Billet de blog 13 févr. 2010

François Delapierre, l'union pour but

Tête de liste dans l'Essonne pour le Front de Gauche et militant de la première heure, François Delapierre croit en une nouvelle social-démocratie à la française. Dans l'union.

Fabienne Bruère
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Tête de liste dans l'Essonne pour le Front de Gauche et militant de la première heure, François Delapierre croit en une nouvelle social-démocratie à la française. Dans l'union.

Regard brun, cheveux bruns, le sourire franc et facile, François Delapierre parle plus volontiers de social-démocratie et de Bourdieu que de lui et de sa carrière politique. D'ailleurs, ce Parisien de naissance n'aime pas parler de « carrière politique ». Cela « fait référence à quelqu'un qui est payé par un parti », ce qui n'est pas son cas.

Lui a un travail : il s'occupe du développement durable dans une collectivité locale d'Île-de-France dont il préfère taire le nom. « C'est une liberté et un équilibre personnel de ne pas être salarié de la politique. Ca évite de se faire enfermer » explique-t-il. Enfermer. Comme beaucoup de politiciens selon lui, devenus « rouages » d'une société dont, très jeune, lui voit les inégalités.

Son premier engagement, c'était il y a 30 ans. Il en parle comme si c'était hier, une once de fierté dans la voix : «C'est quand je me suis rendu compte qu'il y avait ceux qui allaient aucollège privé, à 100 mètres à pied, et ceux qui allaient au collègepublic, quatre kilomètres plus loin, à côté d'une cité qui glaçait d'effroi la population. » Lui choisit le public, à Margenay. Déjà l'esprit de leader, il y crée le premier club mêlant tarot et Scrabble. « Rien de politique, mais c'était une manière de rapprocher deux populations différentes ». Déjà.

Un parcours de socialiste ordinaire

Puis il y a le lycée, on est en 1986. Pour sa génération, « il est évident de voter Mitterrand ». François Delapierre lit Karl Marx, « comme tout le monde », participe à la création de la FIDL et anime les manifestations de décembre contre la loi Devaquet (réforme de l'université). « Juste après le 11 mars 1986, la défaite du PS aux législatives, je prenais contact avec les jeunesses socialistes ». Ses yeux en brillent encore. Sa carte de militant, il ne la rendra que 23 ans plus tard.

2009, date de la création du Parti de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon : un nouveau départ pour « engager un processus de rénovation de la gauche ». Un départ presque prévisible : depuis le début, il est attiré par « l'autre gauche ». Attirance qu'il justifie par « l'incidence géographique » : « On était à côté de la fac de Villetaneuse, ceux qui y étaient comme Julien Dray, ont fait le coeur de la Gauche socialiste ». L'influence parentale n'a rien à voir là-dedans. D'ailleurs, il en rit, mais ses parents« ne voteront sûrement pas » pour son parti le 14 mars.

Avecle recul, ses mots à l'égard du PS sont plus durs. L'évènement qui atout changé reste la campagne pour le « non » au référendum sur la Constitution européenne. Il milite ailleurs : la comparaison est sansappel. « J'ai vécu cette campagnedans un environnement militant très différent du PS. Dans cette autregauche, il y a du dévouement, des gens qui n'ont aucune chance d'êtreélus mais qui militent pour le peuple ». Le PS il y a cru, « c'est clair ». Il n'y croit plus, c'est clair aussi. Avec ses mots d'ex-thésard qui a étudié la politique et la sociologie, il analyse : « Cette dérive est sociologique. Il y a une incapacité de la gauche à créer del'adhésion. J'ai voyagé dans le PS. Arrivé en haut, je me suis renducompte que la réunion nationale ressemblait à celle de section : onparle mais on n'agit pas, on veut juste se démarquer du bon peuple ».

Républicain et Jauressien

Il n'a pas le discours amer des déçus, mais le regard de ceux qui voient déjà plus loin. Secrétaire national du Parti de Gauche et ami de longue date, Gabriel Amard explique : « Françoisest très attaché à un socialisme qui reste une critique de l'ordreétabli. Il veut une gauche de révolution par les urnes et non detémoignage ». Il rêve maintenant de faire du Front de Gauche le parti unique et uni de l'extrême gauche française. Persuadé que le communisme n'a pas d'avenir tel qu'il est après ce qu'il appelle « l'échec historique du communisme d'Etat ». « Républicain et Jauressien jusqu'à la moelle », il croît en cette union, mais la fusion, il le sait, « ne se fait pas en claquant des doigts ».

Dans ses modèles, on trouve surtout la gauche allemande d'Oskar Lafontaine, Die Linke. Si Delapierre avait un mentor, l'ancien président du SPD serait sûrement le sien, « pour son courage. Parce qu'il a été capable de repartir de zéro. À côté ,ce qu'on fait nous c'est vraiment facile ». Tête de liste dans l'Essonne, son objectif pour les régionales : « diminuer l'abstention dans certains quartiers populaires », convaincu que « pour changer le rapport de force, il faut que la gauche populaire vote ». Et pour y arriver ce non-sportif depuis toujours a fait du porte-à-porte son activité favorite. Et du porte-à-porte, il en faudra pour atteindre son objectif suprême :« passer devant le PS ».

Fabienne Bruere

-François Delapierre est aussi sur pariregionales.fr

-À lire également: Tractage sous surveillance policière à Savigny-sur-Orge pour les militants du Front de Gauche

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