En Alsace, le PS et Europe écologie accordent leurs violons

Unis sur les grandes lignes de leur programme commun, socialistes et écolos mettent de côté leurs divergences politiques. En cas de victoire, ils devront marcher au consensus pour conserver une vraie majorité.
Unis sur les grandes lignes de leur programme commun, socialistes et écolos mettent de côté leurs divergences politiques. En cas de victoire, ils devront marcher au consensus pour conserver une vraie majorité.
 © Eve Chalmandrier © Eve Chalmandrier
Le QG d’Europe Ecologie (EE) fleure bon le café, les permanents s’activent sur la page Facebook de leur candidat. Les nouvelles affiches de campagne pour la liste de rassemblement PS/Europe Ecologie viennent d’arriver. «Elles sont pas mal, il y a de la couleur», déclare Jacques Fernique tout juste rentré du marché de Rosheim où il patrouillait avec son nouvel acolyte Jacques Bigot.
Le tract est coloré mais les deux programmes ont-ils supporté la fusion ? «On retrouve l’essentiel des propositions mais avec de la cohérence. Il était nécessaire de faire campagne chacun de son côté au premier tour pour donner du poids à nos idées et rassembler notre électorat.»
C’est désormais chose faite et les deux Jacques ont mitonné leur “profession de foi” qui donne effectivement les grandes lignes de leur programme commun. Pour les détails, «il faudra attendre le deuxième tour» explique Antoine Waechter, n°3 sur la liste du Haut-Rhin. «Les deux listes ont des projets compatibles pas identiques, il y aura donc matière à débat.»
Liste rose et verte
En effet, là où Europe Ecologie affichait sans ambages sa désapprobation quant aux subventions versées à certaines lignes de l’aéroport d’Entzheim «concurrentes des liaisons TGV», le programme commun reste discret sur l’affaire. De même, le très décrié “shunt” du TGV Rhin-Rhône — le projet de contournement de Mulhouse par la futur ligne Strasbourg Lyon — faisait l’unanimité contre lui chez les écolos. «Pourquoi devrait-on éviter la deuxième ville d’Alsace?», s’exclame Jean-Marie Brom, membre du rassemblement écologiste et animateur du réseau Sortir du nucléaire. Côté PS, on privilégie le débat dont les conclusions s’incarneraient dans un schéma régional de cohérence des transports.
«On avait un maximum de points d’accord», relativise Jean-Marie Brom «surtout en ce qui concerne la politique des transports.» La liste rose et verte affiche son volontarisme en matière de transport collectif (taxe poids lourd, covoiturage, transports inter-modalité).
Et tous prônent l’abandon du GCO (Grand contournement ouest de Strasbourg). De la maire du petit village, d’Handschuheim, Dominique Hoeffel, de tradition centriste — «installer une autoroute de 15 km de large en plein milieu du croissant vert du Kochersberg, c’est aberrant» — aux écolos qui réclament la fin de la voiture.
D’ailleurs pour Dominique Hoeffel, «les listes tombent d’accord sur la plupart des points : le bilinguisme, la décentralisation, l’inscription dans un espace rhénan. Sur le développement économique il y aura des compromis à faire mais tout le monde est conscient de l’impact de la crise.» En effet, le chapitre économie nouvelle version mélange subtilement les diverses propositions des deux listes. Et si, la reconversion écologique de l’industrie est toujours en bonne place, elle n’apparaît plus comme le seul vecteur de dynamisme économique. Europe Ecologie évoquait des contrats de reconversion entre la région et l’industrie automobile ou le secteur de la chimie, les nouvelles propositions sont plus générales.
« Nos priorités se rejoignent »
Et la philosophie n’est pas tout à fait la même. «Europe écologie promeut une économie solidaire, le PS une économie plus capitaliste», explique Jean-Marie Brom. Jacques Fernique reste confiant : «Le thème de l’économie solidaire on l’a porté, on a eu de vraie rencontres c’est devenu un vrai sujet de débat.» Le candidat rappelle que les discussions avec le PS sont engagées depuis longtemps. «Nos priorités se rejoignent : créer de l’emploi durable , reconvertir l’économie; axer sur la formation, accompagner l’agriculture, relever le défi de l’énergie en préparant la reconversion de Fessenheim par exemple.»
Et en bons démocrates, les candidats appellent au débat sur les questions sensibles. Si la liste passe, ils n’auront pas le choix. Le PS ne pouvant pas obtenir de majorité à la région, tous devront œuvrer au consensus. Pour Jacques Fernique, cela devrait se passer sans heurts: «On a construit un bon accord de gouvernance avec une vraie délégation de pouvoir aux vice-présidences.» La répartition des postes se fera à la proportionnelle.
Anne Cagan

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