Billet de blog 17 mars 2010

« On mène la campagne pied au plancher ! »

Militants et candidats ont moins d’une semaine pour convaincre les Alsaciens de voter dimanche prochain. Au premier tour, la Majorité alsacienne a obtenu moins de 2000 voix de plus que le total PS-Europe écologie. Sur les marchés et les places passantes de Strasbourg, l’heure est au tractage pour les trois listes qui se présentent au second tour.

Lisette Gries
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Militants et candidats ont moins d’une semaine pour convaincre les Alsaciens de voter dimanche prochain. Au premier tour, la Majorité alsacienne a obtenu moins de 2000 voix de plus que le total PS-Europe écologie. Sur les marchés et les places passantes de Strasbourg, l’heure est au tractage pour les trois listes qui se présentent au second tour.

Mardi matin, Jacques Bigot, tête de liste PS-EE, tracte dans les rues de Strasbourg © Lisette Gries

UMP : discret
Primesautière dans son manteau coccinelle rouge à pois noirs, Catherine Zuber, 57 ans, accoste les passants avec le sourire. 16e sur la liste Majorité alsacienne dans le Bas-Rhin, elle distribuait mardi matin le nouveau tract de campagne aux abords du marché de Neudorf à Strasbourg. Le prospectus intitulé “Le jeu des 7 erreurs” attaque le programme de la gauche. « On est pas si virulents d’habitude », reconnaît la candidate, gênée. « En fin de semaine, on redeviendra plus consensuels. » Quelques personnes s’arrêtent pour échanger des lieux communs, d’autres refusent poliment la brochure. Un vieil homme ventripotent en manteau en loden « réclame la démission immédiate de M. Roland Ries (maire de Strasbourg, ndlr), qui a pris la décision scandaleuse de ne plus installer de caméras de surveillance, alors qu’elles permettent d’arrêter des vandales ! » Il sort une feuille de sa poche et la fourre dans la main de la candidate : une photocopie de ses cartes d’adhésion au RPR et à l’UMP. « Vous êtes sur la bonne voie, mais vous n’avez pas assez de punch ! », postillonne-t-il.
A l’entrée du marché couvert, trois militants distribuent le tract, souvent sans un mot. Certains hésitent, ils précisent : « C’est pour les élections... » Aucun ne cite le nom de Philippe Richert. Une vieille dame qui tire un chariot à roulettes lance « S’esch noch net ferti ! » (c’est pas encore terminé !). « Vous avez entendu, on nous soutient », se réjouit Goeffroy Lebold, qui avait compris « J’espère qu’il va sortir ». Sa jeune collègue corrige sa traduction. « On mène la campagne pied au plancher ! », s’emballe le militant sans cesser de tendre ses brochures.
Boulevard de la Marne, Jérôme Feuerstein, 29 ans, et Guillaume Mereb, 20 ans, ont l’enthousiasme discret. S’ils n’hésitent pas à discuter avec ceux qui viennent vers eux, ils n’engagent pas le dialogue. Placés en bout de marché, ils donnent le tract avec la même abnégation que leurs collègues. Une dame s’arrête, prend le prospectus : « Ah, c’est les socialistes, c’est ça ? » Le K-Way bleu de Jérôme Feuerstein barré du slogan de la Majorité alsacienne ,“l’Alsace passionnément” ne l’a pas marquée. « Euh, non, pas exactement, c’est M. Richert. » La dame repart, ils ne la retiennent pas.
FN : Se faire voir
Autre atmosphère avec Patrick Binder. Au petit jeu des tracts, le candidat du Front national connaît son affaire. Surtout en ce qui concerne les pare-brise : « S'il y a un PV, j'en mets pas. Sinon les gens voient le tract, ils sont contents, et puis ils voient le PV et ça casse l'effet. » Moins aguerris, la dizaine de militants qui l'accompagnent glissent des brochures dans les porte-bagages des vélos. Patrick Binder repasse derrière et les récupère : « On est dans la ville du vélo, je veux bien, mais quand même... » Il croise une inconnue qui a voté pour lui dimanche. Elle est aussitôt embauchée, pile de tracts dans les bras et large sourire aux lèvres.
Patrick Binder s’est installé place de la Bourse, pour se faire voir. « Certains dirigeants frontistes ont laissé les gens croire que notre parti voulait se cacher », déplore-t-il. Lui est à l’aise : il téléphone, harangue les passants en alsacien, motive ses troupes. Et interpelle Alain Fontanel, vice-président socialiste de la Communauté urbaine, qui se rend à la mairie voisine : « Le temps de poser ta mallette, viens nous rejoindre ! » L’élu affiche un sourire forcé, presse le pas. « Binder pousse le bouchon moins loin que Le Pen, qui est tout de suite agressif », lâche un sympathisant, admiratif.
La bonne humeur est de mise, mais quid du second tour ? Avec 13,5 % des voix obtenues dimanche, le FN a fait cinq points de moins qu'en 2004. « Nous aussi payons les pots cassés par l’abstention. Nous pouvons faire 20 % dimanche prochain si nous parvenons à mobiliser les électeurs. Nous sommes la troisième force politique de la région. » Jacques Fernique, candidat d’Europe Ecologie qui a obtenu le troisième score au premier tour, appréciera.
Nouvelle profession de foi à gauche
Réunis devant la Fnac mardi en fin d’après-midi, une dizaine de militants et de candidats PS-EE distribuaient leur nouvelle profession de foi et une invitation au meeting du lendemain soir. Zoubida Naili, 24ème sur la liste, a le sens du contact. Elle arrête les passants, leur explique l’intérêt des élections. « Mais oui, j’ai voté dimanche et je voterai au deuxième tour », lui affirme un grand monsieur qui passe son chemin. Elle trotte derrière lui, « Super ! ». Il descend les marches qui mènent aux toilettes publiques souterraines de la place Kléber, elle le rattrape. « Il faut aussi convaincre votre entourage, vos voisins. Jusqu’à dimanche, il faut en parler à tout le monde ! »
De l’autre côté des lignes de tram, Christian Spiry aborde les badauds avec la même détermination. « Pas facile de convaincre du monde ici », avoue l’élu municipal socialiste. « Sur les marchés c’est plus simple. Là, c’est plutôt des jeunes en groupe qui ne s’intéressent pas à la politique. » Une jeune femme refuse son tract: « Je vais voter pour vous de toute façon. »
Andrée Buchmann, deuxième sur la liste du Bas-Rhin, tranche avec la motivation ambiante. Un tas de prospectus dans une main, son téléphone portable vissé à l’oreille, elle boude et n’accoste personne. « J’ai quitté mon travail, on m’a dit qu’il y aurait une photo, ou un truc dans le genre, mais il ne se passe rien en fait. » Jacques Bigot arrive, sa colisitière disparaît. Le chef de file de la gauche a un succès fou. Une dame demande: « Je peux vous serrer la main? Et ma fille aussi ? » D’autres regardent sa photo sur le tract, le dévisagent, font le lien et engagent le dialogue. « On y croit encore! », affirme une de ses amies.

Lisette Gries et Julien Lemaignen (CUEJ)

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