité alsacienne (Gauche moderne, Nouveau centre et Parti radical, notamment), il lui incombe de convaincre les Alsaciens de faire mentir les sondages et ne pas donner leur voix au PS ou à Europe Ecologie.

Rat des champs

Originaire de Wimmenau, un petit village au pied des Vosges du Nord, Philippe Richert vit avec son épouse Louise dans la petite exploitation de ses parents. Leurs filles de 34, 31 et 22 ans ont quitté le domicile familial, mais sont toutes trois installées en Alsace. Cadet d’une famille modeste de quatre garçons, le petit Philippe Richert « passait plus de temps le dos courbé à déterrer des pommes de terre qu’à s’amuser ».

Devenu grand, il donne ses rendez-vous dans le bar d’un grand hôtel strasbourgeois. Il y est connu comme le loup blanc : en une heure, il aura le temps de saluer une dizaine de personnes et de découvrir que sa note a été réglée par un chef d’entreprise croisé plus tôt. Ce joueur d’échecs se félicite de son succès auprès des notables locaux tout en prenant ses aises dans un canapé en cuir.

La jeunesse au grand air de Philippe Richert le rend sensible aux questions environnementales. « Je n’ai pas attendu que des écologistes de salon me disent quoi faire, le contact charnel que j’entretiens avec la nature guide mes choix. » À la tête du Conseil national de l’air depuis 2004, Philippe Richert affirme que le développement durable est sa première préoccupation pour l’Alsace. Et s’empresse d’ajouter : « Mais je ne suis pas un décroissant ! Il faut continuer à créer des richesses, tout en essayant de limiter l’empreinte de l’homme sur le paysage et l’atmosphère. »

Cet ancien professeur de sciences naturelles raconte avec lyrisme sa passion pour les oiseaux, mais lorsqu’il laisse un temps courlis cendrés et grèbes huppés pour évoquer les racines de son engagement politique, son assurance s’estompe.

« Zeller boy »

Président du Conseil général du Bas-Rhin de 1998 à 2008, le candidat explique fièrement que son entrée dans la vie publique s’est faite aux côtés d’Adrien Zeller lors des élections cantonales de 1982 et qu’il n’a plus ensuite lâché le charismatique politicien local. « Je faisais partie de ce qu’on appelait les Zeller boys. J’ai tout appris de lui, même mes dossiers sont du même modèle que les siens. » Tous deux membres de l’UDF, ils rallient l’UMP à sa création. Adrien Zeller a été le président du Conseil régional du 10 avril 1996 au 22 août 2009, date de son décès brutal. Philippe Richert ne siège plus alors dans aucune instance locale. Rapidement, il exprime sa volonté de poursuivre l’œuvre de son mentor en conduisant la liste Majorité alsacienne aux élections régionales. Aujourd’hui, il lui faut donc trouver sa propre place, sortir de l’ombre du défunt tout en se prévalant du bilan de l’équipe sortante. « Philippe Richert est le candidat naturel de la Majorité alsacienne, analyse Richard Kleinschmager, politologue, mais il aurait probablement aimé qu’Adrien Zeller le désigne clairement comme son successeur avant de disparaître. »

Curé de campagne

La voix habituellement doucereuse de Philippe Richert s’assombrit un peu lorsqu’il avance que la politique « d’Adrien » n’est pas un héritage lourd à porter, qu’il veut « s’inscrire dans la continuité de ce qui a été entamé, tout en se sentant libre de faire encore plus », et puis son visage se tord et il cache son sanglot dans ses mains. «Philippe Richert est un Alsacien et un centriste convaincu, mais il n’a pas été très chahuté. Il lui reste à démontrer sa capacité en matière de combat politique », souligne Richard Kleinschmager.

Guest star d’une réunion publique, Jean-Marie Bockel, le secrétaire d’Etat à la justice, fondateur de la Gauche moderne, dresse à l’auditoire un autre portrait du candidat : « À Paris, Philippe Richert est respecté comme « l’Alsacien », pour sa force de caractère, comme un homme qui n’a pas sa langue dans sa poche ! »

À la tribune, Philippe Richert décline les points forts de son programme. Phrases longues et ampoulées, ton professoral mais enjoué, ce protestant pratiquant fait un peu penser à un curé de campagne, et quand il appuie ses avant-bras sur son pupitre, on se croirait en plein sermon. Dans la salle, un parterre de militants fervents applaudit l’orateur, qui leur parle créations d’emploi et coopération transfrontalière et cite Henry Kissinger, « celui qui doute ne construira jamais de cathédrale. » Il trébuche sur le thème de la culture, écorchant le nom des deux réalisations majeures de la municipalité UMP de Strasbourg battue en 2008 : « En Alsace, on a le Palais de… euh… le Zénith ! et aussi la Maison de la mus… euh… non… la Cité de la musique et de la danse. » Le public ne lui en tient pas rigueur, il murmure son approbation et applaudit.

Dans son discours, Philippe Richert n’a pas pris le risque d’évoquer longuement Adrien Zeller. Ses colistiers se sont chargés de rendre hommage les uns après les autres à la figure tutélaire.

Lisette Gries

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