L’extrême-gauche alsacienne part aux urnes morcelée

Avec trois listes présentées aux régionales, l’extrême-gauche apparaît plus que divisée en Alsace, terre de centre-droit.

Avec trois listes présentées aux régionales, l’extrême-gauche apparaît plus que divisée en Alsace, terre de centre-droit.

Marie-George Buffet, mercredi 10 février à Mulhouse. © Enora Ollivier Marie-George Buffet, mercredi 10 février à Mulhouse. © Enora Ollivier

Des affiches « PCF », « Les alternatifs » et « Parti communiste des ouvriers de France » – exhibant la faucille et le marteau sur fond rouge – sont accrochées aux murs au ruban adhésif, un peu froissées, un peu de travers. Le film diffusé derrière les orateurs bugge, par moments. Mais qu’importe le decorum : dans la salle Pax de Mulhouse, la centaine de personnes qui s’est déplacée pour assister au meeting organisé par le Front de gauche mercredi 10 février est galvanisée. La présence de Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste français, n’y est probablement pas étrangère.

 

Menée par Jean-Yves Causer, la liste d’union Ensemble, pour une Alsace à gauche, solidaire, écologique et citoyenne* risque d’avoir bien besoin de ce soutien militant. Selon un sondage Ifop pour Paris-Match et l’Alsace, paru le 3 février, la liste arrive en dernière position des intentions de vote avec 1,5%, derrière ses deux rivaux d’extrême-gauche, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) crédité de 2,5% et Lutte ouvrière (LO) qui obtiendrait 2%. Aux Régionales de 2004, le rassemblement PCF, Radicaux de gauche, Mouvement républicain et citoyen [chevènementistes, ndlr] avait recueilli 3,24% des voix au premier tour… alors même qu’une seule autre liste d’extrême gauche était en lice, en l’occurrence l’union LO-LCR (2,84 % au premier tour).

 

Trois listes donc, cette année, vont tenter de récolter un maximum de voix auprès d'un électorat qui lui ne change pas et stagne aux alentours des 6%.

 

« La colère ne suffit pas »

 

«A la différence des deux autres listes, nous ne sommes pas figés», a déclaré Marie-George Buffet mercredi, se félicitant au passage du large rassemblement au sein de Ensemble, pour une Alsace à gauche. «La colère ne suffit pas, a t-elle poursuivi. Notre liste n’est pas une liste de contestation mais de proposition et de gestion

 

«C’est le discours habituel du Front de gauche», s’agace Julien Wostyn, tête de liste LO en Alsace, qui balaie la critique d’un revers de main. «Nous nous présentons pour exprimer la colère du monde du travail et nous ne souhaitons pas nous allier avec des partis gouvernementaux. Or Jean-Luc Mélenchon [président du Parti de gauche, ndlr] et des membres du PCF ont été ministres sous Jospin.»

 

Le NPA avance le même argument pour expliquer son refus d'une alliance avec Ensemble pour une Alsace à gauche. «Les représentants du Front de gauche ont fait partie du gouvernement qui a le plus privatisé, explique Marcel Wolff, tête de liste dans le Bas-Rhin. On sait très bien que ce qu'ils veulent, c'est gérer avec le PS et les Verts. Il n'y a aucune rupture avec le capitalisme dans leur démarche.»

 

Pour autant, LO et le NPA n'ont pas souhaité s'associer, contrairement à 2004. «Quand, dans le Vaucluse, le parti d'Olivier Besancenot présente une candidate voilée, cela va exactement à l’encontre de ce que nous défendons», explique Julien Wostyn, qui estime que le NPA «c'est aujourd’hui plusieurs partis à la fois : dans certaines régions, il a réalisé des alliances avec des partis gouvernementaux.» Au NPA, on renvoie la balle. Pour Marcel Wolff, LO a beau jeu d'avancer cet argument «alors que pendant les élections municipales, eux-mêmes se sont unis avec le Front de gauche dans certaines villes.»

 

Minimiser la guéguerre

 

Du côté d'Ensemble pour une Alsace à gauche, les candidats se défendent de toute accointance avec le PS. «Nous ne ferons pas de chèque en blanc au Parti socialiste», se défend Aline Parmentier, tête de liste Front de gauche dans le Haut-Rhin. S’agissant du deuxième tour, le rassemblement prévient d’entrée : pas d’appel à voter PS si ce dernier s’allie avec le MoDem. Ce qui laisse penser, en contraste, que le Front de gauche pourra se prononcer en faveur des socialistes le cas échéant…et que le rassemblement ne pense pas franchir les 5% nécessaires à une fusion de listes.

 

Pour LO, la question est déjà classée : «Nous n’appellerons en aucun cas à voter PS, certifie Julien Wostyn. Les gens à qui nous nous adressons, ce sont ceux qui sont au chômage et souffrent de la crise, ceux qui ont été laissés de côté y compris lorsque les socialistes étaient au gouvernement. » Le NPA joue davantage la nuance : il n'exclut pas une fusion de listes avec le PS, si le parti franchit la barre des 5%. «Mais ce serait une fusion technique, et pas de gestion, prévient Marcel Wolff. Le but, c'est de faire rempart à la droite, tout en gardant notre liberté d'expression.»

 

Au Front de gauche, on essaie de minimiser cette guéguerre des extrêmes. «L’objectif n’est pas d’opposer une gauche à une autre, a déclaré Aline Parmentier, lors du meeting de Mulhouse. Nous voulons battre cette droite alsacienne bien installée dans son fauteuil; cette droite qui sera, si elle est réélue, un levier pour faire appliquer encore plus sûrement la politique de Nicolas Sarkozy.»

 

Enora Ollivier (CUEJ)

 

 

* La liste rassemble le PCF, le Parti de gauche, Gauche unitaire, les Alternatifs, le Parti communiste des ouvriers de France (PCOF) et le Cercle communiste d’Alsace.

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