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Mercredi était organisé à Sélestat le premier débat de l'entre-deux tours entre les têtes des listes UMP, PS et FN des régionales en Alsace. Dans une salle clairement acquise à la droite, entre huées pour Jacques Bigot, et applaudissements pour Philippe Richert et Patrick Binder, les trois candidats ont passé en revue les grands thèmes de l'élection régionale en Alsace.

Mercredi était organisé à Sélestat le premier débat de l'entre-deux tours entre les têtes des listes UMP, PS et FN des régionales en Alsace. Dans une salle clairement acquise à la droite, entre huées pour Jacques Bigot, et applaudissements pour Philippe Richert et Patrick Binder, les trois candidats ont passé en revue les grands thèmes de l'élection régionale en Alsace.

L'abstention/ la crise
Pour Jacques Bigot (PS/EE), l'abstention s'explique par la perte de l'exception alsacienne en matière d'emploi : « La crise a frappé la structuration de l'économie alsacienne au fond ». Philippe Richert (UMP) enchaîne avec l'Alsace qui souffre et appelle les électeurs à « continuer pour le développement et la croissance ». Le candidat PS/EE reproche à la droite de ne pas avoir anticipé la crise, tant au niveau national qu'en Alsace : « Nicolas Sarkozy a dit qu'il irait chercher la croissance avec les dents, on voit le résultat. Nous avons besoin de redonner confiance aux gens dans la politique ». Patrick Binder prend la parole, pour tacler les deux candidats : il critique notamment les augmentations d'impôts à droite comme à gauche. En exemple, le frontiste parle du salon Egast et brandit les contraventions qui, selon lui, « ont été dressées le long du Conseil régional pour matraquer les chefs d'entreprise présents au Salon. Le matraquage des patrons, c'est du socialisme! »
Grand contournement ouest de Strasbourg
Philippe Richert est le seul candidat à y être favorable. « Le Conseil d'État a rétabli et confirmé l'utilité publique du GCO. » Mais le candidat UMP a assuré qu'il « ne donnera rien pour le développement du GCO ». De son côté, Jacques Bigot a répété son opposition au projet : « Les collectivités territoriales doivent se porter garantes avec l'État : nous nous engagerons à ne pas cautionner une telle opération ». Patrick Binder, lui, s'est dit formellement opposé à cette « sur-urbanisation de la région. C'est la plus petite région de France, au rythme où nous allons, qu'allons-nous faire de nos agriculteurs? ».
La question de la taxe poids-lourds est ensuite évoquée : si le candidat frontiste est contre, comme toute nouvelle taxe, le candidat de la majorité présidentielle soutient le projet, qu'il estime « faisable ». « Il faudrait la mettre en place en Alsace en 2011, puis partout en France dans le cadre du Grenelle de l'environnement. » Pour l'Alsace, il préconise un « rapport coût/kilomètre identique à celui de l'Allemagne ».

Mercredi 17 mars, Sélestat. Jacques Bigot, Philippe Richert et Patrick Binder © Lisette Gries Mercredi 17 mars, Sélestat. Jacques Bigot, Philippe Richert et Patrick Binder © Lisette Gries

La prospection à l'étranger/l'exportation
Pour la tête de liste UMP, « il y a un travail à faire entre les collectivités territoriales et les chambres de commerce et d'industrie (CCI), pour définir des stratégies communes, mais l'exécution doit être confiée aux CCI. Il est néanmoins possible que le conseil régional finance une part de ces opérations. » Patrick Binder ne répond pas sur l'international, mais sur l'Alsace : « Il faut relocaliser, régionaliser notre économie. Soutenir les petits commerces, les artisans ».
L'environnement
Le candidat PS veut mettre en avant le développement durable : « Il faut trouver le bon équilibre entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux. » Philippe Richert précise : « Il y a une différence entre développement durable et la politique environnementale. Nous devons miser sur les deux. Agir pour le développement, tout en protégeant l'environnement. Personne n'a concentré autant d'initiatives, de projets concrets que le conseil régional d'Alsace. Nous avons aussi besoin de la solidarité : c'est le modèle rhénan. » Le candidat d'extrême droite rebondit : « L 'écologie n'est ni de droite ni de gauche. Moi on m'appelle l'écologiste du FN! Je pratique l'écologie avec ma femme depuis des années. »
Le cumul des mandats
Philippe Richert est sénateur, tandis que Jacques Bigot a déjà une double casquette, président de la CUS, et maire d'Illkirch-Graffenstaden, et Patrick Binder est conseiller régional et conseiller municipal de Mulhouse. S'ils ne sont pas tenus légalement de quitter leur poste, la pratique de deux, voire trois mandats en même temps est généralement condamnée comme empêchant les élus de se consacrer pleinement à chacun des postes pour lesquels ils ont été élus.
Interrogés sur ces questions, les candidats UMP et PS sont pour le moins flous dans leurs réponses. Le sénateur commence par assurer qu'il quittera son poste s'il est élu. « Et je le ferai sans que la loi m'y oblige », précise-t-il. Avant de lancer : « Je quitterai le Sénat dès que le vote sur la réforme des collectivités sera terminé. » Quand exactement? « Je ne peux pas le dire. »
De son côté, le maire d'Illkirch affirme qu'il gardera son poste, et après un discours alambiqué, parvient tant bien que mal à faire comprendre qu'il n'occupera plus son poste de président de la CUS. « Mais je n'exclus pas de siéger au conseil de la CUS. » Patrick Binder, comme vexé de ne pas se voir poser de questions sur le sujet, s'agite et se voit alors poser une question sur le cumul familial : il siège avec sa femme au conseil municipal et au conseil régional. « Je ne vous permets pas de remettre en cause les qualités politiques de Martine Binder. »

En conclusion, tous les trois appellent, naturellement, les abstentionnistes du premier tour à voter.

 

Anastasia Lévy (CUEJ)

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