Billet de blog 16 févr. 2010

Alsace: les fils cachés de Zeller se battent pour l'héritage

Adrien Zeller, président de la région Alsace de 1996 à 2009 et décédé en août, jouissait d’une aura singulière auprès des Alsaciens. Tous bords politiques confondus, les candidats à sa succession tentent de capitaliser l’héritage du populaire centriste.

Léa Giret
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Adrien Zeller, président de la région Alsace de 1996 à 2009 et décédé en août, jouissait d’une aura singulière auprès des Alsaciens. Tous bords politiques confondus, les candidats à sa succession tentent de capitaliser l’héritage du populaire centriste.

Candidat aux régionales comme chef de file de la « Majorité alsacienne », Philippe Richert a toutes les raisons de se poser en héritier d’Adrien Zeller. C’est sous cette bannière que l’ancien et charismatique président de la Région, élu à trois reprises (en 1996, 1998 et 2004), présidait l’Alsace jusqu’à son décès brutal en août 2009. A l’idée d’héritage, Philippe Richert préfère celle de « continuité ». Investi par l’UMP à l’automne comme tête de liste, il aime malgré tout à rappeler combien son parcours politique est lié à celui de l’ex-patron de l’Alsace. « Sans Zeller, je ne ferais pas de politique. Ma première campagne, en 1982, je l’ai menée avec lui », raconte le sénateur du Bas-Rhin. Et de se remémorer l’époque où, ensemble, ils sont passés du centre des démocrates sociaux (CDS) à l’UDF, et enfin, quelques années plus tard mais « la même semaine », à l’UMP.
S’approprier les valeurs du Zeller bien-aimé des Alsaciens
Adrien Zeller était une figure incontournable de la vie politique alsacienne. Ce centriste de cœur, pour qui appartenir à un parti, selon ses proches, relevait du détail, était respecté au-delà de sa famille politique pour ses engagements en faveur du modèle social rhénan ou de la coopération transfrontalière. De vibrants hommages lui ont été rendus à sa mort. Le président PS de la Région Ile-de-France Jean-Paul Huchon a ainsi salué « un ami, un partenaire, un complice ».
Pour convaincre de son illustre filiation, Philippe Richert possède une bonne carte dans son jeu. La n°6 sur sa liste du Bas-Rhin n’est autre qu’Huguette Zeller, veuve d’Adrien. « Je n'ai pas acheté un nom », se défend le candidat de droite. « Je l'ai acceptée à mes côtés parce qu'elle est fidèle aux combats d'Adrien. Je l'estime beaucoup. » Le sénateur a également fait appel, comme colistiers, à plusieurs anciens membres de la « Majorité alsacienne » zellérienne.
Autre ton au PS. « Je ne me suis jamais affiché comme l’héritier d’Adrien Zeller. J’ai été son opposant en 1998 et en 2004 », s’emporte Jacques Bigot, la tête de liste socialiste. Mais le propos est aussitôt nuancé : « J’ai toujours dit que je partageais avec Adrien Zeller sa conviction régionaliste, sur laquelle il était plus en phase avec les socialistes qu’avec les gens de l’UMP. » Le candidat a placé la centriste Dominique Hoeffel, fille de la figure locale UMP Daniel Hoeffel, en deuxième position sur sa liste dans le Bas-Rhin et a récemment déclaré « Adrien Zeller acceptait qu’on dise qu’il était de centre-gauche ». Une façon de s’approprier une partie des valeurs du Zeller bien-aimé des Alsaciens.
« Stratégie marketing »
Aux yeux de Bernard Stoessel, ces actes relèvent à gauche comme à droite d'une « stratégie marketing ». Celui qui s’est retiré mardi 9 février de la course aux régionales pour avoir échoué à « rassembler le centre » estime que plusieurs des têtes de listes cherchent à récupérer l’héritage de Zeller, en jouant sur les apparences. « Vous les avez entendus dire quelque chose pour l’instant ? Ils ne portent pas de projet, à part celui de faire le grand chelem », assène le centriste.
Sans surprise, les centristes encore en lice se réclament eux aussi de Zeller. « Etre centriste, c’est être fortement décentralisateur, et fortement européen. C’était les valeurs d’Adrien Zeller. Ce sont les miennes, et dans le Modem, je m’y retrouve pleinement », expliquait Odile Uhlrich-Mallet, tête de liste Modem dans le Haut-Rhin, à l’occasion de la première réunion publique du parti le 10 février. Et la femme politique d’analyser : « L’Alsace se gouverne soi-disant plutôt au centre. Donc tout le monde essaye de se centriser. »
La liste surprise de Patrick Striby « le centre-droit, la vraie alternative », déposée à la préfecture quelques minutes avant l’heure légale lundi 15 février, ne fait pas mentir cette assertion.
Léa Giret
(Avec Elodie Auffray, Tiffany Blandin, Maryline Dumas, Fanny Holveck, et Lucile Pinero)

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