Midi-Pyrénées : radioscopie d’un vote

 Si être ouvrier ou catholique ne conditionne plus la couleur du bulletin glissé dans l’urne, on peut relever certaines tendances de vote. La région Midi-Pyrénées semble basculer définitivement à gauche.

 

Si être ouvrier ou catholique ne conditionne plus la couleur du bulletin glissé dans l’urne, on peut relever certaines tendances de vote. La région Midi-Pyrénées semble basculer définitivement à gauche.

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En s’impliquant dans la pré-campagne, Nicolas Sarkozy a contribué à nationaliser les élections régionales. Du fait de sa faible côte de popularité et de la situation économique, il a dans le même temps renforcé le vote contestataire. Un vote qui aura un rôle non négligeable lors des élections régionales. « Parfois, il faut voter pour prononcer des injures », remarque Jean-Michel Ducomte, maître de conférence en droit public à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse. « Manifestation d’un mécontentement », le « vote dissident » devrait profiter à la gauche. La désaffection des électeurs pour la politique pourrait aussi renforcer abstention et extrêmes.

La très médiatisée lutte des « Molex » contre la fermeture de leur usine a marqué l’esprit de bien des Midi-Pyrénéens. Le chômage est au cœur des débats. Une situation que les différents partis de gauche ont anticipée. Chacun a trouvé son « Molex » : les syndicalistes Guy Pavan, Alexis Antoine et Denis Parise ont ainsi rejoint les listes Front de gauche, Nouveau parti anticapitaliste et Parti socialiste.

Le PS profite d’une bonne dynamique. Il bénéficie de la « prime au sortant ». Beaucoup semblent penser que « ce qui s’est fait est plutôt bien ». Martin Malvy, tête de liste socialiste, jouit d’une notoriété nettement supérieure à celle de ses concurrents.

 

La Haute-Garonne, un phare

Les Haut-Garonnais représentent moins de la moitié des électeurs Midi-Pyrénéens. Pourtant, il est indéniable que le département joue un « rôle de pilote » pour l’ensemble de la région. « Il suffit de voir les TER remplis venant d’Albi et de Lisle-sur-Tarn. On se croirait dans la région parisienne, affirme Jean-Michel Ducomte. Toulouse a une force d’entrainement de la politique régionale ». Même l’Aveyron, réputé pour son ancrage à droite, se « midi-pyrénéise » : la gauche y gagne du terrain.

Nouvelle préoccupation des toulousains, la qualité de vie sera un facteur déterminant dans le choix des votants. Un critère qui favorise Europe Ecologie. Après les 16,4% des scrutins recueillis lors des dernières élections européennes, Gérard Onesta espère même contester la suprématie de Martin Malvy. La faiblesse des réseaux écologistes pourrait lui porter préjudice. « La fidélité de son électorat reste encore à démontrer », note Jean-Michel Ducomte.

Le Front de gauche souhaite également s’attaquer à la forteresse socialiste. Le « sentiment d’une sorte de ringardisation du PS » pourrait bien jouer en sa faveur. Il incarnerait pour les électeurs « une force porteuse de nouveauté, une alternative ». D’autant plus que l’extrême-gauche (NPA) s’essouflerait « dans ses dimensions trotskistes ».

Ces cinq dernières années, 276 000 personnes ont rejoint la région Midi-Pyrénées (source Insee). Ces nouveaux arrivants, peu influencés par les traditions, sont « prêts à des expériences » et se tournent vers les écologistes et le Front de gauche.

« Le score des démocrates va se réduire à une peau de chagrin », prévoit M. Ducomte. Le vote Modem incarnait une contestation pour une population cultivée et relativement aisée. Un électorat désormais capté par Europe Ecologie.

Si jusqu’ici, le vote fut le « produit d’une tradition », le politologue perçoit une montée « du vote de conviction ». Le terme d’idéologie, longtemps tabou, fera peut-être son grand retour.

 

Mathieu Molard et Fabien Soyez

 

Etudiants à l'Ecole de Journalisme de Toulouse

www.actutoulouse.fr

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