Au dernier cocktail du Modem, comme un goût d’inachevé

Ultime rendez-vous entre candidats et militants Modem d'Ile-de-France hier, pour une soirée à la Bellevilloise (XXe). Alors que les sondages leur prédisent une déroute, les centristes refusent de croire au désastre mais regrettent une campagne sans éclat.

Ultime rendez-vous entre candidats et militants Modem d'Ile-de-France hier, pour une soirée à la Bellevilloise (XXe). Alors que les sondages leur prédisent une déroute, les centristes refusent de croire au désastre mais regrettent une campagne sans éclat.

 

Désespérer n’est pas dans les habitudes des militants Modem. Trois ans après la vague d’espoir de 2007, le parti de François Bayrou se cherche encore. Les élections décevantes et les querelles internes sont passées par là. Alors, à deux jours du vote, les centristes d’Ile-de-France sont surtout résignés. Satisfaits d’un candidat qui a fait ce qu’il pouvait, mais déçus par une campagne qui n’a pas tenu ses promesses.

Quatre cent d’entre eux se sont rassemblés hier autour de leurs candidats à la Bellevilloise, dans le XXe arrondissements de Paris. Bercée par un orchestre jazz, la salle branchée s’est assoupie gentiment dans une ambiance feutrée. Un peu à l’image de trois mois de combat sans véritable relief. Les sondages prédisent une déroute, mais l’heure n’est pas aux lamentations puisqu’Alain Dolium a rempli sa mission.

En le propulsant chef de file, François Bayrou espérait insuffler un vent de fraîcheur dans un parti centré autour de sa personne. Les militants, réticents les premières semaines, avaient fini par soutenir ce bleu en politique, qui a finalement fait campagne à son échelle : beaucoup de terrain et du pragmatisme, quitte à paraître bien fragile dans les débats contre ses adversaires.

« Qu’est ce qu’il est beau ! »

« Il a fait énormément de déplacements, mais peut-être qu’il ne pouvait pas faire le poids face à Huchon et Pécresse dont on a beaucoup parlé. Il lui manque l’expérience », estime Jean-René, un sympathisant Modem de Colombes (92). «C’est compliqué d’imposer de nouvelles figures en si peu de temps« , ajoute Gabriel, 31 ans. « Mais sa candidature a été très bien perçue. Sur les marchés, les dames nous demandaient son tract en disant « Qu’est ce qu’il est beau, on veut sa photo ! ». C’était un peu notre Harry Roselmack », renchérit Patrick, militant à Carrières-sur-Seine (78).

Pendant la soirée, des images des déplacements du candidat Dolium défilaient sur grand écran. Dans son incontournable doudoune à col de fourrure, « Alain dans les gares RER », « Alain à la rencontre des entrepreneurs » ou « Alain dans des quartiers difficiles ». Et puisque leur tête-de-liste ne s’est épargnée aucun effort pour aller chercher les voix, les militants préfèrent croire que le problème vient d’ailleurs. « Cette campagne n’intéresse tellement personne que les gens ne prennent pas la peine de dessiner des moustaches sur les affiches devant les bureaux de vote. On parle plus de Domenech que des élections, et puis il y a eu la tempête… », croit savoir Jean-René.

« On était très présents sur les marchés avec d’autres partis, mais du NPA à l’UMP, tous ont constaté que les Franciliens n’étaient pas réceptifs, ils ne s’intéressaient pas aux programmes », regrette Jean-Louis, militant dans les Yvelines. Même son de cloche du côté de la communication du Modem qui déplore « une campagne qui n’a jamais démarré, autant sur le terrain que sur Internet. Il y a beaucoup de frustration chez les candidats. »

Les oubliés du vote sanction

Une fois encore, la doctrine du ‘ni droite ni gauche’, brouillée par des rapprochements avec les socialistes en Poitou-Charentes, ne trouve pas preneur à l’heure du vote sanction. Alain Dolium a beau affirmer que « le MoDem a un projet que ni la droite ni la gauche sectaire ne peuvent assumer », sur le terrain le message ne passe pas. « Les gens nous disent qu’ils veulent pénaliser le gouvernement et que, pour ça, ils ne misent que sur le PS », poursuit Jean-Louis, qui ne croit pas pour autant à un score inférieur à 5 % dimanche : « On serait vraiment surpris. »

Difficile de trouver des candidats à l’autocritique. Serge, 17 ans, admet lui que « les sondages donnent quand même une bonne idée de la situation ». « Si on ne passe pas la barre des 5%, ce sera effectivement difficile, estime t-il. On espère que François Bayrou saura en tirer les leçons. » Et s’il s’enferme dans sa stratégie ? « Alors on lui rappellera qu’il faut aussi se remettre en question. On ne peut pas en permanence chercher des boucs-émissaires, comme le film « Home » ou Daniel Cohn-Bendit après les européennes. »

Dans un sursaut de chauvinisme centrisme, les militants ne se sont pas privés de huer Valérie Pécresse et Cécile Duflot, apparues sur grand écran dans un extrait du journal de France 2. Carton rouge pour la droite et les Verts… mais pas pour Jean-Paul Huchon, curieusement épargné par Dolium pendant toute la campagne. La question des alliances pour le deuxième tour sera tranchée dimanche. Un score en dessous de 5% priverait le Modem de toute possibilité de fusion.

Alexia Eychenne

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site :PariRegionales.fr

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