L'abstention, alliée de la gauche ?

A quelques heures du premier tour des élections régionales, cette nouvelle consultation des électeurs a un grand favori : l'abstention. Elle pourrait frôler les 50%, un record pour des élections régionales. Pour Elisabeth Dupoirier, directrice de recherche au Cevipof, ce phénomène pourrait profiter à la gauche.

 

Qu'est ce qui explique la forte abstention à prévoir lors d'un scrutin comme celui de dimanche ?

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Elisabeth Dupoirier : Il y a plusieurs raisons. D'abord une raison structurelle: on sait d'expérience que les élections régionales mobilisent moins que certaines élections nationales, c'est une raison d'ordre générale. La seconde raison est qu'il y a une crise globale de la participation. Enfin, le manque de dynamisme des campagnes menées dans les régions explique aussi la faible mobilisation.

 

Mais qu'est ce qui explique cette campagne molle ?
Si vous vous souvenez, après les européennes, le président des présidents de régions [ndlr : Alain Rousset, président de la région Aquitaine] a dit que les états majors des partis n'auraient pas à s'occuper de la campagne régionale. Du coup, il n'y a pas eu de grandes manifestations organisées par le Parti Socialiste en tant que tel. Tout a été fait au niveau régional.

Dans le camp de la majorité UMP, je pense que dans la conjoncture économique et sociale d'aujourd'hui, ils n'ont pas souhaité donner une ampleur plus grande au désastre annoncé. Et puis rappelez vous de la constitution des listes UMP, ça a été difficile : Nicolas Sarkozy voulait une ouverture à la société civile, cela a créé un mécontentement au niveau du personnel politique local de l'UMP, du coup, cela affaiblit la mobilisation.

 

Quel est le message derrière cette abstention ?
Il y a surement un message de doute de la part des électeurs dans le fait que les élections puissent changer quelque chose à l'action politique. Le sentiment que la politique n'est plus efficace, quel que soit le camp. Le deuxième message, c'est surement que les élections régionales n'enthousiasment pas, ce sont des institutions peu présentes dans l'environnement immédiat, les électeurs se sentent peu concernés. Ces élections régionales sont pourtant un vrai scrutin de midterm ...

 

Et à qui profite l'abstention ?
On disait dans le temps que l'abstention profitait au Front National mais je pense que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il y a de fortes chances pour que l'abstention profite à la gauche, car un électorat d'opposition est toujours plus mobilisé. Et on peut penser qu'un électorat de droite, qui n'est plus en accord avec la politique de Nicolas Sarkozy préférera rester au chaud dimanche plutôt que de voter pour ses adversaires.

 

Propos recueillis par Ivan Valerio

 

Jusqu'au 21 mars 2010, 13 étudiants en journalisme du Celsa couvrent la campagne des élections régionales en Ile-de-France. Retrouvez tous nos articles sur notre site :PariRegionales.fr

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